Les élus du Seigneur

(Le Jugement dernier, Fra Angelico)

Le Seigneur veut que tout homme soit sauvé, dit l’Evangile, mais il semble par ailleurs que, pour le bon accomplissement de son projet d’amour universel et perpétuel, il ait également ses élus auxquels il confie des missions particulières ou accorde des grâces spéciales.

C’est ce que pourraient bien nous donner à voir et à méditer les lectures de ce dimanche, dans le lectionnaire de la forme ordinaire du rite romain.

La première lecture est tirée du livre des Rois (XVII 17-24), et présente le prophète Elie ressuscitant le fils unique de la veuve chez laquelle il loge. Cette résurrection est la réponse de Dieu aux prières d’Elie en ce sens. Elle fait écho à la résurrection d’un autre fils unique d’une veuve, par Jésus Christ cette fois, dans l’évangile (St Luc VII 11-17). Cette fois-ci il n’est plus besoin d’un intermédiaire, c’est la veuve qui demande directement au Christ la résurrection du fils unique et reçoit, grâce à la force de sa foi, l’accomplissement de sa demande.

Pourquoi ces deux jeunes hommes et pas d’autres ? La foi exceptionnelle de leurs mères a obtenu l’impossible, faire fléchir le coeur de Dieu et obtenir le retour du séjour des morts. Mais il y a d’autres saintes femmes qui, ayant perdu leur enfant, ne le virent jamais revenir à elles. Dieu, par cette action, a opéré un choix dont il faut renoncer à chercher le sens, mais auquel il faut donner du sens. C’est le principe de l’élection, mystérieux en lui-même, et qui irrigue l’histoire sainte. L’épître est de saint Paul (Gal. I 11-19), qui explique comment, par le choix de Dieu, il est passé du pharisaïsme le plus intransigeant et le plus persécuteur des premiers chrétiens, au christianisme le plus zélé. Là encore, on pourrait s’interroger en lisant saint Paul, et se demander pourquoi lui et pas un autre ? Il y avait d’autres pharisiens persécuteurs de chrétiens, d’autres grands docteurs de la foi juive ennemis de Jésus Christ. Pourquoi lui ? Certes saint Paul se décerne la palme de l’ignominie passée et on pourrait expliquer le choix par le fait que plus le pécheur est grand, plus il y a la possibilité, par le rachat, d’en faire un saint exceptionnel. Mais cela ne suffit pas. Notre monde moderne a connu d’autres pécheurs hors normes qui n’ont pas eu leur chemin de Damas.

Dieu veut le salut de tous les hommes mais il fait des choix pour des missions particulières. Quel est le rôle de ces deux ressuscités ? Témoigner devant tout le monde que Dieu peut tout, que sa miséricorde peut aller jusqu’à annuler la mort, que son amour peut rendre le souffle de vie. Saint Paul est lui-même un exemple vivant de la miséricorde de Dieu, et il en témoigne autant qu’il peut, jusqu’au dernier souffle. Ces élus sont des exemples vivants, des témoignages véridiques. Dans la nuit des hommes, Dieu place de loin en loin des phares, qu’il a choisi souverainement, et dont le pinceau lumineux guide les pas du commun.

Cependant, si le choix est souverain, il n’est pas arbitraire. On a coutume de dire que Dieu n’impose pas d’épreuve et n’envoie pas de grâces dont il sait par avance que celui qui les reçoit ne sera pas en mesure de les supporter. Ici rentre en ligne de compte la liberté de la créature. C’est une liberté antérieure, car à l’heure de la résurrection, ou du chemin de Damas, l’élu n’a pas le choix de ce qui lui arrive. Mais antérieurement, par la façon dont il a forgé son  caractère, mené sa vie, étudié, travaillé, cultivé ses relations, il a pu rendre son âme, son cœur et son intelligence suffisamment robustes pour accueillir l’épreuve ou la grâce. Dieu a ses élus, mais les élus se préparent. De même, il y a la liberté de la tierce personne qui, par son choix, a une responsabilité sur son prochain. Cette insertion de l’oeuvre de la grâce dans les relations de la communauté des croyants est importante pour percevoir la dimension sociale de cette foi. Si le ressuscité a préparé sa vie à se rendre disponible pour la résurrection, c’est la foi de la veuve, qui aurait très bien pu également s’abandonner au fatalisme, qui sauve le défunt. Il y a, dans l’action de la résurrection du livre des Rois la communion de quatre personnes : La veuve, le défunt, Elie et Dieu lui-même.

Si Dieu a ses élus, il n’agit pas en se faisant fi de la liberté qu’il a laissé à ses créatures. Ainsi, il arrive que confrontés à des grâces toutes particulières, ou à des épreuves exceptionnelles indépendantes de la volonté des hommes, le fidèle s’effondre, rejette Dieu. Ce n’est pas que l’épreuve était trop forte pour lui, ou que la beauté du don lui était devenu insupportable, c’est qu’il a choisi de rompre, estimant, à tort, que la difficulté ou la joie étaient trop hautes pour lui. Il a usé de sa liberté. Peut-on le blâmer ? Certainement pas ! Mais il ne faut pas pour autant en déduire que Dieu est un impitoyable joueur de cartes qui lance ses traits indifféremment sur le fort et le faible.

Ces élus ont ensuite une mission de témoins à accomplir, les apôtres, les disciples, et encore aujourd’hui tous les consacrés en sont le signe.

Ils sont la preuve, par leur action, que le choix de Dieu a du sens, du moins qu’il faut lui donner du sens en répondant à l’exigence du témoignage. Cependant, il ne faut pas chercher le sens de la volonté divine. En effet, si l’on peut donner du sens au deuil familial en offrant sa souffrance au Christ afin de participer aux souffrances de la croix pour le rachat du monde, si on peut tenter de transformer cette souffrance en action positive par le don de temps et d’énergie à des œuvres bonnes, il ne faut pas pour autant se demander quel sens a la mort du proche, en elle-même, et pourquoi Dieu aurait choisi de rappeler un tel au lieu d’un autre, à tel moment et pas à tel autre. Cette question vers l’incompréhensible mystère de la mort et du choix de Dieu est propre à tourner celui qui se la pose vers la folie, vers le ressassement, et vers le rejet de Dieu mal compris dans ses choix.

Enfin, si Dieu a ses élus pour des missions particulières, il ne faut pas perdre de vue que le salut est pour tous les hommes, et que pour chacun il est donné la cuirasse et les armes du combat spirituel. Chaque pécheur est un ressuscité par sa foi lorsqu’il sort du confessionnal réconcilié avec Dieu par la miséricorde dont le prêtre s’est fait le canal. Chaque fidèle part de ce monde avec l’espérance de la résurrection, au nom de sa vie, de la miséricorde de Dieu et soutenu par l’extrême onction. Chaque fidèle qui, humblement, et sans rechigner, accomplit son devoir d’état, marche pas à pas dans le sentier qui a été tracé pour lui, se prépare la sainteté ordinaire.

Il y a des élus à part, et leurs noms sont inscrits dans le calendrier. Mais la cour céleste est remplie de tous ces élus anonymes qui, par leur vie et la grâce, ont reçu le passeport pour le Ciel où ils participent aux noces éternelles.

Psaume 29

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon coeur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

 

 

 

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