Les chrétiens ne savent pas l’histoire qu’ils font

8. Signol Émile, Prise de Jérusalem par les croisés, 15 juillet 1099

(La prise de Jérusalem par les croisés, Emile Signol, 1847)

I Un goût de défaite

Jamais en panne d’idées, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, a proposé de faire interdire le mouvement « Le Printemps français » à cause des dérives violentes qu’il suscite ou pourrait susciter dans l’avenir. Il est vrai que ce groupuscule fasciste a une longue liste d’assassinats politiques à son actif.

Regardez la tête de ces tueurs :

Grâce au « Canard enchaîné » nous avons même appris que le ministre a chargé les services de renseignement intérieur de notre bonne République d’un travail de fichage des officiers et sous-officiers favorables aux mouvements de contestation contre le mariage homosexuel. A quoi serviront ces fiches ? On s’en doute bien. Alors que les nominations aux grades supérieurs font l’objet d’un décret en conseil des ministres, alors que les places sont rares aux commandements des régiments, faute d’unités en nombre suffisant, ce sera la mise au placard des opposants au mariage homosexuel pour des raisons idéologiques et en faveur des carrières d’officiers plus neutres. Cela n’est pas sans rappeler l’affaire des fiches en 1904, où les officiers catholiques virent leurs carrières bloquées ou retardées pour des raisons de croyances personnelles…

On pourrait allonger la liste du ministre, avec la chasse aux drapeaux « manif pour tous » dans les rues de Paris, les procès verbaux pour gobage de Flamby dans le jardin du Luxembourg, les gardes à vues pour camping pacifique sur la voie publique, les infiltrations de policiers en civil dans les manifestations afin d’y susciter des heurts contre les policiers en uniforme (mais il parait que c’est une pratique courante, nous voici rassurés.), le trucage des chiffres, etc.

Décidément, en voilà un qui n’a pas volé le surnom de « premier flic de France », dont est habituellement affublé le titulaire de ce portefeuille.

A ce panel de vexations, de coups bas, de trahisons de l’Etat contre ses citoyens, on peut ajouter toutes les tracasseries politiques, des auditions parlementaires à la saisine du CESE, en passant par les mots d’amour lancés de l’hémicycle contre les manifestants. Enfin, il y a le goût de la défaite.

II Les chemins de la victoire

Les chrétiens qui se sont engagés dans cette lutte à corps perdus pourraient retirer de cette année écoulée une triste amertume. Pourtant, en se réunissant, en coalisant leurs forces, ils ont marqué des points dans la réaffirmation de la place de l’Eglise au coeur de la Cité. L’Eglise comme institution est demeurée discrète, mais ce sont bien les chrétiens qui sont largement montés au feu dans ce combat. Sans le savoir, eux qui pensent avoir été vaincus une fois de plus, ils ont ouvert une piste et préparé de nouveaux combats.

Tout d’abord, ces chrétiens ont rompu la loi du silence qui caractérisait leur engagement politique jusqu’à ce jour, se contentant de se rallier à un parti politique indépendamment de toute considération de foi et d’éthique, pour des raisons de portefeuille, de tradition familiale, de réformes économiques ou de gestion de l’Etat. En somme, ils ne votaient plus en chrétiens et donnaient un blanc seing à des hommes qui n’avaient que faire de leurs désirs éthiques pour la société. Le signe le plus significatif de ce mépris fut offert par Nicolas Sarkozy lorsqu’il renvoya par voie de presse, sans l’avoir prévenue, Christine Boutin, alors ministre du logement et de la ville, conservant à son poste Nadine Morano, ennemie déclarée de l’éthique chrétienne en matière de politique familiale. Le camouflet était clair. Mais les chrétiens, bonnes poires, votèrent très largement pour celui qui pourtant laissa inscrire les « gender studies » dans les programmes de SVT…

En manifestant avec force pendant sept mois, en se détachant de toute récupération partisane, en portant hautes leurs couleurs, les chrétiens ont cessé avec cette pratique de cocus.

Mais l’histoire était en marche, de manière souterraine, depuis plusieurs années déjà. A l’automne 2009, ainsi, on a vu l’épiscopat, grâce à une mobilisation sans précédent dans les vingt cinq dernières années, et grâce à un intense lobbying parlementaire, faire reculer le gouvernement sur la question de la révision des lois bioéthiques, notamment en matière de recherche sur l’embryon. Certes, les menaces planent de nouveau. Mais il faut relever cette combativité de 2009, largement confirmée en 2013.

Nous ne sommes pas arrivés à cette situation par un brusque réveil. Ce qu’il s’est passé ces derniers temps est le fruit de presque quarante ans d’un lent et patient travail de restauration. Pendant quarante ans, sans le savoir, des chrétiens convaincus, à la foi ardente, ont, comme ils ont pu, préparé l’histoire.

