Pan pan ! Régime totalitaire et éducation

(La famille heureuse. Les frères Lenain XVIIe siècle)

C’est un marronnier depuis quelques années ; et pourquoi ne pas interdire la fessée en France ? On invoque le traumatisme de l’enfant, la brutalité des parents coupables, le fait que 32 pays aient déjà procédé à une interdiction, etc.

Regardons-y de plus près. Cette mesure est le signe du pire des totalitarisme. L’URSS en rêvait, la démocratie libérale l’a fait. D’une part, cette préconisation s’appuie sur des statistiques faussées, car elles ne peuvent pas comparer le groupe des enfants ayant reçu une fessée dans leur vie à celui n’en ayant jamais reçu, étant donné que tout enfant, sauf cas exceptionnel, a reçu, au moins une fois dans sa vie une fessée. Des psychiatres de carnaval expliquent que le taux d’échec scolaire, de délinquance, de suicides est plus élevé chez les enfants ayant reçu une fessée. Mais ces tristes sires ne confondent-ils pas tout bonnement la fessée occasionnelle et le châtiment corporel répété sous forme de brimades et de sévices ? Eux-mêmes n’ont-ils jamais reçu une gifle ou une fessée, alors qu’encore aujourd’hui 3/4 des parents français avouent utiliser la fessée occasionnellement ou régulièrement pour les enfants de moins de 5 ans ? A ces 3/4 il faudrait rajouter tous ceux qui ont menti au sondage téléphonique par peur du qu’en dira-t-on.

Alors toute la société française est plus touchée par l’échec scolaire, le suicide et la délinquance ? Mais plus touchée que qui ? Plus touchée que nos modèles scandinaves, champions du monde en matière de lutte contre les châtiments corporels ou supposés tels ? Considérons le taux de suicide chez nos amis suédois et finlandais, pour nous dire que la cause est peut-être ailleurs.

Le fondement d’une telle mesure est le dernier feu de la théorie néfaste de l’enfant roi, meilleur allié de tous les malthusianismes, qui épuise tellement les parents à combattre les caprices incontrôlés du petit prince qu’ils se disent bien que : « plus jamais un autre enfant ! » Elle part du principe faux que toute violence physique est néfaste, la preuve d’un échec et a pour conséquence les plus odieux traumatismes.

Sa conséquence est plus grave encore. Elle s’immisce dans la vie des familles, déresponsabilise les parents en les culpabilisant, et ainsi sape leur autorité morale sur leurs enfants. Si une loi venait approuver cet état d’esprit mauvais, nous aurions l’intrusion complète de la société, du législateur dans les choix éducatifs personnels des parents. Le juge ne pouvant habiter chez les parents, cette loi ne serait applicable que par le biais de la surveillance et de la délation. Nous aurions des cas d’appels téléphoniques de voisins, d’amis, d’enfants mêmes, dénonçant les parents à l’assistante sociale afin qu’elle puisse diligenter une enquête et faire condamner les parents criminels. L’URSS en a rêvé, la démocratie libérale le ferait.

Aujourd’hui cela ressemble à une farce, mais les opposants de la fessée ne plaisantent pas. Si leurs souhaits venaient à se réaliser, ce serait une catastrophe pour les libertés individuelles, pour les familles, pour la confiance que les parents placent en leurs enfants.

Une telle folie nécessite de se pencher sur les châtiments corporels, puisque la fessée en est une forme atténuée. Il faut réfléchir à ces châtiments pour adopter une posture raisonnée et permettant de répondre à ces médecins dégénérés de la petite enfance.

L’argument principal des défenseurs de la fessée consiste à déculpabiliser les parents en expliquant qu’il s’agit d’un geste produit par un père ou une mère désemparé, dépassé par les événements. Cet argument est pire encore que le mal. Avec de tels amis, il n’est plus besoin d’ennemis. En effet, faire passer le parent pour un irresponsable incapable d’éduquer son enfant, dépassé par les événements et répondant par la violence, en désespoir de cause, c’est justifier l’intervention du législateur pour sauver l’enfant des ses fous de parents.

