Notice de lecture sur le livre blanc.

(Chars Leclerc défilant sur les Champs Elysées pour le 14 juillet)

Afin d’éclairer et compléter la démonstration de notre ami Valmy, vous trouverez, chers lecteurs, ci-après, un résumé commenté intégral des 160 pages du livre blanc de la défense nationale. Bonne lecture.

On a beaucoup parlé des conséquences du livre blanc sur l’outil militaire, avec à la clef, 34000 suppressions de poste,  des gels de commande pour l’industrie de l’armement, la réduction de l’appareil de projection, la concentration des priorités stratégiques sur l’Europe et l’Afrique, etc. Mais il est tout à fait intéressant de commenter également le contenu du Livre blanc. Cet ouvrage est le fruit d’un important travail de réflexion, sa lecture est éclairante sur la gravité des choix stratégiques opérés par le pouvoir.

Livrons-nous à un résumé commenté. (les commentaires, hors résumé, seront en gras.)

La préface du livre est en elle-même un morceau d’anthologie. On ne saura jamais quel stagiaire du cabinet de François Hollande fut chargé, entre deux cigarettes et trois cafés, de rédiger ce certificat approbateur, mais on devrait déjà lui recommander de lire le texte.

La préface constate une montée des menaces dans le monde, la confirmation, et même l’amplification des risques et des tendances stratégiques pointés par le livre blanc de 2008. Elle souligne également le désengagement des Etats-Unis de nombreux théâtres et l’augmentation des dépenses d’armement de la plupart des pays émergents. At last, but not least, la préface se permet une véritable envolée lyrique sur l’espérance suscitée par les révolutions arabes, admettant au détour d’une virgule que tout n’est peut-être pas joué.

Suivent les sept chapitres autour desquels s’organisent la réflexion du livre blanc. Disons-le tout de suite, ce travail est bâtard. Trop généraliste pour les techniciens spécialistes auxquels il s’adresse, ce texte ne leur apprend rien. Trop long et trop vaste pour le néophyte, il lui est inabordable. Enfin, le texte ne donne pas une vision stratégique globale et unie pour la France, mais un panel de missions, tirées d’une vision globale de la géopolitique. En somme, c’est un manuel de cours où brille la faiblesse des données chiffrées.

Dans le chapitre Ier, le livre blanc souligne dans un premier temps que l’Europe se trouve dans une situation de paix inédite, sans menace réelle de la part d’une puissance contre son sol. Mais cette situation pacifique doit compter avec un environnement global plus difficile, hors du continent. Par ailleurs, d’après le texte, cet environnement pacifique est lié à un socle de valeurs qu’il convient de promouvoir et de défendre dans le monde. L’outil militaire doit y jouer un rôle majeur. Dans ce contexte, l’avenir de la défense française doit se jouer dans le cadre de la construction européenne. Le livre blanc déplore que les évolutions de défense n’aient pas été concertées, oubliant de préciser que la France fit bien comme tout le monde. Une fois passé le stade de la présentation, le livre blanc se garde bien de dire avec quelles forces affermir ces valeurs. On y reviendra plus bas.

Après ces affirmations introductives, le livre blanc réaffirme les principes de la souveraineté au chapitre II. La souveraineté c’est « la liberté de choix et d’action » pour une nation. La défense nationale est l’outil principal du maintien de cette souveraineté, et l’arme nucléaire est pour ainsi dire l’outil ultime.  Dans ce contexte, la France réaffirme sa place au sein du commandement de l’OTAN et se félicite de la présence d’officiers généraux français au sein de l’état-major de Norfolk. Le livre blanc est animé de la certitude que la France a les moyens de maintenir sa place dans le monde, notamment dans le domaine de l’innovation militaire.  Pour lui, il faut promouvoir le développement de convergences stratégiques entre Etats européens. Notamment dans l’industrie de défense pour accentuer ce domaine de l’innovation. Comment ? Via des pôles d’excellence selon les pays européens. Cette phrase est piégée, elle délivrera son venin au chapitre VII.

