Manif pour tous. Le baroud d’honneur ?

(Le dernier carré de la garde. Bataille de Waterloo.)

Hier 26 mai, encore une fois, ils étaient plus d’un million de manifestants. Cependant, cette ultime démonstration de force était en tous points différente. Partis de la porte Dauphine, de la porte de Saint-Cloud et de la gare d’Austerlitz, les manifestants accomplissaient une sorte de devoir quasi militaire. Ils étaient là, avec détermination, dans la bonne humeur mais sans cette joie euphorique qui avait pu caractériser les précédents rassemblements. A peine arrivés aux Invalides, ils quittaient la place pour rentrer chez eux, le devoir accompli, tant et si bien que l’esplanade ne fut jamais qu’aux deux tiers pleine, en dépit de l’écoulement ininterrompu des trois cortèges entre 15h30 et 19h00.

Pour beaucoup de marcheurs venus de province, ce troisième voyage sur Paris depuis janvier, par familles entières, représentait un sacrifice de temps et d’argent qui parle à lui seul et illustre leur volonté de ne pas abandonner le combat qu’ils ont commencé.

Cette ultime manifestation a aussi vu la concentration des initiatives nées de parts et d’autres depuis septembre. Ainsi, le courant de réflexion pour une « écologie humaine », lancé par le porte parole d’Alliance Vita, Tugdual Derville, qui n’est pas autre chose que la mise en pratique dans la société de la Doctrine sociale de l’Eglise, était présenté. De même, les veilleurs, qui depuis quelques temps essaiment dans quatre-vingt villes de France, ont eu droit à leur temps de reconnaissance. Les différentes régions étaient représentées par leurs portes paroles. On a même vu des marcheurs venus à pieds depuis l’Ouest, réalisant un parcours sportif et pénitentiel propre à émouvoir les coeurs les plus endurcis. Les grands absents étaient les politiques. Si des députés et des sénateurs de l’opposition défilaient dans le cortège, aucun n’a pris la parole à la tribune. Définitivement, ce mouvement inclassable se démarque de la politique partisane pour tracer une autre route.

Un point commun unissait tous les intervenants ; la certitude que la fin des manifestations n’est que le début d’autres formes d’actions. Cette révolution silencieuse que nous pressentions depuis plusieurs semaines est donc bel et bien en route.

C’est avec une calme détermination qu’ils sont venus, et avec le même calme qu’ils se sont séparés, rentrant chez eux le coeur gonflé d’idées et de projets. L’affaire est à suivre, il y a fort à parier qu’elle changera peu à peu notre France.

Des incidents ont émaillé la soirée. Mais ici une précision s’impose :

Tant que s’est déroulée la manifestation, le service d’ordre, la masse du cortège et les forces de police ont pu empêcher tout débordement, à l’image de ce qui fut depuis tous ces mois de rassemblements. Ce n’est que dans la soirée, après dispersion, que les heurts ont éclaté. Mais là encore, la prudence est de mise. Pour la première fois depuis sept mois, il y a eu des blessés, une trentaine, et des personnes interpellées, près de 300. Ce n’est pas une mince affaire, il faut en convenir. Pour la première fois depuis sept mois, les agitateurs voulaient vraiment en découdre. Après sept mois de combats pacifiques sans résultats tangibles (car le vrai gain est intellectuel et moral, donc impalpable), après sept mois de mépris, et après surtout une dizaine de jours de quasi appels aux troubles de la part du ministre de l’Intérieur, mettant en garde contre des violences qui devaient inévitablement arriver, un tel résultat était évident. Notons cependant deux points :

– Une fois encore, on a vu, vidéos à l’appui, des policiers en civil, habillés en loubards, inciter à la violence, à la casse, exciter les derniers présents, puis une fois démasqués être entourés et protégés par des CRS les dégageant à l’aide de gaz lacrymogènes.

– Une fois encore, s’il y a eu des blessés pour la première fois, il n’y a eu aucune dégradation de biens, ni vitrines brisées, ni voitures incendiées.

A titre de rappel, puisqu’on invoque souvent le souvenir du CPE, souvenons-nous des jets de boulons, de billes d’acier, de disques de poids et altères, de barrières métalliques contre les CRS. Gardons en mémoire que de tels projectiles peuvent tuer. Souvenons-nous également de l’occupation de la Sorbonne et de l’incendie de manuscrits uniques de la bibliothèque des chartes. Souvenons-nous enfin de la mise à sac de l’EHESS, et rétablissons une juste mesure entre les violences qui ont suivi la manifestation d’hier, et celles qui, jadis émaillèrent les manifestations contre le CPE en 2006. La comparaison a été souvent utilisée par les deux camps, l’âge moyen du gros des manifestants est sensiblement le même, alors distinguons bien les choses.

Fermons ici la parenthèse des violences et concluons par ce qui nous intéresse vraiment, les suites de ce combat qui n’a cessé de monter crescendo depuis août. Le 15 août c’était la prière pour la famille et pour la France dans les églises. Puis en septembre ce furent les rassemblements anodins d’Alliance Vita. Enfin ce fut la première manifestation. Les organisateurs attendaient 40 000 personnes, il y en eut 200 000. Pour la première fois depuis des décennies, marchant dans les pas de la reine Esther au royaume d’Assuérus, un appel au jeûne et à la prière a été lancé par le primat des Gaules. Cet appel a été suivi à deux reprises par plusieurs dizaines de milliers de jeunes gens. Chaque rassemblement est allé augmentant en nombre de personnes. La réflexion personnelle suscitée chez les opposants s’est nourrie de l’importante documentation éthique, juridique, politique et morale mise à leur disposition par les différents groupes. Des manières neuves d’exprimer un désaccord politique, de manière pacifique mais déterminée, ont été mises en place. Jamais un homme politique n’a pu accaparer ou canaliser le mouvement, toujours insaisissable, profondément populaire, au point d’échapper à son égérie même, la bouillonnante Frigide Barjot, qui ne fut pas écoutée lorsqu’elle tenta de s’en sortir par l’union civile. Le mouvement vient des profondeurs de la France très certainement. Certes, c’est une France propre sur elle, de milieux plus privilégiés qu’ailleurs, de conviction largement chrétienne, voire catholique pratiquante, même s’il ne faut pas minorer les manifestants juifs et musulmans, présents avec leurs banderoles. Et après ! Est-ce moins la France pour autant ? C’est tout cela qu’il faut retenir de cette année en se mettant en route vers de nouveaux chemins.

Peu à peu le tumulte va retomber. Les vacances d’été poseront un sceau de silence sur les dernières agitations. Et véritablement, le chemin silencieux, intérieur, commencera. Les premières surprises interviendront sans doute aux élections de 2014. A suivre…

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