La vérité est autre. La fessée s’inscrit, et doit s’inscrire, dans un processus de violence maîtrisée et voulue, dans une échelle de réactions envisagées à l’avance par le parent. Pourquoi ? Parce que l’enfant sait que la fessée est le sommet de l’échelle des peines. Utilisée de façon exceptionnelle, mais donnée dès que promise. Parce que la violence prévue peut être contenue, alors que la violence issue du désespoir peut être sans limite et mener aux vrais sévices, ceux qui traumatisent vraiment autant la victime que le bourreau et les font rentrer dans un cycle vicieux.

Peut-on envisager l’usage de la violence physique dans la relation parent-enfant ? Parler de violence physique fait peur, mais c’est bien de cela qu’il s’agit pour une fessée ou, plus exceptionnellement une claque. La violence physique, dans les relations humaines, lorsqu’elle s’inscrit dans une démarche raisonnée, et donc maîtrisée, permet d’expurger la colère avant qu’elle ne devienne incontrôlable et ne mène à des violences morales et physiques destructrices, perverses. C’était le grand avantage du duel, qui permettait de vider la querelle sans avoir à miner les relations humaines par des sous-entendus, des coups bas. Dans notre monde aseptisé et sans violence, où la force physique ne passe que par le cinéma ou la télévision, la querelle n’est jamais vidée, et elle dure, s’envenime, passe par de basses vengeances et la violence morale ordinaire, source de tant de suicides dans le monde de l’entreprise.

Dans la relation parent-enfant, l’observation de parents ayant décidé de ne jamais recourir à la force montre souvent l’exemple de pères et de mères qui, soit accumulent de la frustration et de la rancœur qui les dissuadent d’avoir d’autres enfants ou encore, à un moment, éclatent de rage en hurlements et en brimades morales que l’enfant, déshabitué de toute sanction, ne comprend pas et vit comme un traumatisme. Le parent s’est donné bonne conscience pendant un temps, mais la conséquence est pire encore qu’une violence initiale.

C’est par ailleurs un mépris de l’enfant, qui, petit être doté d’une volonté propre et d’une raison, aussi différente de la nôtre soit-elle, est tout à fait en mesure de comprendre le « oui » comme le « non », la gronderie légère autant que la gronderie forte, est heureux que l’on se soucie de lui et comprenne son désir, mais également est prêt à accepter comme une conséquence logique de son acte, une fessée promise et donc donnée. Dans le cadre de la fessée promise en punition annoncée d’une faute prévisible, il n’y a pas de rage de la part du parent, mais une volonté éducative qui participe du don d’amour du parent à l’enfant. Donnée en temps voulu avant que la colère ne monte, elle évite les débordements et apaise la relation en lui donnant un cadre, une fois les pleurs passées.

Il est très important d’insister sur la maîtrise de la violence et son inscription dans une gradation prévue des peines. En effet, c’est sans doute là que l’effort doit être porté. La violence non maîtrisée, fruit de la colère, a pour conséquence la déception de l’enfant trahi, et le mépris de lui-même chez le parent frappeur. C’est cette violence là qu’il faut dénoncer et ré-orienter vers l’usage maîtrisé de la force. Il faut la canaliser car la violence, d’une façon ou d’une autre, fait partie de nous et rejaillit à un moment. Si nous avons voulu la contenir dans une situation où notre raison et notre cœur nous commandaient de l’exprimer, nous la comprimons plus qu’autre chose et prenons le risque réel de la voir surgir à l’impromptu, sans préavis, en réponse à une faute mineure.

Il est donc capital de déculpabiliser les parents utilisant la fessée comme outil pédagogique. Il est capital que l’Etat ne s’immisce pas dans l’éducation des enfants et se contente, selon les lois existantes, de pourchasser les sévices réels et destructeurs, qui seraient considérés comme des sévices autant chez un adulte qu’un enfant. Il est capital enfin d’orienter les parents vers un usage maîtrisé, raisonné, de la force, qui s’inscrit dans un processus conscient de hiérarchie des peines et devient le sommet exceptionnel, mais tout à fait annoncé, de la punition, dès lors que le dialogue et la prévention ont échoué.

C’est par cette canalisation de la force que l’on combattra le mieux les vrais sévices moraux et physiques.

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Un commentaire sur “Pan pan ! Régime totalitaire et éducation

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  1. Très bon argumentaire, qui rejoint parfaitement ce que je pense; J’avais aussi songé à l’ingérence intolérable que ce contrôle implique.

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