Réflexion pour la révolution silencieuse : Oser connaître

( La vérité sortant du puits. Edouard Debat-Ponsan 1847-1913)

Dans les derniers mois, et plus particulièrement durant les dernières semaines, on a vu surgir de nouveau l’arsenal de l’intimidation politique, à grands coups d’accusation de pétainisme, de fascisme, d’ultra-droitisme, comme autant de marques d’infamies. L’injure a perdu de sa vigueur, puisqu’elle n’a pas su stopper net le mouvement d’opposition. C’est la preuve que ce terrorisme intellectuel débilitant, axé sur une légende noire dont l’Affaire Dreyfus est le départ et l’épuration le point culminant, est en perte de vitesse. Cependant, il a su trouver encore assez de force pour contraindre les protagonistes à se chercher des excuses. 

C’est une situation pour le moins cocasse où les forces dites de gauche, ou prétendues progressistes, peuvent se passer de réfléchir, se contentant de suivre leur voie et d’asséner un coup de massue idéologique à quiconque leur barre la route ; et où les forces soit disant conservatrices ou réactionnaires doivent, pour s’exprimer, adopter le langage et les idées de ceux-là mêmes qu’ils souhaitent combattre.

Le combat pour la défense de la famille, des valeurs humaines, du bien, du beau et du vrai, est perdu d’avance si le langage, les références culturelles sont orientés par l’adversaire. Pis encore, ce combat est perdu si les références du camp des défenseurs des valeurs conservatrices de l’humanité sont à la base suspectes, pouvant être à tout instant accusées de puiser à la source des doctrines les plus nauséabondes.

Pour combattre cet état de fait, il faut se livrer à un triple travail :

– Il convient d’abord de se débarrasser de toute considération sur l’opinion que le monde peut porter sur ces idées ou ce combat. En effet, ces considérations sont souvent erronées car instillées par l’ennemi qui a tout intérêt à faire croire que la réprobation contre ces idées est un allant de soi. Il faut se débarrasser de  cette crainte du « qu’en dira-t-on », et utiliser sa raison pour se demander avant tout : cette idée que je défends, cette référence que j’ai faite mienne, sont-elles orientées dans la recherche de la vérité, la défense de ce qui est vrai et beau.

En effet, c’est cet axe, et lui seul, qui doit mouvoir la conscience dans ce combat, et ainsi permettre de se défendre utilement, sans non plus tomber dans le piège inverse qui consisterait, étant totalement décomplexé, à faire siennes toutes les thèses de la famille de pensée dont on est issu, même celles authentiquement revêtues du sceau de l’erreur. Pour donner un exemple concret, dans la pensée d’un personnage comme Charles Maurras, on peut accepter et utiliser sa thèse de « l’inégalité protectrice » développée en préface à Mes idées politiques, il conviendra en revanche de ne pas endosser son antisémitisme d’état, véritable erreur méthodologique car fondant une thèse générale sur des collections de cas particuliers purement individuels. Autre exemple concret ; si on peut se revendiquer des mouvements non-conformistes des années 1930, qui ont initié la réforme de l’Etat de l’après 1945 et la pensée politique qui mena à la Constitution de la Ve République, on n’est pas obligé d’endosser la participation de ces hommes au régime de Vichy.

C’est la vérité qui doit nous guider et non un sentiment idéologique ou poétique qui pousserait à défendre l’indéfendable, à mettre dans le même panier les personnalistes chrétiens de la revue Esprit et les écrivains pro-fascistes comme Rebatet, Bardèche ou Brasillach, aussi talentueux fussent-ils.

Au-delà des auteurs, il faut aussi savoir se débarrasser de la terreur face à l’évocation des événements historiques. En effet, il est toujours facile, pour les tenants du progressisme, de jeter à la face de leurs contradicteurs le régime de Vichy, la collaboration, la déportation des juifs, la torture durant la guerre d’Algérie, le putsch des généraux d’Alger, etc. Ces événements historiques doivent être traités comme tels, c’est à dire comme des faits passés et dont ne sont pas responsables les hommes d’aujourd’hui. Par ailleurs, si faute il y a, elle est nationale, collective, et non pas attachée à un groupe en particulier.

Donc, sur ce premier point, il faut savoir se débarrasser de la peur que l’injure par l’adversaire inspire, tout en ne tombant pas dans l’excès constitutif d’une réserve indienne idéologique, où, par réaction, on est conduit à endosser l’intégralité de l’héritage, y compris dans ses fioritures inutiles et reconstituées a posteriori (en effet, sont unis dans la pensée du jeune contre-révolutionnaire actuel des hommes qui, jadis, se haïssaient, et sont unis dans son coeur parce que communément rejetés par le gauchisme bien pensant)

– Deuxième point, il faut se connaître et chercher à connaître les idées qui défendent le beau et le vrai. Une fois débarrassé de la crainte du verbe adverse, de cette espèce d’inquisition des bien pensants, il ne faut pas hésiter à chercher à connaître. Connaître les courants de pensée, chrétiens sociaux, personnalistes, néo-thomistes, non-conformistes, libéraux et toujours chercher à en tirer ce qui, selon toute raison, tend au vrai. Il ne faut pas craindre de les utiliser et se dire que dans ce panthéon, il n’y a pas de pestiférés.