 

Après ces dispositions générales des deux premiers chapitres, le point suivant aborde l’état du monde. Là encore, l’ouvrage montre à la fois sa totale confiance dans l’outil de défense français et la montée des périls dans le monde. Premier constat, l’état du monde avancé par le livre blanc 2008 est confirmé, amplifié. Mais concernant les révolutions arabes, alors que le Président Hollande, dans sa préface, était plein d’espoir, le chapitre souligne que ces pays sont entrés dans un cycle révolutionnaire long et montre que toutes les voies restent ouvertes, y compris la restauration de dictatures. Enfin, le rédacteur se montre plus pessimiste sur le désengagement des Etats-Unis dans le monde. Il souligne que ceux-ci  sont dans une phase de désengagement en Europe et d’engagement en Asie. En Afrique, en dépit de leur intérêt pour la région avec la création en 2008 de l’état major Africom, ils estiment que c’est aux Etats européens d’assurer la sécurité de la zone et d’y accroître leur implication. Quant au Moyen-Orient, toutes les raisons sont réunies, pour eux, de rester longtemps fortement engagés.

On s’attendrait que ce constat conclue à la nécessité d’un accroissement des forces. Que nenni ! Le livre blanc souligne  le repli généralisé de l’Europe en matière de défense, avec des budgets de défense souvent passés sous les 1% de PIB. Considérant que les normes OTAN posent qu’en-dessous de 2% de PIB consacré à la défense, ce budget n’est plus crédible, on peut s’inquiéter légitimement.

Mieux encore, le livre blanc souligne une inadaptation de certains outils de gouvernance face à la montée de nouvelles menaces, ou face à des concepts interprétés aujourd’hui de façon obsolète pour des conflits classiques ayant totalement changés d’aspects et de modalités,  comme la légitime défense, face à des groupes terroristes ou des cyberattaques…

Ce chapitre III, définitivement bien instructif sur les conceptions des spécialistes civils et militaires des questions de défense, souligne que les scénarios du futur sont très ouverts, y compris vers des situations chaotiques. A ce titre, une situation préoccupante est l’augmentation importante des budgets de défense des pays émergents. Le livre blanc tente de modérer son avertissement en soulignant qu’il s’agit surtout de modernisation du matériel obsolète et d’amélioration de capacités de défense inexistantes auparavant comme les capacités navales. Mais en fait, cela ne nous rassure pas beaucoup, car c’est bien vers des armées plus efficaces, plus rapides, plus combatives  face auxquelles la France aura perdu son avantage technologique, que nous nous dirigeons.

Le livre blanc  conclut ce chapitre par une description des grandes menaces.

– La France est directement concernée par le réarmement de l’Asie car alliée des Etats-Unis, présente dans le pacifique et l’océan indien et membre du conseil de sécurité de l’ONU.

– La Russie se réarme à grande vitesse, en capacité de projection, défense nucléaire, modernisation des matériels. Sa politique extérieure est de plus en plus affirmée et agressive, notamment en Géorgie. Elle se donne les moyens d’une politique de puissance. Pour autant, la France considère l’alliance russe comme un axe majeur de sa stratégie globale.

– Il y a un risque réel de la part des Etats faillis (les failed States) dans la prolifération de la menace, avec le risque, notamment en Afrique, d’y voir proliférer des groupes terroristes, des milices armées, et des vols d’armes de destruction massive.

Enfin, il y a une augmentation des nouvelles menaces, la cybermenace, face à laquelle la France doit répondre à des attaques quotidiennes ; la menace extra atmosphérique avec les risques d’attaques sur des satellites en orbite basse doit aussi être prise en compte.

Il convient maintenant d’établir les priorités de défense de la France, c’est l’objet du chapitre IV.

