Indemnisation des descendants des vétérans d’Alésia.

(Vercingétorix déposant ses armes aux pieds de César)

Les familles de l’oppidum d’Alésia sont mortes de faim, perdues entre les remparts de la cité et les retranchements romains. Vercingétorix a été égorgé aux portes du temple de Mars, après le triomphe de César. Les vaincus, humiliés, ont été renvoyés chez eux le poignet tranché, ne pouvant plus nourrir les leurs. Il est temps que les coupables de cet odieux crime soient retrouvés ! La descendance de  Caius Julius César doit payer une indemnité aux actuels habitants d’Alise-Sainte-Reine en Côte d’Or, afin d’effacer le préjudice dont furent victimes leurs ancêtres il y a deux mille ans. A moins que… A moins qu’il n’y ait plus de descendant connu de César, que les habitants d’Alise-Sainte-Reine n’aient aucun lien avec ceux d’Alésia et que finalement tout cela n’ait pas grand sens…

Cette histoire est pour le moins burlesque, mais le CRAN, Conseil représentatif des associations noires de France, a décidé de nous en conter une autre, plus dérangeante. Ce collectif d’essence raciste (en effet, que n’aurait-on pas dit s’il s’était créé un CRAB, Conseil représentatif des associations blanches de France ? Ah ! Pardon ! Il s’en est bien créé un, en effet, il y a quelques années, recopiant à l’identique les statuts du CRAN. Il a été interdit en quinze jours, dans le silence des médias.) a décidé d’assigner la Caisse des dépôts et consignations devant le Tribunal de Grande instance de Paris pour obtenir une indemnisation des anciens esclaves de l’île d’Haïti. Comme son président l’expliquait le 10 mai dans un communiqué de presse, cette assignation n’est qu’un coup d’essai avant d’obtenir une réparation de tous les descendants d’esclaves dans les départements français d’Outre Mer.

La France est cependant dans l’impossibilité de payer, comme l’a rappelé le Président Hollande. Il n’a pas dit pourquoi, cependant. Notons ces différents points, afin d’éviter l’absurde et l’obscurcissement des esprits.

La France en 2013 ne peut pas indemniser les descendants d’esclaves tout d’abord car cela n’a aucun sens. En effet, les compagnies maritimes, les compagnies de planteurs qui, au XVIIe et au XVIIIe siècle organisèrent la traite, n’existent plus. On serait bien en peine d’accuser leurs lointains successeurs, tels les Rhums Clément ou les Sucres Saint-Louis. De même, la capitainerie du port de Bordeaux ou de Nantes n’a plus grand chose à voir avec les familles de négriers de jadis. Les descendants des planteurs doivent-ils indemniser les familles des esclaves ? Ce serait créer un nouveau critère juridique, où la faute individuelle de l’acheteur transcende les générations et vient frapper son descendant, selon une logique de la peine que le Lévitique lui-même n’avait pas envisagé. L’Etat républicain est-il solidaire de l’Etat royal du XVIIIe siècle et de ce fait doit-il payer à la place des planteurs et des entreprises ? Ce serait un peu fort de café, considérant que l’Etat royal n’a pas organisé la traite au XVIIIe siècle (il a laissé faire et encadré, ce qui est, en la matière, une forme de culpabilité déjà bien assez grave), et considérant surtout que l’Etat républicain a aboli et la traite, et l’esclavage.

Par ailleurs, qui indemniser ? Les esclaves sont morts, leurs fils et petit-fils ayant connu l’esclavage également. Les lointains descendants des malheureuses victimes de l’esclavage bénéficient aujourd’hui de la générosité métropolitaine appuyée sur le principe de la continuité territoriale, qui aligne les salaires de la fonction publique, les prestations sociales et la qualité des infrastructures publiques de l’Outre-Mer sur celles de la métropole. Ce souci d’unité nationale est naturel, mais il retire son soubassement logique aux réclamations d’indemnités.

A propos, puisque le terme d’unité nationale est lancé, regardons bien que ces descendants d’esclaves sont tous aujourd’hui citoyens français, membres de la même communauté civique. Lorsque deux parties règlent leurs comptes, ce qui serait le cas après une indemnisation, chacun repart de son côté. Mais pour où ? Les descendants d’esclaves n’ont pas d’autre patrie que la France. Il n’y a pas de séparation possible, il ne peut y avoir de rupture consommée par l’indemnisation. Il faut maintenir la voie de l’unité qui se fait par le souvenir sans concession et la poursuite d’un chemin commun. Les protestants des Cévennes demandent-ils une indemnité à Paris pour les destructions de 1701-1713 ? Evidemment non !

Puisqu’il s’agit de souvenir sans concession, rappelons au Cran que la traite fut rendue possible grâce aux captures et aux ventes d’esclaves africains par les royaumes africains de la côte. Rappelons lui que les actuels Etats africains sont gouvernés par les descendants de ces marchands. Rappelons lui que la traite est toujours pratiquée dans le continent. Rappelons lui enfin que parmi même ses rangs il y a certainement d’anciens marchands d’esclaves… Que Nantes et Bordeaux se souviennent que leur magnificence est le fruit de la traite négrière, très bien. Mais qu’à leur tour les Etats africains de la côte ouest se souviennent qu’ils ont vendu leurs frères aux négriers européens. Enfin que les dirigeants du Cran se souviennent que la France et le Royaume-Uni ont aboli l’esclavage il y a plus de 150 ans, reconnu leurs torts, amené d’autres puissances à l’abolir et enfin ont mis fin à la traite dans les territoires africains conquis par eux.

Et puis pourquoi ne pas se poser la question : Les habitants de l’Outre-Mer demandent-ils vraiment une indemnisation, ou bien est-ce le fruit du cerveau malade de quelques lobbyistes en mal de causes à défendre ? Pour tout dire, n’est-ce pas un moyen de plus de nous diviser contre nous-mêmes au sein de la communauté nationale, entre Français métropolitains, entre Français ultramarins, entre blancs et noirs ?

Pour toutes ces raisons, le Président Hollande a été bien sage de déclarer les réparations impossibles. Il aurait dû même le faire avec plus de force. Espérons que le TGI repoussera la plainte du Cran comme irrecevable. Cette année, la commémoration de l’abolition de l’esclavage fut un bien triste anniversaire.

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