Jalons de route pour une révolution tranquille

(abbaye de Lagrasse, Aude)

Le projet de loi ouvrant l’institution du mariage à deux personnes de sexe identique a été voté définitivement par l’Assemblée nationale hier, mardi 24 avril 2013. Le reste n’a plus guère d’importance. Le combat immédiat n’est pas terminé. Les veilleurs continuent de se réunir, partout en France. L’opposition a soulevé la question de l’inconstitutionnalité du texte devant le Conseil constitutionnel. D’autres manifestations sont prévues. Quelle y sera l’affluence ? On le verra bien assez vite. 

Quelle sera la conséquence de surface de tout cela ? Le projet de loi sera promulgué dans les prochaines semaines et rentrera en vigueur. Au mieux, si le Conseil constitutionnel soulève des points d’inconstitutionnalité, le texte sera abrogé pour être soit définitivement retiré, ce qui serait une victoire politique instantanée, soit pour être retravaillé et ainsi rendu constitutionnel en vue d’un second vote où l’on peut supposer que, de guère lasse, les opposants se feront moins nombreux et moins virulents. Toute guère d’usure finie par lasser les combattants.

Mais qu’est-ce que ces ultimes escarmouches apporteront ? Si le projet de loi, comme il en prend le chemin, est promulgué, ce sera la consécration visible d’une évolution plus profonde des mentalités. S’il est retiré in extremis pour une raison ou une autre, ce ne sera qu’un gain de temps avant de nouvelles propositions allant dans le même sens, et un voile jeté sur une réalité profonde.

Cette réalité ne concerne pas tant les seuls homosexuels que toute notre société. Notre situation actuelle est le fruit d’une contractualisation sans cesse croissante du mariage et des relations familiales. Elle est le résultat également d’une inféodation de la vie charnelle à la recherche du plaisir brut comme but en soit. Elle est le résultat de la montée de l’indifférentisme face à toutes les déviances.

A y bien penser, certes, les citoyens ont donné une sévère ruade contre le gouvernement face à ce projet de loi qui leur semble inique et qui l’est en vérité. Mais que les citoyens observent le détail de leur vie, leur comportement en matière de moeurs privées, de mariage, de pratiques sociales et charnelles publiques, et ils verront qu’il y a comme une injustice à refuser leur petit plaisir égoïste aux personnes homosexuelles dans une société où l’égoïsme de la majorité suinte de partout. C’est donc bien à une réforme des coeurs de la majorité des citoyens qu’il faut travailler pour espérer inverser la vapeur.

Ce mariage homosexuel est un non-sens par rapport à la nature même de l’institution du mariage. Mais elle a été dénaturée par les mariés eux-mêmes, qui en ont fait un super-contrat, un ornement en contradiction avec le reste de leur vie. Ce mariage homosexuel a été défendu avec relativement peu d’arguments recevables par des lobbys et un gouvernement d’une rare violence morale et politique pour ces dernières années. Mais il faut s’interroger sur la valeur des arguments des opposants au projet de loi lorsque le coeur de l’argumentaire porte sur la défense de l’enfant, sans que ne soit jamais abordée la question du sens de l’institution, du sens des moeurs, de l’exigence familiale souhaitée chez tout le monde.

Il y a donc une révolution des coeurs de la majorité à mener.

Nous avons eu l’occasion de l’exprimer à plusieurs reprises. Nous avons le sentiment que ce combat contre le mariage homosexuel fut, en vérité, une première victoire dans le rétablissement de l’harmonie des vies humaines, orientées vers ce qui est bon, bien et beau. Ce fut une première victoire car les masses, en dépit du contre-exemple de la vie privée de beaucoup, se sont levées pour dire non au « laisser-passer, laisser-faire ». Ce fut une première victoire car des groupes se sont constitués, des synergies se sont montées entre personnes n’ayant originellement rien à voir. Ce fut une première victoire car l’Eglise, vieux chat endormi sur son radiateur depuis quarante ans, a montré qu’elle avait encore de belles griffes pour qui lui chatouillait de trop près les moustaches. En mobilisant des millions de personnes durant six mois, en prêtant une partie de ses structures pour soutenir ce combat, elle a montré que non seulement elle pouvait toujours concrètement défendre les hommes contre l’injustice, mais également que des hommes l’écoutaient. Ce fut une première victoire enfin car l’échange d’arguments, la violence morale et parfois physique des partisans du projet de loi, le rassemblement des hommes, a déclenché des prises de conscience chez nombre de personnes mobilisées.