Premier constat, somme toute réaliste, devant autant de menaces, il faut hiérarchiser. Quatre points sont présentés par l’ouvrage :

– Défendre le sol national et les ressortissants :  Un risque d’attaque sur le territoire est faible, mais ses conséquences seraient telles qu’il doit demeurer un enjeu majeur. Par ailleurs, les cyberattaques, elles, sont quotidiennes, contre tout type d’institutions. Le risque terroriste est réel, le risque d’une dégradation internationale rapide, menant à un conflit majeur, est toujours possible.

– Défendre l’espace européen et nord Atlantique: Les menaces sont relativement identiques pour tous les acteurs de la zone et la solidarité donc de mise.

– Stabliser le voisinage de l’Europe: Les faiblesses demeurent réelles dans certains Etats anciennement membres de l’URSS et en ex-Yougoslavie. Par ailleurs, en Afrique, il y a une priorité stratégique pour la France, dans le cadre de la coopération, pour assurer la formation d’une défense de la région par les Etats eux-mêmes.

-Participer à la stabilité du Proche-Orient et du golfe persique: Le livre blanc souligne les conséquences catastrophiques qu’auraient un conflit dans le détroit d’Ormuz où transite 30% du pétrole, et il souligne l’importance de devoir répondre présents à nos engagements vis-à-vis de nos alliés dans la zone.

– Contribuer à la paix dans le monde : Il s’agit prioritairement d’assurer la sécurité de l’océan indien.

Ces priorités sont garanties, dans leur réalisation, par l’engagement de la France dans l’OTAN et au sein de l’UE. C’est du moins ce que prétend, un peu iréniquement, le Chapitre V. Toute la stratégie de défense est conçue dans ce cadre. Trois postures sont considérées illusoires par les rédacteurs :

–         Le repli sur ses propres intérêts, le repos sur les seuls USA, la confiance totale dans une défense européenne intégrée.

la France réaffirme son engagement dans l’OTAN et, partageant la plupart de ses enjeux stratégiques avec l’UE, insiste sur une réponse commune. Dans ce contexte, la restriction budgétaire devrait être saisie comme une opportunité pour créer des  « interdépendances capacitaires consenties. » Autrement dit, pour faire peser une partie de notre effort de défense sur nos voisins… Dans ce domaine, un enjeu stratégique est le maintien d’un marché européen de l’industrie de défense. Le livre blanc prône, dans ce domaine, la mutualisation européenne des capacités et des savoirs.

Ces grands principes nécessitent une mise en œuvre. C’est l’objet du chapitre VI.

La mise en œuvre repose sur trois piliers :

–         La protection, la dissuasion, l’intervention

Concernant la protection, il s’agit de prévenir au plus tôt les crises qui affectent notre environnement. La fonction de connaissance et d’anticipation est capitale. L’anticipation stratégique éclaire l’action. Le rôle du renseignement et de la prospective doivent donc être amplifiés pour le livre blanc. Cette analyse confirme le rôle du coordonnateur national du renseignement, institué par le livre blanc de 2008. et le conseil national du renseignement sous la présidence du Chef de l’Etat ; ainsi que la coopération inter-service favorisée depuis 2008. Devant la montée de la menace terroriste, un effort particulier doit être porté sur le renseignement intérieur, DCRI. Il faut maintenir le dispositif d’acquisition et de traitement des renseignements. (Capacité spatiale, renseignement électromagnétique, etc.) Dans ce domaine, un effort européen est à souhaiter d’après les concepteurs du livre blanc. La France, enfin, doit développer sa capacité de drones de moyenne altitude de longue endurance. (localiser et suivre des cibles potentielles) Elle doit également développer le renseignement face à la cybermenace et renforcer le pilotage stratégique du renseignement.

