Propositions pour l’école (suite)

(Charlemagne au milieu des élèves de l’école palatine)

Ce mardi, un article de votre serviteur a été publié sur le site de l’Ecologie humaine et a fait l’objet de deux importantes remarques de lecteurs. Il nous a semblé nécessaire d’y répondre.

I Premier commentaire.

« Attention, l’ « obligations de résultats »  mène très vite à l’écrémage. on se retrouve avec des écoles loin du domicile, de bonne réputation, accessoirement payantes, plus chères que les autres, et des enfants internes avant un âge raisonnable, et comme écoles de proximité des écoles poubelles, avec des enseignants aussi bons que les autres, mais des élèves recrutés parmi des milieux peu aidants et pauvres.

Attention à ne pas idéaliser le passé, c’est de l’imaginaire (uniforme, cours le samedi, non mixité…) : c’est pas parce que quelque chose nous rappelle notre enfance que c’est mieux. c’est juste qu’on était jeune, encore, c’est ça qui était mieux.

Uniforme ou pas, c’est très secondaire. nous on avait des tabliers, et la différence s’établissait entre ceux qui avaient des tabliers bien repassés et ceux qui étaient froissés. Les cours du samedi à une époque où personne ne travaille près de son lieu de naissance c’est une plaie pour les familles, qui ne peuvent plus se retrouver. Quant à la mixité, ok pour la supprimer au collège, mais en primaire, elle est tout à fait nécessaire pour apprendre à se connaître, à entrer dans des relations d’amitié, à prendre des repères, à comprendre au moins un peu l’autre sexe, et ça évite des drames à l’âge du lycée ou de la vie étudiante. »

II Première réponse

Bien sûr, il est difficile, en 4000 signes, d’exprimer les nuances d’un raisonnement. Ce que nous appelons une obligation de résultats s’appliquerait exclusivement, dans notre esprit, à la vérification de l’acquisition d’un socle de compétences et de connaissances par les élèves.  Ce socle existe déjà pour chacun des cycles de l’école, primaire, secondaire premier degré et secondaire deuxième degré. Sous le nom de socle commun il renferme l’essentiel des compétences que l’on peut attendre de tout homme en matière de maîtrise de la langue, des mathématiques, des sciences physiques et naturelles, de repères historiques et géographiques, ainsi que dans la construction d’un raisonnement logique et argumenté. Ce socle commun est, aujourd’hui, une vaste plaisanterie car peu intégré dans les programmes, tombé du ciel sans concertation des enseignants et ne faisant l’objet d’aucune obligation de résultats. Il s’agirait donc, dans notre esprit, de renforcer l’impact de ce socle commun en en faisant véritablement un objectif. Il demeurerait donc un niveau national de compétences. A charge pour les établissements, selon leur type d’élèves et d’enseignants, de tenter de l’atteindre. Qui pourrait vérifier cet objectif ? Là encore, il n’est pas besoin de ré-inventer tout un système. Les inspections académiques pourraient tout à fait se charger de cette vérification, en association avec les enseignants et les directions. On peut tout à fait envisager, comme c’est le cas aujourd’hui, que les inspecteurs seraient plus ou moins compréhensifs selon la qualité initiale de l’établissement.

L’intérêt d’en faire une obligation de résultats renforcée est de donner un objectif commun qui permette de coordonner la diversité des initiatives pédagogiques ou des projets d’établissements. Les chefs d’établissements de banlieues difficiles ne peuvent pas appliquer les mêmes méthodes d’enseignement et d’encadrement que dans les établissements des centres villes. Ils ne peuvent même pas s’appuyer sur le même type de personnel. Il convient, pour eux, de recruter un personnel expérimenté et possédant un solide charisme pour la gestion de groupes difficiles. Leurs projets d’établissements, fondés sur l’accueil d’enfants en grandes difficultés et de milieux très divers, seraient rapidement un fouillis inextricable si on envisageait pas, en parallèle, cette obligation.

Aujourd’hui, il existe une école française à deux vitesses, avec des établissements de prestige, éloignés du domicile des parents, payants ou sélectifs, parfois les deux ; et des écoles de proximité de niveaux très divers, du pire au meilleur. Le recours à la liberté pédagogique et au projet d’établissement doit permettre de répondre à ces disparités, de les réduire.

Concernant les questions d’uniforme, de non mixité, et autres, nous nous sommes mal exprimés. Il ne s’agissait pas, dans notre esprit, de promouvoir ces méthodes aux dépends d’autres, mais d’énumérer des exemples de politiques audacieuses et peu communes qu’un chef d’établissement pourrait initier.

