Doctrine Sociale de l’Egilse (2) Une brève histoire des catholiques sociaux

 

(La leçon de catéchisme. Jules-Alexis Muenier, 1890)

Comme nous avons pu l’exprimer lors d’un précédent article, la DSE puise son eau à la source de l’évangile et se place au service de l’avènement du Royaume de Dieu. Cependant, ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que l’action sociale catholique et le projet social catholique commencent à se penser comme tels et à agir en tant que tels. Les actions des siècles passés avaient eu pour but d’imprimer la marque de l’évangile dans les lois de la Cité, mais aucune doctrine sociale cohérente n’avait été tirée de cette démarche pourtant déjà en accord avec ce que nous appelons aujourd’hui la DSE.

 L’acte de naissance officiel de cette DSE pensée et voulue comme telle est le 15 mai 1891, date de publication de l’encyclique Rerum Novarum par le pape Léon XIII (1810-1903) .

Léon XIII, par son encyclique, répondait aux nombreux appels de catholiques sociaux, engagés dans le combat social pour soulager la misère ouvrière et mettre en place les structures de travail nécessaires à un labeur vécu chrétiennement. Mieux encore, elle résonnait comme le couronnement de trois quarts de siècle de réflexion doctrinale de laïque et de clercs. A tel point que l’historien Anatole Leroy-Beaulieu (1842-1912), dans un vibrant article de la Revue des Deux mondes, du 17 décembre 1895, put écrire :

« C’est ainsi que jamais à aucune époque, les laïques n’ont eu plus d’influence dans l’Eglise ; et naturellement, avec les laïques, devaient pénétrer dans le sanctuaire les préoccupations du dehors. »

De fait, si l’Eglise s’est toujours préoccupée des misères du monde ; si des chrétiens charitables, ont toujours eu à cœur de secourir les indigents ; l’éclosion de la question ouvrière au début du XIXe siècle et la révolution industrielle ont bouleversé les vieilles structures de travail héritées de la féodalité. Il est apparu que la charité individuelle, les actions de secours d’un saint Vincent de Paul, ne pouvaient plus suffire. Les structures sociales étaient chamboulées, en France, depuis l’abolition des corporations en 1789. L’ouvrier se trouvait un individu esseulé face aux nouveaux modes de production. Il fallait trouver une réponse nouvelle ; pour ainsi dire faire changer la charité sociale de niveau, et porter son action sur la structure même et non plus seulement sur les personnes. Ce fut l’œuvre des catholiques sociaux.

Par souci de concision, on traitera essentiellement des origines du catholicisme social français, qui nous intéresse tout particulièrement par son influence sur notre histoire personnelle et son rôle majeur dans la prise en compte de la question sociale par Rome. On doit cependant mesurer que le catholicisme social fut un phénomène historique plus large, touchant également les communautés catholiques belges, allemandes, américaines et d’autres Etats. Rappelons-nous ainsi que la Tour du Pin et Albert de Mun, prisonniers de guerre en Allemagne en 1870, prirent conscience de la question sociale à la lecture des ouvrages de Mgr von Ketteler (1811-1877), pionnier en la matière Outre-Rhin.

I Aux origines du catholicisme social

L’historien Jean-Baptiste Duroselle (1917-1994), plus connu pour son Histoire diplomatique de 1919 à nos jours, soutint en 1951 une brillante thèse sur Les origines du catholicisme social en France, donnant pour source de ce mouvement, dans l’hexagone du moins, l’article de l’abbé Félicité de Lammenais (1782-1854), sur la question ouvrière et le recul de la foi dans les milieux ouvriers, dans la gazette légitimiste « Le Drapeau blanc », en 1822. Ce premier article de celui qui, évoluant vers le libéralisme politique allait fonder la revue « l’Avenir », posait la question de la condition ouvrière. Il y écrivait ainsi que « la politique moderne ne voit dans le pauvre qu’une machine à travail », portant le doigt sur l’utilitarisme mercantile des nouvelles industries et s’inspirant clairement des thèses en la matière de Louis de Bonald (1754-1840). Il ouvrait la voie à de nombreuses études où le catholicisme social allait se dessiner. Ce premier mouvement avançait en ordre dispersé, fruit d’initiatives personnelles de laïcs et de clercs, on peut cependant assez rapidement le découper en trois courants, dominés chacun par un point commun dans la méthode d’action préconisée :

–         Les catholiques sociaux progressistes et socialistes, que l’on peut voir comme les lointains précurseurs de la démocratie chrétienne, de par les idéaux politiques qu’ils promouvaient au-delà du combat social sont parfaitement représentés par Philippe Buchez (1796-1865). Catholique convaincu, bien qu’agitateur carbonari, sociologue et historien autodidacte, il s’inspirait du fouriérisme et du saint-simonisme utopistes et socialisants. L’idée principale qui mouvait ce premier courant était la crainte d’un soulèvement général des pauvres contre les riches si la question sociale n’était pas réglée. Fondateurs de journaux dissidents face à la Monarchie de Juillet, mais également promoteurs de patronages et d’ateliers, leurs orientations politiques en firent des victimes toutes choisies lors de la répression des soulèvements populaires de juin 1848 à Paris.