La prospective était une priorité du livre blanc de 2008. elle est restée insuffisante. Une coordination interministérielle doit être mise en oeuvre. Il faut une réflexion stratégique indépendante, pluridisciplinaire et originale intégrant la recherche universitaire. Ce paragraphe adopte une conclusion pour le moins savoureuse dans un contexte de restriction budgétaire ; de grands progrès ont été réalisés, mais il manque encore une masse critique suffisante…

La dissuasion, elle, défend les intérêts vitaux de la nation contre toute attaque étatique et elle participe à l’équilibre de l’alliance de l’Atlantique nord. La dissuasion aéroportée et océanique est maintenue. La dissuasion contribue à l’excellence de la recherche dans l’industrie de défense.

Le troisième volet doit assurer la protection des ressortissants, des intérêts de la France et de l’intégrité du territoire. Des projections à l’étranger peuvent être nécessaires. La nature des risques nécessite des modes d’interventions souples et réactifs, dans lesquels il faut savoir répondre à l’aggravation rapide d’une crise faible ou moyenne. Là encore, on serait en droit d’attendre plus des augmentations d’effectifs que des réductions… Pour le livre blanc, il convient d’établir des plans opérationnels d’intervention en fonction des types de situations prévisibles. Les ministères civils, dans cette perspective, assurent à tous échelons la sécurité élémentaire des Français contre les risques naturels, humains et technologiques.

La mission des armées, quant à elle, est d’assurer la sûreté du territoire contre une menace militaire. Face à une crise grave, une réponse coordonnée entre civils et militaires doit être apportée.

La prévention est un point important dans l’efficacité ce triptyque des réponses de défense formulée par le livre blanc. La lutte contre les trafics, le rétablissement de la paix nécessitent des plans de prévention à tous niveaux, national et international. La prévention nécessite une bonne anticipation par la connaissance des risques. Elle impose une approche globale et une réponse politique cohérente.

Pour la prévention, la présence de bases permanentes chez nos alliés est capitale. Concrètement, deux zones navales, à partir des Emirats arabes unis et de l’Afrique (côte ouest) doivent être entretenues, ainsi que des bases au sol en Afrique. Dans le cas de l’Afrique, le livre blanc appelle à des bases plus réactives et flexibles, et à une évolution vers une meilleure capacité des Africains à assurer leur propre défense. Il s’agira plus dès lors d’assistance à nos alliés. En clair, il faut comprendre par ce galimatias que la France maintient sa défense navale mais, contrairement à ce que la presse affirme, elle va limiter ses bases africaines au strict minimum nécessaire à leur entretien et leur protection, se basant essentiellement sur l’emploi d’officiers coopérant pour former et encadrer des unités locales en vue de l’amélioration de leur capacité opérationnelle. Considérant tous les efforts déployés dans ce domaine depuis des années, et considérant les résultats, on peut dire que tabler sur une évolution des armées africaines pour assurer leur propre sécurité est un vœu pieu.

Le volet intervention s’appuie sur la défense de nos intérêts stratégiques et ceux de nos alliés. Pour cela, la France doit donc conserver la capacité militaire pour des interventions à l’étranger. Les zones prioritaires sont la périphérie européenne, le bassin méditerranéen, l’Afrique du Sahel à l’Equateur, le Golfe persique et l’Océan indien. La France, dans ces zones, doit pouvoir mener trois types d’opération :

–         Opérations autonomes.

–         Opérations en coalition dont elle a l’initiative et le commandement

–         Opérations en coalition sous commandement allié.

L’évolution de la situation internationale dans ces zones devrait nous amener à intervenir plus souvent et à prendre la tête de plus nombreuses opérations.  Le principe d’autonomie stratégique est le fondement de la stratégie française en matière d’opérations extérieures. Il faut donc développer les capacités d’action autonome. La plupart des opérations continueront cependant d’être en coalition. Devant de telles dispositions, on se demande, une fois de plus, pourquoi le livre blanc conclut à une diminution des effectifs.