III Deuxième commentaire

« L’idée d’une pédagogie différenciée peut être séduisante, pour autant, dans un contexte d’individualisme roi, j’aurais tendance à me méfier grandement de cette idée : il y a là un risque élevé de passer immédiatement d’un système autocentré à une collection d’élèves (mais aussi d’établissements, voire d’enseignants, soucieux de leurs résultats, de leur CV…) encore plus autocentrés. De fait, la tension ne vient-elle pas notamment de l’incompatibilité entre une EN qui cherche encore, en théorie, à assurer un niveau standard à tous, et des élèves (et leurs parents) qui revendiquent une école centrée sur chacun d’eux, validant le désir de chacun, les facilités de chacun, cédant pour finir aux caprices de chacun, sous un emballage de « respect de la diversité » ? C’est tellement plus simple de crier à l’école formatante et totalitaire, que de faire l’effort de se confronter à cette réalité qu’on ne peut acquérir une formation ouvrant l’accès à l’emploi tout comme une culture qui forge le citoyen libre, sans effort, sans référentiels communs à toute la nation, sans niveaux de référence – juste en se laissant flatter et en appelant cela « respect de chacun ». D’autre part, attention à l’hyperspécialisation précoce qui donne des résultats séduisants à court terme, mais à long terme visse l’individu à une identité trop tôt définie – y compris dans sa propre tête – et limite aussi bien sa capacité d’adaptation et sa mobilité sociale que sa capacité à se sentir adhérent de quelque chose qui dépasse son intérêt individuel, le vivre-ensemble dans la Cité par exemple.

Gardons-nous de crier au mammouth avec les loups, l’un des enjeux de l’écologie humaine doit aussi être de savoir dire non à tous les « Moi, moi, moi », à toutes ces… égolâtries qui façonnent et scellent en l’état des individus autocentrés, immatures, n’acceptant aucune limite ni règle pour eux-mêmes et se posant eux-mêmes en limite à imposer à tous. L’école, c’est aussi un lieu où l’enfant apprend qu’il n’est pas le centre du référentiel et qu’il existe des limites à sa toute-puissance. Et de manière générale, ce n’est pas en plaçant l’individu au centre des préoccupations qu’on y place l’Homme. C’est même le pire des pièges. »

IV Deuxième réponse

Il y a en effet un risque d’hyperspécialisation des établissements et de dérive vers une sorte d’individualisme consommateur exacerbé, à trop vouloir pratiquer la différenciation pédagogique dans une sorte de supermarché de l’éducation où tous les « cas » trouveraient l’école de leur choix. A ce titre, il faut déjà noter que ce risque est en cours de réalisation dans l’école telle qu’elle existe, avec le système des assistantes de vie scolaire, AVS, envoyées par le rectorat dans un établissement pour accompagner en cours un à deux élèves atteint d’un handicap et faire en quelque sorte leur secrétariat de cours, l’aide aux devoirs, etc. Une personne à plein temps ou à mi-temps pour un à deux élèves, trois maximum, afin de les accompagner dans leur dyslexie, leur dysorthographie, etc. Le procédé est louable, mais correspond au risque d’une école à la carte, mangeuse d’hommes et de capitaux.

Le principe du projet d’établissement est déjà pratiqué par l’enseignement privé sous contrat d’association avec l’Etat. Il s’agit, pour nous, de libérer ce projet d’établissement en lui donnant une pleine liberté pédagogique, et de l’élargir aux établissements publics. Cependant, cette ouverture ne se fait pas aux dépends des autres principes de l’enseignement, à savoir :

– La mission de service public.

– L’accueil de tous les élèves.

Pour assurer la préservation de ces principes il y a, d’une part, l’obligation du respect d’un socle commun de compétences et de connaissances, aujourd’hui vaste foutaise de l’éducation nationale, mais dont on pourrait tout à fait envisager une évolution plus heureuse dans ce contexte. Il y a d’autre part le mode de recrutement des enseignants. S’il est toujours possible de recruter des enseignants suppléants sur la base unique du CV, comme dans une entreprise, la plupart des enseignants, aujourd’hui, sont recrutés sur concours national. Pour autant, ces enseignants ne sont pas des numéros. La diversité de leurs parcours antérieurs, les formations qu’ils pourront suivre par la suite, l’orientation qu’ils souhaitent donner à leurs carrières doivent pouvoir être prises en compte. C’est cela que nous voulions dire par un recrutement sur CV et lettre de motivation. En ce sens, il n’y a aucune remise en cause du concours national, ni du statut de l’enseignant comme agent public. Il y a simplement la volonté de mieux mettre en valeur la diversité du personnel enseignant pour répondre à la diversité du monde des élèves.

Il ne s’agit pas de révolutionner intégralement le monde de l’éducation, mais de rendre la liberté à ses acteurs tout en conservant les bases communes qui font de l’éducation, en France, un des éléments constitutifs de la Cité.

Prendre en compte les différences de personnes pour, à partir d’une base commune, mener tous ces groupes hétérogènes vers des objectifs communs.

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