Alors que les années 1950 et 1960 préparaient souterrainement la théologie de l’enfouissement, de l’effacement de l’Eglise hors de la vie publique, qui allait éclater à partir des années 1970, la décennie 1970 fut justement celle de la préparation de la restauration. La chrétienté n’est jamais inactive. Alors que le visage extérieur de l’Eglise était celui de la lente disparition, sur fond de crise des vocations, de vieillissement de la population, d’affadissement du discours, l’Esprit travaillait dans les catacombes.

Avec la fondation des premières communautés nouvelles, dont on peut citer les principales ; Frères et Soeurs de Saint-Jean, Communauté de l’Emmanuel, Communauté Saint-Martin, Fraternités monastiques de Jérusalem, Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (avant la suspens a divinis de 1976 qui allait les mettre hors jeu jusqu’à la fondation d’autres instituts en 1988, lesquels relanceraient la dynamique traditionaliste dans l’Eglise) , des prêtres, des religieux, et autour d’eux des familles catholiques allaient pouvoir reprendre patiemment le travail interrompu dans les gros bataillons frappés par la crise moderniste. Ils allaient pouvoir renouveler un carnet de chants franchement chrétien, transmettre le catéchisme, la beauté des liturgies dignes, le sens du sacerdoce, l’esprit de la mission, de la formation de la jeunesse, de l’exigence du couple chrétien, de la fidélité à l’Eglise mère de sagesse. C’était la petite graine de moutarde, tombée en terre.

Les chrétiens d’alors ne savaient pas ce qu’ils préparaient. Ils étaient dans une optique de survie spirituelle au milieu du désordre. Les religieux formés dans ces instituts étaient pour la plupart des réfugiés ; réfugiés de la foi, de la liturgie, de la doctrine, rescapés du laissé aller de séminaires où l’adoration eucharistique, le chapelet, les processions étaient bannis. Les familles trouvaient auprès d’eux le même refuge. Forts de leurs vocations, soutenus par des évêques conscients d’avoir ouvert un peu vite la boîte de Pandore, ils ont pu rapidement fleurir dans des diocèses de plus en plus nombreux à partir des années 1980, tandis que des prélats reprenaient en main leur clergé diocésain, affermissant ceux qui n’avaient pas flanché au coeur de la tempête.

Sur tous les tons, ces chrétiens de combats appelaient à la mission, à l’affirmation de leur foi et de leur éthique dans la Cité des hommes. Le couvercle sévèrement maintenu sur la casserole masquait leur réalité. Mais la deuxième fournée de création de communautés nouvelles dans les années 1980, la fin de l’ostracisme de ces communautés dans les années 1990 et finalement l’explosion de la demande d’aide de la part des diocèses depuis les années 2000 ont achevé de libérer le souffle.

Les jeunes hommes et les jeunes femmes formés à cette école de la survivance dans les années 1970 sont maintenant parents ou jeunes grands parents, ils occupent des postes de responsabilité dans l’Eglise ou la société, entretiennent leurs réseaux et peu à peu changent le visage de l’Eglise de France.

La deuxième et la troisième génération sont là, au coeur du combat depuis sept mois, affirmant sans complexe la foi que leurs grands-parents avaient pris l’habitude de cacher, jusqu’aux crucifix retirés des salles de classe de certains établissements catholiques, ou des médias comme La Croix et La Vie se faisant un plaisir de prendre le contre-pied des positions officielles de l’Eglise en matière de morale ou de discipline. Ces choses là également ont bien changé. L’enseignement catholique se rechristianise à petits pas, comme en témoignent ses nouveaux statuts, des journaux comme La Croix et La Vie ont joué franchement le jeu de l’opposition intelligente au mariage homosexuel, au nom de la morale chrétienne. Là aussi, la graine a germé et la plante de moutarde est montée plus haute que toutes celles du potager.

La résistance et le réveil de ces derniers temps est le premier fruit visible de ce grand retour après quarante ans de labeur.

Aujourd’hui, les chrétiens vont reprendre la route, et continuer d’écrire l’histoire sans savoir qu’ils sont en train de la faire. En s’inscrivant à des camps spirituels pour l’été, en s’engageant dans leur paroisse, en animant leur aumônerie, en créant des chaînes de prières, des initiatives d’Eglise au service de la société, en promouvant les différents modes d’évangélisation aux fruits pourtant si peu visibles, comme le dialogue de rue ou les parcours Alpha, ces chrétiens poursuivent la voie tracée par leurs aînés et refont ce qui fut défait au début du dernier demi-siècle, c’est ce qu’ils ont de mieux à faire.

Ce travail souterrain est le seul véritablement efficace pour changer les coeurs. Il est l’arme la plus infaillible de la révolution de l’amour car il est celle qui ne se voit pas et ne peut donc pas être combattue. L’Eglise de France s’est soudainement réveillée debout sur le rempart tout en armure, sans s’être rendue compte de ces quarante ans d’ouvrage. Un jour, la France se réveillera en voie de re-christianisation, voire chrétienne. C’est une question de temps, si la dynamique perdure. Combien de temps ? Dieu seul le sait…

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