Allons plus loin encore. Pour le livre blanc, les armées doivent pouvoir mener des opérations dans un conflit de haute intensité contre un Etat. Y compris dans le cadre d’une guerre conventionnelle, dite d’attrition. Mais, nouvelle incohérence de l’ouvrage, le format d’intervention demeure court, de quelques semaines à quelques mois.  La France doit conserver, dans ce domaine, une supériorité technologique et d’intervention. Le livre blanc parle d’une « supériorité opérationnelle sur nos adversaires. » Quand on sait que pour intervenir au Mali nous avons eu besoin du soutien logistique algérien afin de transporter certaines troupes, on demeure songeur face à ces affirmations.

Le long chapitre VII, conclusif, est celui où le voile d’hypocrisie achève de se déchirer. Alors que le livre blanc a insisté sur l’accroissement des menaces, des risques, la nécessité d’être sans cesse plus présents, il conclut sur toutes les nécessaires réductions d’effectifs et de budget. On sent, ici, que la plume a changé de main. Les chapitres précédents sont l’œuvre de stratèges, de spécialistes des questions de défense. Celui-ci est la création de gestionnaires à courte vue soutenus, la mort dans l’âme, par quelques spécialistes galonnés qui donnent au chapitre sa teinture militaire.

Les prévisions de 2008 visaient un maintien de la dépense jusqu’en 2012 puis une croissance annuelle de 1% supérieure à l’inflation. Afin de moderniser l’outil. Le livre blanc reconnaît les fruits de cette politique en Côte d’Ivoire, Libye, Mali. Mais la crise a bouleversé ces prévisions. La loi de programmation militaire 2011-2014 actait un budget inférieur. La Cour des comptes soulignait, en 2012, que les objectifs du livre blanc 2008 n’étaient plus atteignables en la matière et que les forces de défense se trouvaient à la limite du point de rupture.

Mais voici quelles sont les nouvelles prévisions :

«  L’effort de défense de la France s’établira à 364 Md€  2013 sur la période 2014-2025,  dont 179 Md€ 2013 pour les années 2014 à 2019, période de la prochaine loi de programmation militaire. »

Premier souci, le budget prévu va jusqu’en 2019, mais le nouveau format des armées va se mettre en place dans un étalement jusqu’à 2025. Comment seront financées les 6 dernières années ? Deuxième souci, le budget sera financé par des ressources classiques, et des ressources exceptionnelles, c’est à dire la vente de biens patrimoniaux et de participations dans des entreprises. Mais il est clair que ce patrimoine est, ici, complètement sur-évalué, ne suffira pas à assurer les dépenses. Par ailleurs, une fois ces biens dilapidés, on peut dire vulgairement que la défense se trouvera toute  nue, ayant perdue ses réserves de fonds.

Les objectifs de cette nouvelle programmation n’en sont pas moins délirant considérant les réductions de budget :

–         Maintenir l’autonomie stratégique, afin de pouvoir prendre l’initiative d’opérations.

–         Maintenir la cohérence du modèle d’armée selon les scénarios envisagés d’engagement des forces.

–         Soutenir nos alliés de l’OTAN, en cas d’agression par exemple.

Plusieurs principes de défense sont ensuite énumérés. Laissons le livre blanc les définir dans sa langue de bois savoureuse.

–         Le principe de dissuasion des forces :

« Le principe  de différenciation consiste à équiper et entraîner prioritairement les forces  de protection du territoire, les forces d’accompagnement de nos moyens de  dissuasion, les forces de gestion de crise et les forces de coercition en fonction  des exigences propres à leur mission et à les rendre ainsi plus performantes dans leur domaine d’action. Il s’agit également d’appliquer un principe d’économie en ne finançant les capacités les plus onéreuses ou les plus modernes que là  où elles sont indispensables, notamment au bénéfice des forces prévues pour  affronter des acteurs de niveau étatique. La définition de ce noyau critique est essentielle pour le renouvellement et la modernisation de nos équipements. »

–         Le principe de mutualisation s’appuie sur la polyvalence des forces et la mise en commun.