On doit tout aussi bien pouvoir se revendiquer de Richelieu, de Bossuet, de Joseph de Maistre que de Montalembert,  Albert de Mun, René de la Tour du Pin, Bertrand de Jouvenel, Jules Monnerot, Pierre Boutang, Jacques Maritain, Gustave Thibon, Charles Maurras,  etc. Ces hommes diffèrent largement les uns des autres, en termes d’idées, d’orientations, de centres d’intérêts, mais tous ont cherchés à connaître et comprendre le gouvernement des hommes et de la Cité. Tous ont quelque chose à nous dire, et s’il ne faut pas voiler leurs erreurs, il faut savoir citer leurs idées sans complexes. C’est une épreuve du feu, qui  nécessite à la fois l’humilité de la reconnaissance des fautes du maître cité, et la nécessité impérieuse d’utiliser certaines de ses idées, justes, dans le combat pour la vérité.

Concernant les événements historiques, il y a à la fois une difficulté et un défi.

Le défi consiste à s’instruire. « Ils s’instruisent pour vaincre » disait De Gaulle. Cette maxime est devenue celle de L’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. On peut l’utiliser dans le cas présent, en se donnant pour objectif de chercher à connaître l’histoire générale de notre pays, sa logique, ses événements majeurs. On peut l’utiliser pour chercher à connaître le détail des événements litigieux : Les guerres de religions, la monarchie absolue, la Révolution, la Commune, la collaboration, l’épuration, la guerre d’Algérie, etc. Il s’agit de fourbir ses armes pour savoir répondre et dire non !  Par exemple, non la France n’a pas utilisé ses coloniaux comme de la chair à canon, les taux de pertes des conscrits européens en 1914-1918 et en 1939-1945 sont les mêmes que ceux des soldats coloniaux. Ils sont mêmes supérieurs durant la période 1943-1945. Ou encore, non, le gouvernement de Vichy n’était pas l’apanage d’une France conservatrice, les grands collaborateurs parisiens venaient pour beaucoup de la gauche française d’avant guerre, et les hauts fonctionnaires de Vichy étaient pour beaucoup des anciens radicaux socialistes. Ou encore, non, l’épuration ne fut pas qu’un instant de folie où s’est mêlée la justice immanente et l’exagération de quelques-uns, ce fut également un moment terrible de chasse à l’intelligentsia française non-communiste, confrontée parfois à des prisons qui n’avaient rien à envier à celles de la Gestapo.

La difficulté réside dans l’impossibilité de tout savoir. On ne peut connaître tous les événements et leur détail. Il convient, ici, de reconnaître humblement son ignorance et de savoir écouter, quitte à chercher par soi-même ensuite. La difficulté réside également dans le risque de vouloir, comme pour les idées et les auteurs, défendre l’indéfendable, en justifiant à tout prix, par exemple, les moindres détails de la politique du gouvernement de Vichy.

Il faut donc connaître, se connaître.

– Le troisième point est une exigence de connaissance des héros du panthéon progressiste. En tout premier lieu car le rejet de ce panthéon, en bloc, avec ses défenseurs, serait une erreur. En second lieu, il s’agit de connaître ce panthéon pour en dénoncer les criminels. Citons en exemple Che Guevara, dont le portrait orne les t-shirt, et qui prenait plaisir à assister aux exécutions et aux séances de torture, ou encore les héros de l’Union soviétique, qui figurent en bonne place dans le référentiel de ces idéologues, en dépit de leur triste palmarès.

Dans cette connaissance de l’adversaire, à son panthéon il faut ajouter sa dialectique, et plus particulièrement sa dialectique de combat, qui consiste à utiliser la référence ad hitlerum pour désarmer, sur tout sujet d’actualité. Ainsi, la référence à Vichy a servi à une entreprise de décrédibilisation des partisans de la « manif pour tous ». Citons pèle-mêles quelques exemples récents de cette dialectique ; avec la comparaison entre la shoah et les guerres civiles en Yougoslavie, hors de proportion et de propos ; la comparaison entre La SS et l’armée française en Algérie ; la comparaison quasiment risible entre Nicolas Sarkozy et le fascisme, celle entre les populistes des années 1930 et les opposants à la constitution européenne en 2005, etc.

A chaque fois, la comparaison est hors de propos et mérite que le débat soit recentré, sans crainte, et sans sourciller, sur le fond. Car par ces arguments, c’est justement le débat de fond que leurs auteurs tentent d’éviter.

C’est donc sur le fond qu’il convient de se défendre et d’attaquer, car c’est sur le fond que nous voulons changer les choses, nous qui cherchons le bien, le beau, le vrai ; nous qui cherchons les vraies libertés.

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