Lobbying politique et reconquête

(Les ambassadeurs, Hans Holbein)

« On ne lâchera rien, jamais, jamais, jamais » brame le chauffeur de foules dans son micro. « Certes » avons-nous envie de répondre. Comment ne rien lâcher ? En obtenant l’abrogation de la loi Taubira ? Il est toujours permis de rêver, mais outre la faible probabilité de l’événement, il ne s’agirait que d’un détail dans l’immensité du champ éthique à déminer pour reconquérir la société face à l’hédonisme généralisé.

L’assaut frontal à grands coups de pétitions et de manifestations a l’immense avantage de mobiliser et de réconforter par la vision du grand nombre, la foule de ceux qui, déjà convaincus, se battent dans l’ombre tout au long de l’année. Mais ce type de combat peut, au mieux retarder l’adversaire en lui faisant mettre entre parenthèses ses projets du moment dans l’attente que le peuple se calme, au pire n’avoir d’autre effet que de l’énerver et de nous énerver.

Il ne faut pas rejeter la manifestation et le militantisme de terrain, ils sont irremplaçables dans leur capacité de mobilisation.

Mais au stade de notre combat, il est grand temps d’imaginer des stratégies alternatives. Les Veilleurs en sont une, les conférences de formation intellectuelle qui essaiment cet été en France en sont une autre, le mouvement de l’Ecologie humaine, à mi-chemin entre le think tank, la synergie de bonnes volontés et l’objet politique non identifié, en est encore une autre.

Il est un terrain peu utilisé, car il n’est pas dans les mœurs françaises, que nous devrions creuser, c’est celui du lobbying politique. Il faut entendre par là, la capacité d’un petit groupe déterminé à faire entendre sa voix sur un point rassembleur et à obtenir, sur ce point, une évolution favorable de la législation ou de la réglementation. La position reconquise ne serait pas forcément visible ou importante, mais c’est point par point que l’on doit agir. Ce lobbying politique devrait s’attaquer d’abord à des points essentiels mais non conflictuels car situés hors du champ éthique où on attend au tournant les opposants au mariage homosexuel. Ces groupes de pression devraient pratiquer la synergie entre élus, professionnels du secteur concerné, autorités morales et financières, car tout a un coût.

Le lobbying politique est habituellement une pratique américaine. Mais il ne faut pas se leurrer. En France, déjà, c’est ainsi que pas à pas ont progressé les partisans du mariage homosexuel. Depuis une trentaine d’années, sans forcément savoir où ils allaient, ils ont avancé, en promouvant des enquêtes journalistiques favorables à leurs courants, en obtenant l’inscription dans les bibliothèques municipales et scolaires d’ouvrages sensibilisant la jeunesse à ce mode de vie ou à la justesse de cette cause, en obtenant d’abord la dépénalisation dans le domaine légal, puis la dédiabolisation chez les citoyens, puis le PACS et maintenant le mariage. Tirant profit du travail d’autres groupes de pressions, ils obtiendront un jour la PMA et la GPA non par leur action propre, mais parce que depuis un nombre égal d’années, d’autres groupes, ouverts à toutes les manipulations de l’humain, ont avancé dans le silence des révisions de lois bioéthiques, rendant toujours un point de plus possible. Ces hommes n’ont pas avancé masqués, ils ont progressé au grand jour mais discrètement, ils ont agi sur le législateur ou les administrations publiques, ou les médias, de façon localisée, circonstancielle, sur des domaines qui semblaient d’un faible enjeu. Après des années de sape, ils ont pu frapper un grand coup avec le mariage, et l’opposition n’y a rien changé car pendant trop d’années la sape avait été continuellement creusée, amenant à elle la majorité des esprits dans une espèce de « à quoi bon ? » proprement débilitant.

Au nom de l’humain c’est exactement ce qu’il convient de faire pour nous. En concertation avec des groupes divers, sensibles à telle réforme sectorielle ou telle autre, mais qui ne nous rejoindraient pas sur le cœur de notre combat ; en agissant sur un sujet d’actualité où le bon sens général nous donne raison ; en proposant des innovations sociales attendues de la majorité, mais allant dans le sens de la reconstruction de la Cité, nous pouvons progresser au même rythme, par l’action politique discrète. L’adage : « le bien ne fait pas de bruit », n’a jamais été aussi vrai.

Par exemple, l’action de ce lobbying politique pourrait se porter sur l’ouverture de places de crèches, sur la déclaration d’utilité publique d’associations d’écoute aux futures mères en difficulté, sur la modification de points des programmes scolaires, le renouvellement partiel de la pédagogie, la préservation de l’autonomie des établissements scolaires, l’abaissement des droits de succession, la déclaration d’utilité publique des associations de préparation au mariage civil, l’assouplissement de la réglementation en matière de scoutisme, l’insertion dans les bibliothèques scolaires d’ouvrages favorables à une histoire de France chronologique et factuelle, ou d’ouvrages sur l’accueil de la vie humaine, etc.

Ces actions citées en vrac sont à chaque fois très partielles, elles correspondent à des groupes différents et ne mobiliseront jamais qu’une partie des alliés potentiels des opposants au mariage homosexuel. Cependant, en avançant dans la discrétion, elles évitent de déclencher contre elles l’ire de nos opposants. En frappant en plein d’endroits à la fois, elles permettent de réunir, de manière circonstancielle, au-delà des cercles initiaux, et de créer ainsi des synergies d’action trans-partisanes, ce qui est un de nos buts dans le cadre d’une authentique union nationale qui se moque des partis et ne cherche que le bien commun. Ainsi, peu à peu, elles reconquièrent le terrain perdu en modifiant imperceptiblement le contenu de programmes scolaires, la législation sur la famille, le paysage associatif investi dans l’accueil de l’enfance, etc.

Le lobbying politique nécessite des bonnes volontés parlementaires, médiatiques et financières, mais ne pas tenter l’affaire serait une terrible erreur de jugement. Il est faux, en effet, de croire que la vie politique et citoyenne française est monolithique, avec d’un côté les bons, opposés à la dénaturation de l’homme et de la société civile, de l’autre les affreux, favorables à toutes les attaques de la décadence. Il y a surtout une immense zone grise de bons citoyens, de toutes conditions, agissant dans toutes les professions et tous les corps de l’Etat, ne percevant pas les enjeux généraux, mais prêts à se mobiliser sur des enjeux limités et ainsi à constituer une majorité temporaire, ou une minorité suffisamment influente pour changer le cours des choses sur un point donné.

Voici un autre chantier qui pourrait s’ouvrir pour la révolution des cœurs.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s