Les nouveaux Tartuffe veulent se payer la Barjot

(Sainte Marie-Madeleine repentante, Paul Baudry, 1825)

Après son beau-frère Karl Zero, c’est au tour du conseiller d’Etat,  normalien et journaliste Marc Lambron de nous infliger un déballage intégral des petits dessous de la vie privée de Frigide Barjot. Rien ne nous sera épargné, nous saurons tout, et nous allons voir ce que nous allons voir…

A tout seigneur tout honneur, les premiers salisseurs furent les « amis » de circonstance de Frigide Barjot, tel grand chrétien engagé, tel lobbyiste catholique qui, sous le manteau, par insinuations, glissèrent dans des réunions privées, des dîners entre amis ou des articles de revues confidentielles, les anecdotes croustillantes de la vie insensée de celle qui, pour ces nouveaux Caïphe, est une nouvelle Marie-Madeleine hypocrite et non repentante. Ces délicates personnalités donnent tout leur sens à l’adage : « Mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge. »

Désormais, pour ceux qui l’ignoraient encore, nous savons que Frigide Barjot s’appelle Virginie Tellenne, que ses parents sont divorcés, qu’elle fait appartement à part avec son époux Basile de Koch, qu’elle fut, pendant plus de vingt ans, la reine des nuits parisiennes bourgeoises de droite qui s’enivrent, fument et couchent aussi bien que les soirées parisiennes bourgeoises de gauche. Nous connaissons même les amitiés homosexuelles de la Barjot, jusqu’à ses amours déçus et sa consommation personnelle d’anxiolytiques.

Messieurs, pendant que nous y sommes, donnez-nous également le petit nom de son chat et la recette de son gâteau préféré. Les femen se feront un plaisir de l’entarter avec.

Ces confidences sont un procédé nauséabond. Premièrement, elles n’ont d’originales que la prétention, car Frigide Barjot avait déjà, par le passé, révélé à peu près tout de sa vie dans son ouvrage autobiographique « confessions d’une catho branchée ». Deuxièmement, ces fausses confidences sont un procédé déloyal. Il s’agit, tout simplement, de déconsidérer le combat qu’elle mène et que mènent ceux qui la suivent en lui tirant un portrait de night clubbeuse hypocrite, Sainte Vierge le jour, Salomé la nuit. Cette méthode évite tout débat de fond et se contente de frapper sous la ceinture, réveillant les bas instincts du lecteur, cherchant à lui inspirer ou le dégoût ou le rire ironique à l’encontre de ces bourgeois dévergondés. Une manière de dire « Allons ! Vous ne trompez personne !  Nous savons tous fort bien ce qu’il se passe dans vos bonnes familles une fois refermée la porte de la chambre. »

Mais ces messieurs feraient bien de se regarder en face et d’analyser leur situation.

D’une part, les critiques émanent uniquement du mâle blanc, bourgeois et catholique (ou anciennement). Un peu d’auto-critique que diable !

D’autre part, leur propos fleure bon son pharisaïsme. En effet, ces bonnes âmes défenderesses d’une soit-disant égalité des droits, ces samaritains de toutes les misères du monde semblent ignorer ce qu’est la conversion, le repentir et la miséricorde. Ils semblent également ignorer ce qu’est la délicatesse, eux qui la prônent pour tous les damnés de la terre, ils n’en ont pas une once pour leur soeur, amie et compagnon de route qu’ils accablent publiquement.

Frigide Barjot a tout raconté de sa vie de noceuse. Elle a également raconté sa conversion. On trouve encore facilement sur internet les rediffusions de ses interventions sur la chaîne télé KTO, où la simple évocation du  nom de Jésus lui tire des larmes. Etaient-elles feintes ces pleurs ? On peut décemment postuler la sincérité, dans le contexte d’un livre peu diffusé hors des milieux catholiques et parisiens, pour une émission sur une chaîne peu regardée. Il n’y avait pas de public à convaincre ou émouvoir, il n’y avait que la repentie qui ne savait contenir son émotion à l’évocation de son Sauveur.

On sait même, et de sa propre bouche, qu’elle n’a pas tout abandonné de son ancienne vie. Hélas !

Alors évidemment, pour les gardiens de la sainte morale contemporaine, la conversion est une plaisanterie, et Barjot une blagueuse. Ils ne peuvent concevoir que l’on change de vie, du moins que l’on puisse changer cette vie là. Ils ignorent ce qu’est la conversion. Ces monstres d’orgueil (il suffit de lire Marc Lambron déballant toutes ses connaissances parisiennes, politiques et philosophiques pour comprendre que nous avons en face de nous un cuistre suffisant), ces monstres d’orgueil, dis-je, ignorent le repentir des fautes passées. Et comme ils ne savent pas ce qu’est la miséricorde, ils ne peuvent pas comprendre non plus les rechutes inévitables du pécheur.

A la vérité, Barjot est pour eux un insupportable signe de contradiction. Exactement ce que le Christ demande à ses disciples, finalement.

Frigide Barjot m’a longtemps agacé par son hystérie de dépressive folâtre. Elle a perdu beaucoup de ses partisans par ses nombreux revirements durant ces mois de combats. Mais puisqu’il semble que le permis de tuer soit délivré contre elle, mon âme de mousquetaire se prend soudain d’amitié pour cette fofolle du Bon Dieu.

Quels que soient ses défauts, elle fut l’âme, parfois encombrante, de ce beau combat pour la défense de la famille et de l’enfance. Elle sait ce qu’elle dit, elle qui a connu le divorce de ses parents, les infidélités de son père et la dépression de sa mère (tout est public désormais grâce à nos gardiens du temple), elle qui a vu de près l’odeur des soirées dansantes de la nouvelle Babylone, elle qui a goûté dans sa propre vie aux déboires du couple bourgeois (pourquoi ferait-elle appartement à part avec son époux, sinon ?). Parce qu’elle connaît son sujet par l’expérience, elle fut un porte voix légitime. Parce qu’elle a donné sans compter, elle mérite l’écoute et le respect.

Elle nous énerve, mais nous devons la défendre. Nous aussi nous aimerions bien savoir pleurer à l’évocation du nom de Jésus.

Puisqu’il y a des pharisiens, il faudrait bien qu’il se trouve aussi un Christ saisissant le fouet pour flanquer dehors les marchands du temple.

Publicités

4 réflexions sur “Les nouveaux Tartuffe veulent se payer la Barjot

  1. Bravo Gabriel ! L’esprit de bienveillance et de miséricorde est peu à la mode de nos jours. Frigide Barjot mérite le respect pour le mouvement qu’elle a largement contribué à déclencher. Ses faiblesses ne la rendent que plus humaine et peut-être même, disponible à la grâce : c’est quand je suis faible que je suis fort ! Tiens, tiens, ça me dit quelque chose… Saint Paul aussi avait une « écharde » dans la chair, à ce propos ! Il n’était pas « superman » mais un pauvre, un « avorton » de Dieu… quelle gloire bien plus grande que celle que le monde peut donner aux Marc Lambron, Karl Zéro & co… 🙂

  2. Elle fait appartement à part (en réalité un pseudo duplex) car elle souhaite préserver l’intimité de son couple et ainsi mieux se retrouver d’après ce que je me souviens d’une émission quelconque il y a plusieurs années. Il ne s’agit donc pas de séparation ou de déboires conjugaux selon ses dires.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s