Mais c’est une victoire sous condition. Sous condition car il appartient maintenant à tous les groupes mobilisés de faire évoluer leur combat vers la réflexion de fond et l’action auprès des familles, dans le monde éducatif, de la santé, du droit, etc. Sous condition car il appartient à tous ceux dont la conscience a été éveillée de ne pas se rendormir. Sous condition car il faut impérativement maintenir l’union sacrée des défenseurs de la vérité, sans crainte des étiquettes infamantes. Or, on a vu déjà le front se craqueler. Sous condition enfin car il convient de ne surtout pas donner prise au système du cliquet qui consisterait à trouver un modus vivendi, comme l’union civile, ne faisant que retarder le processus de conquête par l’adversaire et désarmant les défenseurs.

Pour cette révolution de l’amour que nous avons déjà évoqué dans un article précédent, on peut poser d’emblée quelques jalons de réflexion :

– Re-sacraliser le mariage, y compris le mariage civil, en propageant dans les esprits son sens véritable d’union perpétuelle d’un homme et d’une femme dans le but de fonder une famille et donc de s’inscrire dans un processus de génération aimante, maillon de la chaîne des temps, entre ceux qui  nous précédèrent et ceux qui nous suivront. Cette conception du mariage invite à se pencher sur le sens de la vie charnelle, sur la préparation au mariage, l’art de la patience au lieu de celui de la passion, le caractère perpétuel d’une famille, qui exclut le divorce.

– Sur ce dernier point du divorce, les deux bouts de la chaîne familiale se rejoignent. En effet, il n’y a pas de combat possible contre le divorce, s’il n’y a pas, initialement, éducation des personnes à une vie saine qui conduit à mettre à leurs justes place, la sexualité comme moyen et non comme but, la volonté d’aimer comme socle et l’état amoureux comme heureuse passion passagère, la complicité dans l’action, la réflexion et la construction du projet familial, la patience de savoir construire pas à pas et de se réserver pour les amours vrais. Cette éducation passe par une instruction de la jeunesse et une conversion des personnes mûres.

– Le mariage étant sacralisé, les étapes qui y mènent et ses composantes recevant leur sens profond, il convient aussi de s’interroger sur les pratiques déviantes et l’accueil de ceux qui les font. Chanter sur tous les tons que les personnes homosexuelles sont formidables fut certainement une erreur stratégique des opposants, qui ne leur épargna point pour autant les accusations fausses d’homophobie… Triste ironie. Il valait sans doute mieux dire la vérité ; ni meilleurs, ni moins bons, et souvent souffrants… Là encore, on en revient à l’examen des consciences de chacun. En effet, nombre de pratiques propres aux  personnes homosexuelles sont, en réalité, le fait également de nombreux couples composés d’hommes et de femmes. Au nom de quoi ces pratiques seraient normales chez les uns et honteuses chez les autres ? Ce refus de s’examiner a conduit à une infériorité intellectuelle dans le débat entre les pros et les antis. Il faut pourtant bien s’interroger sur la nature du mode de vie homosexuel, sur les souffrances et les insatisfactions qu’il peut engendrer. Il faut s’interroger sur ses propres pratiques et les réformer avant de vouloir réformer celles des autres. Il s’agit, finalement, de bien prendre conscience que ce n’est pas l’homme qui est mauvais mais sa pratique, que celle-ci est mauvaise quel que soit celui qui en use. Il s’agit d’une éducation à la chasteté, c’est à dire à la pureté des actes charnels. Cet antidote, école de vertu, est un des plus sûrs moyens de fortifier les familles et de combattre les pratiques mauvaises.

Cet antidote permet également d’engager une réflexions sereine sur l’homosexualité en elle-même.

– Autre jalon, l’éducation au sens de la dignité humaine, qui découle de cette installation de la famille et du mariage sacralisés au coeur des préoccupations. Ce sens de  la dignité humaine doit faire mesurer que chaque homme est une personne unique. Pour cela, il faudra bien mesurer la qualité de la vie à naître et son accueil par le soin donné aux mères et par le renforcement de la structure familiale.

Ces quelques jalons sont bien incomplets, ils ne font que baliser une ligne de départ. A vous de les méditer, de les approfondir, de les compléter pour vous mettre en marche. La révolution silencieuse est à ce prix ; réflexion, formation, action chez chacun pour changer les coeurs.

On lira avec intérêt les textes suivants :

Les avis de l’Eglise en matière de vie charnelle et d’éthique.

La réflexion de Jean-Paul II sur la théologie du corps.

L’encyclique Humanae Vitae du pape Paul VI.

Le témoignage de Philippe Arino, homosexuel et catholique.

Les associations familiales catholiques.

 

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