Enfin, le livre blanc présente le nouveau contrat opérationnel des armées :

–         En cas de crise intérieure grave, outre les forces de police, gendarmerie, protection civile, sapeurs pompiers, 10 000 hommes de l’armée de terre devront pouvoir être mobilisés, ainsi que des éléments de la marine et de l’air.  Quitte à prélever ponctuellement des troupes sur les forces d’intervention. Ce dernier point est pour le moins inquiétant. En somme, en cas de nouvelle tempête Xynthia, l’Etat se réserve le droit de retirer des troupes de théâtres d’opérations extérieures pour secourir les sinistrés en métropole. Cette disposition illustre la sous-capacité des effectifs de notre armée.

–         Un échelon national d’urgence de 5000 hommes pouvant être mis en alerte immédiatement sera conservé, avec la possibilité de projeter instantanément 2300 hommes jusqu’à 3000 km de distance du territoire national ou d’une implantation à l’étranger dans un délai de 7 jours. Avant ces 7 jours, l’action aérienne doit faire la soudure.  Une Force Interarmée de réaction immédiate (FIRI)est créée, composée de forces spéciales, d’un groupement terrestre interarmes de 1500 hommes équipé d’engins blindés, d’hélicoptères et d’un groupe naval soutenu par 10 avions de chasse. d’avions de transport tactique et de ravitaillement

–         Pour des opérations plus longues et nécessitant une plus grande préparation, la France pourra s’appuyer sur des forces spéciales, sur une brigade  interarmes de 6000 à 7000 hommes, dotée de chars, hélicoptères, appuis feux, etc.  une douzaine d’avions de chasse, une frégate, un sous-marin nucléaire, des transports de troupes.

–         Pour des opérations de coercition majeure, la France pourra engager une division de type OTAN allant jusqu’à 15 000 hommes, 45 avions de chasse, le porte avion, un noyau d’accompagnement avec frégates, sous-marin, etc. des moyens de commandement et de logistique.

A l’issue de cet engagement la France devra garder les moyens d’un engagement dans la durée pour le rétablissement de la paix.

Une question est en suspend, à laquelle le livre blanc ne répond pas : Ces forces pourront-elles intervenir simultanément en cas de chaînage de crises multiples ? Cela nécessiterait une capacité d’intervention extérieure de 20 000 hommes. Nos armées n’en ont pas les moyens humains et logistiques aujourd’hui. Ce n’est pas avec les coupures budgétaires qu’elles auront ces moyens en 2025.

Pour mener à bien ces projets, quelques points de développement ont été ciblés :

–         Il faudra développer la capacité de renseignement, la cyberdéfense et les forces spéciales car réputées adaptées à ces nouveaux théâtres et souples. (En clair cela veut dire qu’elles sont projetables à l’étranger avec de faibles moyens logistiques et coûtent moins chères qu’un régiment complet. C’est ce que l’on appelle les gadgets de la défense du pauvre.)

–         Les forces terrestres devront comprendre un total de 66 000 hommes projetables, incluant les forces spéciales, les troupes prépositionnées dans des bases permanentes et les forces outre mer.  Ici, on croit rêver. Le livre blanc considère en somme comme projetables à l’étranger l’intégralité des troupes combattantes de l’armée de terre, en oubliant que le précédent livre blanc ne tablait que sur 30 000 hommes pouvant être projetés, et que le nouveau livre blanc, celui-là même, vient, quelques paragraphes plus haut, d’établir une capacité prévisionnelle de projection rapide de 15 000 hommes. Ces forces disposeront de « 200 chars lourds, 250 chars médians, 2700 véhicules blindés multirôles, 140 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque, 115 hélicoptères de manœuvre et une trentaine de drones tactiques. »

