Mariage homosexuel. L’Eglise continue… le dialogue

(Cain et Abel déposent leurs offrandes devant l’autel de Dieu)

Le temps de la manifestation est passé, il faut maintenant trouver d’autres modes d’action non plus pour résister mais pour reconquérir. C’est ce que font les veilleurs en poursuivant leurs « sit-in » silencieux, ce que fait « l’écologie humaine » en organisant peu à peu un corpus de propositions pour changer en profondeur notre société, afin de la recentrer autour de l’homme, de « tout l’homme et tous les hommes », c’est enfin ce que fait l’Eglise en posant les pierres d’une poursuite du dialogue sur la question du mariage.

Dialoguer ? Fi donc ! Il est bien passé le temps de la discussion. Il faut maintenant combattre la nouvelle Carthage, en renverser toutes les pierres, labourer son sol afin d’y jeter de lourdes poignées de ce sel qui stérilise la terre et condamne perpétuellement la ville damnée !

Ce serait si simple si les choses en allaient ainsi… Ce serait simple, mais peu évangélique. Enfin et surtout, ce serait nier une réalité de l’Eglise de France, mise à jour durant ces huit mois de mobilisation.

Pendant toute cette année universitaire, les pratiquants et de très nombreux non pratiquants catholiques se sont serrés les coudes pour défendre la famille. Mais comme toutes les guerres, celle-ci a permis de révéler les dysfonctionnements de l’armée catholique. Dysfonctionnements qu’il convient de corriger avant la prochaine bataille.

Ils sont de deux ordres :

L’accueil des personnes homosexuelles est largement un vœu pie. Dans les faits, si tout un discours existe dans ce domaine, condamnant l’homophobie et appelant à l’accueil des personnes au sein de l’Eglise, la pratique de cet accueil est peu présente. Quelques personnalités catholiques homosexuelles comme Philippe Arino, ont tenté de le développer. Les évêques l’ont proclamé, mais combien de paroisses ont tenté de le vivre ? Cet accueil est pourtant primordial dans la perspective de salut des âmes qui est celle de l’Eglise ; salut qui donne la vie divine.

Par ailleurs, la communauté catholique s’est trouvée divisée, tout comme la communauté française, sur la question du mariage. Un certain nombre de catholiques, dont des pratiquants, se sont dit blessés par le positionnement de l’Eglise sur cette question, ou par l’engagement virulent de nombreux chrétiens. Il apparaît que ces catholiques blessés méconnaissent le message de l’Eglise, ou du moins ne veulent pas l’entendre. Mais là encore, il y a eu une défaillance de l’écoute et de l’accueil de ces personnes au sein de la communauté des chrétiens, afin d’ouvrir leur intelligence à la clarté du message ecclésial en matière de vie, de mœurs, de famille.

A la décharge des chrétiens engagés contre le mariage homosexuel, il faut bien dire que peu de chrétiens blessés ou d’homosexuels rejetés ont pris la peine de se faire connaître. Déjà aux marges de l’Eglise, ils ont quitté le navire sans se faire remarquer et sans venir une dernière fois demander des explications à leurs frères. Cependant, comme le Bon Pasteur quitte son troupeau pour aller chercher la brebis égarée au fond du ravin, ne fallait-il pas, et ne faudra-t-il pas aller chercher ces chrétiens en rupture de ban là où ils sont et là où ils en sont ?

Cela exige une bonne dose d’humilité et de formation personnelle. Il est apparu en effet qu’avec cette mobilisation de huit mois, de nombreux chrétiens engagés contre la nouvelle loi, découvraient de façon nouvelle le message de l’Eglise dans ce domaine, étaient des néophytes désarmés face aux questions d’homosexualité, de mariage, de théologie du corps, de doctrine familiale, etc. Un très grand nombre a eu à cœur de se former durant ces mois. Mais de nombreux terrains restent en friches.

C’est dans cette optique que la commission famille et société de la conférence des évêques de France a décidé de publier cette note pour poursuivre le dialogue et élaborer des pistes d’engagement dans les prochains temps.

En neuf pages rapidement menées, le groupe de travail rédacteur de ce document, dirigé par Mgr Brunin, évêque du Havre, dresse un bilan de la situation et des propositions concrètes d’évolution.

Rappelant l’équilibre du mariage chrétien sur ses 4 piliers que sont l’indissolubilité, l’accueil de la vie, la fidélité et l’unité, il constate que le mariage civil s’en est de plus en plus éloigné au fil des années, avec la rupture de l’indissolubilité dans le cadre du divorce, la disparition progressive de l’accueil de la vie avec le développement des contraceptifs et la dépénalisation de l’avortement, pour enfin prendre une tout autre voie avec l’ouverture à deux personnes de même sexe, ce qui en fait une institution autre que celle fondant une famille. Prenant acte de ce décalage qui fait que les deux mariages n’ont désormais plus grand chose en commun, cette note appelle les chrétiens à demeurer fidèles aux engagements civiques et éthiques de solidarité et de fidélité qu’imposent le mariage civil, et à accepter librement les exigences du mariage religieux qui « complètent et dépassent » celles qui perdurent encore dans le mariage civil. Les exigences du mariage religieux sont, pour la note, renforcées par la pleine liberté de ce choix devenu minoritaire, et donc d’autant plus courageux. La note assimile ce choix à une audace qui donne le goût de la vie de Dieu.

Concernant l’homosexualité, la note appelle à promouvoir, dans la société, les amitiés chastes. Elle rappelle la force extraordinaire de ces amitiés aujourd’hui dévalorisées par le « tout, tout de suite », par « l’érotisation » extrême de la société, par le tout sexuel. Elle estime que ces amitiés, éducations à la chasteté, doivent être promues entre hommes, entre femmes, et entres hommes et femmes. Ainsi, cet appel à de fortes amitiés s’adresse à tous les hommes et doit irriguer les relations humaines. C’est en somme l’élargissement à tous les hommes, et la réponse donnée aux personnes homosexuelles, de l’appel à la chasteté que l’Eglise proclame à temps et contre temps. L »on peut rapprocher cette amitié chaste de l‘amicitias romaine, où le don de la vie et l’absolue fidélité allaient d’eux-mêmes.

Si l’Eglise propose une solution aux personnes homosexuelles, elle appelle également, dans cette note, à renforcer l’accueil concret des personnes dans les communautés. Cet accueil, explique la note, doit se faire de façon inconditionnelle et selon une modalité d’action qui pose la miséricorde avant la loi. Autrement dit, c’est dans la miséricorde face au péché que commence le chemin de rédemption qui permettra peu à peu au pécheur de se conformer librement à la loi de Dieu qui est la rencontre avec l’amour divin. La note est très éclairante sur cette articulation loi miséricorde :

« Pour accueillir, les communautés chrétiennes n’ont pas à choisir entre la loi ou la miséricorde. C’est la miséricorde qui ouvre le chemin par lequel chaque personne rendue à sa dignité et à sa liberté, peut s’engager librement sur une voie exigeante de conversion et de croissance. Ce que la foi désigne comme loi n’est pas un diktat moral, mais le signe que, par un comportement d’humilité, la rencontre avec l’amour divin devient possible. »

Cet accueil, la note le place dans une perspective de rénovation de la réflexion, mise en adéquation avec les exigences de la doctrine de l’Eglise, ou  nous sommes « tous responsables de tous », où nous avons une responsabilité envers nos frères, et plus spécialement envers les plus vulnérables : chômeurs, pauvres, exilés, handicapés, petits enfants et vieillards, divorcés, enfin personnes homosexuelles déchirées entre leur désir de chasteté dans l’Eglise et l’appel pressent de leurs sens. En ce sens, cette note se place à la foi dans la ligne du compendium de la DSE qui s’ouvre sur « l’option préférentielle » de l’Eglise pour les pauvres, et dans la ligne du pape François, qui a fait de l’accueil des pauvres aux marges de l’Eglise, une priorité de son pontificat. (Entendons-nous bien, il n’y a pas que la pauvreté matérielle. La pauvreté spirituelle d’hommes banquetant dans le faste peut être tout aussi criante.)

Concernant tous les jeunes gens qui se sont mobilisés durant ces huit mois, la note s’adresse en réalité avant tout aux prêtres et aux accompagnateurs spirituels, les incitant à poursuivre et intensifier leur présence auprès de ces jeunes afin de les former plus complètement à la doctrine sociale de l’Eglise.

Cette formation à la DSE doit donner une vision plus complète d’une société ordonnée en vue de la vocation profonde de l’homme.

La note n’a finalement que deux regrets, ceux de constater que durant ces huit mois de combats, les droits de l’enfant, devenus la pierre angulaire de la contestation, aient été si peu écoutés, et de constater également que les tenants d’une position de ferme charité, s’opposant au mariage homosexuel mais défendant le plein accueil des personnes homosexuelles n’ont pas été écoutés, mais pis encore stigmatisés comme homophobes et ennemis de  l’égalité des droits. Cependant, si la note regrette que les droits de l’enfant n’aient pas été écoutés, elle se félicite du vaste réveil des consciences dans ce domaine.

Il faut saluer cette première démarche de l’Eglise de France pour poursuivre le combat. En appelant à la chasteté des relations, en appelant à l’accueil des personnes homosexuelles dans la miséricorde mais aussi dans un chemin de conversion, en faisant du choix du mariage religieux un domaine d’audacieux héroïsme vers Dieu, en demandant enfin que les clercs forment la jeunesse mobilisée à la DSE, l’Eglise de France a pris, avec le ton de douceur qui est si souvent le sien, le chemin de l’offensive confirmée. Il faut répondre à son appel, chacun selon ses talents, pour participer à cette révolution silencieuse.

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