–         Les catholiques sociaux libéraux, représentés par Lamennais, après qu’il se soit éloigné de la mouvance royaliste ultra, mais aussi le bienheureux Frédéric Ozanam (1813-1853) fondateur de la Société Saint Vincent de Paul en 1832, le père dominicain Henri-Dominique Lacordaire (1802-1861) et Charles de Montalembert (1810-1870) dans une moindre mesure. Leur combat se voulut avant tout intellectuel, militant pour la cause ouvrière et les libertés politiques, notamment de la presse, de l’enseignement et pour le suffrage universel. Dans les colonnes de « l’Avenir », Lamennais montra cependant bien que la question sociale demeurait au centre de sa réflexion :

« La question des pauvres n’est pas seulement une question d’économie politique, mais une question de vie et de mort pour la société […], plus que jamais, l’une de celles qui appellent en Europe une prompte solution. » Le catholicisme, « par sa puissance « affranchissante »… délivre l’homme du joug de l’homme. »

Ce premier mouvement fut fortement secoué par les évolutions personnelles de ses fondateurs, notamment après la condamnation du journal « l’Avenir » par le pape Grégoire XVI (1765-1846) en 1832. Lamennais refusa de se soumettre, politisa son combat, l’orientant vers la défense d’idéaux démocratiques avancés, tandis que Lacordaire, Ozanam et Montalembert demeuraient fidèles à Rome. Poussant jusqu’au bout son raisonnement, déçu, blessé, Lamennais finit par quitter l’état religieux.

–         Les catholiques sociaux conservateurs ou contre-révolutionnaires furent appelés à la plus grande postérité durant le XIXe siècle, au détriment des deux autres mouvements, brisés dans les événements de 1848. Cette dernière frange était essentiellement connue grâce à trois auteurs de renom, le sociologue corporatiste et positiviste Frédéric Le Play (1806-1882), conseiller d’Etat sous le Second empire et considéré comme l’un des pères de la sociologie française ; René de La Tour du Pin (1834-1924), officier, co-fondateur des cercles catholiques d’ouvrier après 1870, avec un autre officier légitimiste, Albert de Mun (1841-1914). Ces trois auteurs contribuèrent par leurs réflexions et leur action concrète à l’émergence d’une pensée sociale catholique structurée en France, ordonnée autour de revues, mais également de mouvements sociaux actifs, tant et si bien qu’ils peuvent être vus, d’une certaine manière, comme des pères lointains du syndicalisme chrétien du XXe siècle. Mais on ne doit pas pour autant oublier les pionniers, comme le préfet du département du Nord sous la Restauration, Alban de Villeneuve-Bargemont (1784-1850), légitimiste, auteur d’ouvrages sur le paupérisme et d’une Histoire de l’économie politique. De même, puisqu’il s’agit de catholiques contre-révolutionnaires, essentiellement légitimistes, on doit bien conserver en mémoire, comme un encouragement à leur combat, les œuvres de soutien aux indigents des princes durant la Restauration, et les manifestes d’Henri V (1820-1883), comte de Chambord, sur le sort des ouvriers. Cette dernière école de pensée est sans doute la plus intéressante, dans la finesse de son analyse sociologique, le réalisme de ses réponses, le poids de son engagement politique et sa postérité, parfois surprenante, puisque les démocrates chrétiens français, nolens volens, sont les lointains dépositaires de leur héritage.

–         Enfin, dernier visage du catholicisme social, son aspect profondément dirigiste, voire technocrate, et planificateur, qui demeura une marque de fabrique de certains milieux catholiques, ou proches de la pensée chrétienne, jusque dans l’entre-deux guerres, avec par exemple les courants « non-conformistes », personnalistes et inspirateurs, dans une certaine mesure, aussi bien des programmes sociopolitiques de Vichy que de ceux des mouvements de résistance, lors de la Libération. En effet, pour régler la question sociale, les catholiques sociaux de tous bords ont ceci en commun qu’ils prônent un modèle peu ou prou planificateur, la mise en place de colonies agricoles, l’intervention de l’Etat dans l’enseignement, le système de santé et l’économie, au moins au niveau législatif, pour régler de façon dirigiste la question sociale, instaurer des assurances, des patronages, un salaire minimum et des congés, etc. Même s’ils laissent une marge de manœuvre importante à l’initiative personnelle et aux libertés, ce qui les distingue profondément des socialistes quant à la méthode, ils font la part belle à l’Etat.

Cette description établie, on doit relever l’angle de prise de conscience de la question sociale chez ces catholiques engagés. Ainsi, tous la perçoivent au contact direct de la misère ouvrière et de la paupérisation. Ce ne sont donc pas des théoriciens abstraits, ils ont compris un problème après s’y être confrontés. Disciple de Lamennais, Charles de Coux, ancien émigré, marqué par le malthusianisme anglo-saxon, a ressenti toute l’importance de la question sociale « au spectacle du paupérisme dans les pays protestants. » Il ressent dès lors le sentiment d’une opposition entre patrons et ouvriers et ne voit que dans la morale catholique la solution à apporter à la misère du prolétariat.

De son côté, Alban de Villeneuve-Bargemont vit dans sa chair la douleur de la misère ouvrière et en retira les mêmes conclusions que Charles de Coux en dépit de la divergence d’opinions politiques évidentes, entre ce préfet légitimiste ardemment catholique et ce libéral revenu au catholicisme sous le Premier Empire. Anatole Leroy-Beaulieu a souligné l’investissement de ces aristocrates d’Ancien Régime pour la cause ouvrière :

« Il y a partout beaucoup d’aristocrates de naissance parmi les fauteurs des revendications ouvrières ; on sent parfois chez ces nobles patrons du « quatrième état », comme une pointe de rancune féodale contre le règne usurpateur du bourgeois ».

Le catholicisme social en actions.

En demeurant dans la genèse du catholicisme social, une étude de cas fort intéressante est celle de la « Société de Saint-Joseph », fondée à Paris en 1822 par l’abbé Lowenbruck, en ce qu’elle illustre parfaitement les comportements symptomatiques de ce courant au XIXe siècle, et la mentalité qui présida à l’élaboration de ses théories. L’idée première était simple, face à l’instabilité du travail et à la détresse morale ouvrière, la Société avait pour but de fournir aux artisans catholiques de Paris des « ouvriers honnêtes », c’est-à-dire préservés du « péché du temps », comme la promotion d’idées révolutionnaires, la fréquentation des tripots et bordels ou l’alcoolisme. Pour ce faire, elle encadrait la vie des ouvriers, par des activités réputées « innocentes », des cours de type scolaire ayant pour but leur instruction, des exercices spirituels et une formation technique afin d’en faire des ouvriers qualifiés compétents. Le logement était gratuit pour ces ouvriers souvent d’origine provinciale et sans attaches parisiennes. La perspective du chômage, quant à elle, était improbable, les ouvriers étant « placés » auprès de leurs ateliers. Dans la Société elle-même les ouvriers se cotisaient, au sein d’une caisse commune, permettant de leur offrir un appui financier en cas de maladie. Rapidement, l’œuvre de l’abbé Lowenbruck fut placée sous la protection de la duchesse de Bourbon, qui subventionna des lits d’hôpitaux pour les ouvriers. Forte de son succès parisien, elle se développa en province où artisans et entrepreneurs s’investirent dans son bon fonctionnement au côté de leurs ouvriers. Sur ce même modèle de la « Société de Saint-Joseph », se mirent en place des écoles d’apprentis, pour les jeunes ouvriers venus de province à Paris. On est éclairé par cet exemple représentatif, en ce qu’il montre le souci de formation professionnelle, d’assistance sociale et de secours spirituel qui caractérisa le patronat catholique paternaliste, dans une démarche d’union des classes et non d’opposition. Ce principe d’union fut également mis en pratique par La Tour du Pin et Albert de Mun dans le cadre des cercles catholiques d’ouvriers. Ceux-ci étaient ouvertement corporatistes, cherchant à transcender les clivages sociaux, en opposition au libéralisme et au socialisme, que La Tour du Pin dans ses Aphorismes de politique sociale, renvoyait dos à dos comme deux adversaires du bonheur ouvrier et de la paix publique.

Si La Tour du Pin est surtout connu pour son œuvre intellectuelle, il faut retenir chez Mun l’homme d’action, véritable fondateur de ces cercles catholiques d’ouvriers, forts de plusieurs dizaines de milliers de membres. Député, il défendit la création de syndicats mixtes, dans la ligne de l’esprit corporatiste dépassant la lutte des classes. Son succès dans ce domaine ne fut que partiel, car si les syndicats mixtes furent créés, il n’obtint pas qu’ils puissent recevoir des dons et legs et ainsi posséder un patrimoine financier afin d’entretenir des caisses d’assurance maladie, chômage et vieillesse. En 1887, soucieux de la stabilité des milieux ruraux et de la préservation du patrimoine familial, il défendait, à la Chambre, deux propositions de loi sur l’indivisibilité du domaine agricole et l’insaisissabilité des petites exploitations, sans succès pour la première mais avec bonheur pour la seconde. Son œuvre législative allait plus loin. Défenseur du repos dominical en 1890, de l’arrêt de travail obligatoire et indemnisé pour les femmes enceintes en 1892, il parvint également à faire repousser à 13 ans l’interdiction du travail des enfants. Militant, il fonda l’Association catholique de la jeunesse française (140 000 adhérents en 1914), appelée à un brillant avenir et premier des mouvements d’Action catholique, inspiratrice donc de la JOC ou de la JAC. Par obéissance au Saint Siège, il se rallia à la République en 1892.

On voit qu’au fil du siècle le mouvement catholique social prend de l’ampleur, s’étoffe d’une solide doctrine qui fut abondamment reprise par d’autres courants d’idées, voire des régimes politiques aux destins pour le moins… divers. Courant de pensée, il est aussi centre d’actions, force de proposition, et se place en bonne place dans la défense des plus déshérités. Catholique, il n’en a pas que le nom. Pour s’en convaincre, on doit méditer cette maxime de Frédéric Le Play :

« La première pierre de la réforme sociale, c’est le Décalogue ».

C’est un fait notable que la plupart de ces catholiques sociaux, à commencer par les rédacteurs de « l’Avenir », firent le pèlerinage de Rome, pour présenter respectueusement leur combat au pape. La rencontre personnelle et répétée entre les chefs des mouvements, mais également des délégations d’ouvriers, et les souverains pontifes, Pie IX et Léon XIII, tint une place majeure dans la réponse de ce dernier à leurs attentes par la publication de l’encyclique Rerum novarum.

Anatole Leroy-Beaulieu, une fois de plus, donne le ton :

« Léon XIII, cédant aux pieuses instances de ses fils, a rédigé en latin pour l’universalité de l’Eglise, afin de donner plus d’unité à l’action catholique, une solennelle consultation sur des problèmes remués, depuis des années, loin des académies romaines, par des évêques tels que Ketteler, Manning ou Gibbons, par des curés tels que Winterer, par des laïques, fils d’anciennes familles ou fils du peuple, tels que de Mun ou Decurtins. Allemands, Belges, Suisses, Autrichiens, Américains, Français même, les catholiques pour s’attaquer à la question sociale, n’avaient pas attendu le mot d’ordre de Rome. »

Du jour où Rome parlait, donnant une doctrine sociale en tant que telle à l’Eglise, le combat changeait de dimension et payait les efforts entrepris depuis les années 1820 par les catholiques sociaux. C’est une autre aventure qui débutait, dans la continuité de la précédente, celle de la démocratie chrétienne et du syndicalisme chrétien, arc-boutée sur un corpus magistériel appelé à croître sous les pontificats suivants.

 

 Pour aller plus loin :

–         Ouvrages de référence

Duroselle Jean-Baptiste, Les début du catholicisme social en France (1822-1870), Presses Universitaires de France, 1951, Paris

(Ouvrage complet, aux références foisonnantes, son intérêt principal réside dans l’étude minutieuse de chacun des grands courants catholiques sociaux, aussi bien dans la doctrine que les œuvres engagées.)

Hoog Georges, Histoire du catholicisme social en France, De l’encyclique « Rerum Novarum » à l’encyclique « Quadragesimo Anno », Editions Domat-Montchrestion, 1942, Paris

(Ouvrage plus synthétique, il donne une vision de long terme, en amont et en aval de Rerum Novarum, par l’étude du catholicisme social français de l’après 1870 et les suites de l’encyclique de 1893 jusqu’au pontificat de Pie XI.)

–         Synthèse actualisée

Mayeur Jean-Marie, Catholicisme social et démocratie chrétienne, principes romains expériences françaises, Le Cerf, 1986, Paris

(Quoique décevante par certains aspects, notamment dans le traitement fait de l’école légitimiste et sur l’étude des origines du catholicisme social avant 1848, cette synthèse demeure aujourd’hui la plus abordable et la plus complète sur le sujet.)

–         Pour l’aspect plus politique de la question

Dreyfus François-Georges, Histoire de la démocratie chrétienne en France, De Chateaubriand à Raymond Barre, Albin Michel, 1988, Paris

(Pour une première approche, il s’agit d’une excellente synthèse sur le pan politique de l’engagement social catholique, notamment concernant les mouvements très méconnus de l’entre-deux guerres.) 


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