–         Les forces navales disposeront de « 4 sous marins nucléaires lanceurs d’engins, 6  sous marins nucléaires d’attaques, d’1 porte-avions, de 15 frégates de premier rang, d’une quinzaine de patrouilleurs, de 6 frégates de surveillance, de 3 bâtiments de projection et de commandement, d’avions de patrouille maritime, ainsi que d’une capacité de guerre des mines apte à la protection de nos approches et à la projection en opération extérieure »

–         « Les forces aériennes comprendront notamment 225 avions de chasse (air et
marine), ainsi qu’une cinquantaine d’avions de transport tactique, 7 avions
de détection et de surveillance aérienne, 12 avions ravitailleurs multirôles,
12 drones de surveillance de théâtre, des avions légers de surveillance et de
reconnaissance et 8 systèmes sol-air de moyenne portée. »

–         La réactivité et la projetabilité du service de santé des armées sera améliorée.

Ce que ce tableau ne dit pas, c’est que tous ces chiffres ronflant sont encore à l’état de projets, que la France n’est pas en mesure de projeter de telles forces, qu’elle en prend le chemin inverse, que même en tenant compte des chiffres bruts ils sont en retrait net par rapport à ceux de 2008, qui étaient déjà une catastrophe. Pour tout dire, et sans rire, notre capacité de défense à l’horizon 2025 sera inférieure à celle de la Suisse. On peut craindre pour notre sécurité quand on  sait que les capacités de nos voisins immédiats sont encore inférieures.

Après ce descriptif, on est en droit d’attendre un volet ressources humaines. Il arrive et est encore plus savoureux.

Pour disposer de troupes jeunes, explique le livre blanc, il faut continuer de favoriser le recrutement contractuel sur le recrutement de carrière. Ce qui signifie qu’il faut favoriser les emplois jetables aux emplois incompressibles. En effet, la politique des contrats, dans l’armée, depuis des années, est de considérer ce personnel comme du kleenex jetable, pouvant être augmenté ou diminué selon les besoins. La tendance est actuellement plus à la diminution, créant une situation professionnelle instable pour ces hommes.

La suite est ahurissante. Le livre blanc ayant annoncé la couleur en matière de gestion des ressources humaines, s’étonne du  fléchissement du nombre d’engagements de jeunes soldats, de la baisse de leur niveau, et du faible renouvellement des contrats qui limite la capacité de choix des recruteurs. Mais comment s’en étonner ? Qui voudrait s’engager dans une armée qui ne cesse de réduire ses effectifs, où la visibilité sur l’avenir est sans cesse compromise et où la vie de famille du soldat est réduite à néant. En effet, pour maintenir les missions de défense tout en réduisant les effectifs, il n’y a pas de secret, il faut allonger jusqu’aux limites du possible les missions extérieures et les déplacements de ces hommes envoyés loin de chez eux pour des temps de plus en plus longs. Au début des années 1990, les missions duraient souvent trois ou quatre mois avec un important roulement. Elles sont désormais facilement de 6 à 8 mois.

On a dès lors presque envie de rire lorsque l’on lit que le ministère devra continuer de tenir compte de la vie professionnelle et de la vie privée (conjoint, scolarité, etc. ) Le rédacteur ne manque pas d’humour, il conclut même que la visibilité en matière de carrière et de mobilité doit être améliorée. Quelle visibilité à l’heure des grandes coupures budgétaires ?

Enfin, le livre blanc sort de son cadre exclusivement réservé à l’armée d’active pour décrire la réserve. Un point blesse immédiatement, l’absence de données chiffrées sur l’état de la réserve, ses ambitions en matière d’effectifs. La réserve est bien la dernière des préoccupations des rédacteurs du livre blanc, en fait. Il ne faut pas s’étonner, avec un tel mépris, que nos armées aient des difficultés de recrutement, et que le lien armée-nation soit si affaibli.

Il y a, d’après le livre blanc, une volonté d’améliorer la réserve opérationnelle par le recrutement d’hommes et femmes jeunes, disposant d’au moins 20 jours de réserve par an, pouvant à terme être projetés avec l’active. Pour cela, il faut y consacrer les ressources budgétaires adaptées et assouplir les démarches administratives de recrutement, explique le livre blanc. Mais avec quel argent ? Le rédacteur ne répond pas.

La réserve opérationnelle doit développer des compétences pour soutenir les domaines où l’armée d’active est déficitaire, notamment la cyberdéfense. Voilà donc l’utilité de la réserve pour le livre blanc. Boucher les trous de l’active avec de la main d’œuvre quasi gratuite ! On croit rêver, ce sont des méthodes d’armées du tiers monde !

Enfin, voici les dispositions du livre blanc sur l’industrie de défense, considérée comme une  composante essentielle de l’autonomie stratégique de la France et la seule garantie de notre autonomie d’approvisionnement.

« Elle regroupe plus de 4 000 entreprises, dont un nombre important de petites et moyennes entreprises, qui réalisent un chiffre d’affaires global de 15milliards d’euros et emploient de l’ordre de 150 000 personnes, dont 20 000 hautement qualifiées. Elle exporte, selon les années, 25 % à 40 % de sa production et contribue ainsi de façon positive à la balance commerciale de notre pays. Caractérisée par un niveau très élevé de recherche et développement, elle conforte notre compétitivité technologique, y compris dans le secteur civil, où elle irrigue de larges pans de l’industrie nationale et européenne (aéronautique, espace, sécurité, électronique, technologies d’information et de la communication, énergie, etc.). »

Après ce descriptif pour le moins élogieux, hélas, le retour à la réalité est brutal :

–         L’industrie de défense française et européenne est en sur-capacité par rapport à la demande de ces Etats. Le risque est réel pour les bassins d’emplois où ces industries sont concentrées. Il faut assurer la compétitivité technologique et le maintien de l’outil industriel, ce qui nécessite un niveau minimal de commandes et de crédits.

Evidemment le nouveau format des armées ne permettra pas d’atteindre ce niveau minimal. Alors le livre blanc propose de compenser par le soutien de projets stratégiques, l’insertion dans les missions de l’industrie de défense d’un volet de maintenance du matériel et d’un volet de mise à niveau des programmes d’armement, dans le temps. Mais cette amélioration technologique progressive et ce suivi des matériels pour leur entretien étant déjà pratiqués on se demande en quoi cela constituera des ressources suffisantes pour cet outil industriel français en grand danger. Enfin, le livre blanc prône la coopération européenne sur des pôles de compétence, ce qui revient à condamner les industries françaises qui ne seraient pas les plus compétitives dans ce domaine, pour se concentrer sur l’excellence. Cette manière de faire a déjà été prônée en son temps par l’Afrique du Sud qui fit le choix d’internationaliser son industrie de défense par la privatisation complète, acceptant de laisser fermer les industries où elle n’était pas la plus compétente et ne conservant que les domaines d’excellence comme l’optique et le blindage. Le résultat est là, en contradiction avec les espérances du livre blanc. L’industrie de défense sud africaine est moribonde, largement cannibalisée par des firmes étrangères, ne pouvant plus assurer l’autonomie d’approvisionnement des armées sud africaines en la matière. Voulons-nous la même chose pour la France ? C’est ce qui se profile si ces dispositions sont appliquées.

Mais rassurons-nous, cela n’arrivera pas, non pas grâce à la vertu française, mais parce que les autres Etats européens ont déjà sabordé leurs pôles d’excellence en matière de défense. Triste consolation…

 

En définitive, ce livre blanc est un bel exercice de style, un manuel de géopolitique dont les conclusions pratiques sont aux antipodes des diagnostics. Voilà bien des efforts et bien du papier dépensés pour justifier la seule motivation de ce nouveau format des armées : trouver quelques milliards pour soutenir l’assistanat français, au mépris de notre indépendance et de l’avenir de nos alliés, notamment africains.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :