Manif pour tous, la possibilité d’une révolution… de l’amour ?

(La Pentecôte, Jean Restout, 1692-1728)

Les opposants au projet de loi ouvrant l’institution du mariage à deux personnes de sexe identique ont encore fait recette dimanche 21 avril. En trois jours seulement de préparation, à partir d’une base uniquement francilienne, ce collectif a de nouveau réuni près de 200 000 manifestants (250 000 selon les organisateurs, 45 000 selon la police…) .

En dépit du vote du projet de loi à l’Assemblée nationale, après le Sénat, on peut dire que la détermination des opposants demeure intact.

Cette détermination semble prendre les aspects d’une révolution douce. La mobilisation, souvenons-nous en, a débuté par la prière pour la France et la famille, instituée par la conférence des évêques de France à l’occasion du 15 août dernier. Que n’avaient-ils pas fait là ? Le gouvernement craignait déjà une atteinte à la laïcité. Etrange principe ! En somme, un Etat laïc est un Etat athée où les autorités religieuses sont priées de disparaître et de ne prendre aucune position publique. Le parti socialiste était moins ardent lors de la déclaration de ces mêmes évêques en faveur des Roms durant l’été 2011…

C’est donc par la prière que la mobilisation a débuté. Elle s’est poursuivie par tout le panel des actions militantes légales et pacifiques ; manifestations, pétitions, lettres ouvertes dans la presse, débats sur divers médias, sit-in, opérations klaxon sur la route, etc. Ce sont désormais des millions de Français qui se sont mobilisés. En effet, les 700 000 pétitionnaires au Conseil économique et social, les 100 000 manifestants de novembre, les 800 000 de janvier, le million de mars, les 200 000 d’avril, sans compter les milliers de manifestants en province, ici ou là, ne sont pas toujours les mêmes, il y a forcément un roulement dans ces milieux peu habitués à la militance politique.

C’est justement là qu’il faut également regarder. Cette ténacité de personnes peu habituées au combat politique, à la manifestation de rue, est la preuve d’un soulèvement d’âmes paisibles, contre un projet de loi qu’elles jugent contraire à l’équilibre de tout ce qui a de la valeur humaine pour leurs yeux. Quand les citoyens paisibles et non politisés se dressent, il faut commencer à s’interroger.

Evidemment, rien ne sort de rien. La mobilisation a été rendue possible par des réseaux locaux. Quelle institution possède un réseau territorial suffisamment dense et profond pour lever les foules en dépit du « black out » médiatique ? L’Eglise. C’est par elle, largement, que ce mouvement a été rendu possible. Pourtant les évêques, attachés au caractère aconfessionnel et apolitique de la lutte, ont tenu à demeurer discrets. L’initiative, en fait, si elle fut soutenue par eux, est largement partie de la base paroissienne. Ce mouvement est un mouvement populaire, qui ne peut se rattacher ni à un parti politique, ni à l’Eglise catholique, bien que les manifestants soient largement des catholiques (pratiquants ou non) et proches de l’opposition parlementaire. D’ailleurs, si les ténors de l’opposition se déplacent à chaque manifestation, c’est surtout pour s’y montrer. La réalité quotidienne du mouvement leur échappe, tout comme elle échappe fréquemment aux organisateurs, dépassés par la spontanéité des membres.

Enfin, point particulier, c’est un phénomène non-violent, soucieux de le demeurer, et capable d’encaisser sans broncher, mais sans désarmer, l’insulte et le mépris. Voilà bien des caractéristiques chrétiennes.

On aura du mal à trouver sur les pancartes ou dans les mots d’ordres des diverses manifestations, les soi-disant slogans ou discours homophobes dénoncés par les partisans du projet de loi. Les soi-disant groupuscules extrémistes et violents ne se sont livrés à aucun acte de violence sur les personnes, aucune destruction de biens publics ou privés. Quel est chez eux le sceau de la bête ? Ils hurlent un peu plus fort que les autres, ont le cheveu plus ras, et ne se dispersent pas à 22h30 tapante… Horreur et désolation ! Mesdames rentrez vos enfants, la SA est dans la rue !

Sur ce point de l’extrémisme, cependant, il faut noter le souci du gros du mouvement, désireux de ne blesser aucun citoyen, de s’en démarquer. Sur ce sujet, on peut le déplorer, selon le phénomène du moment charnière, développé dans un précédent article. Mais, on doit insister sur ce souci de ne blesser personne, qui n’est pas vraiment le fait, au contraire, des partisans du projet de loi, dont les slogans parlent d’eux-mêmes (« un hétéro une balle, une famille une rafale ». entre autres joyeusetés)

Durant la dernière manifestation, on a vu les manifestants observer une minute de silence pour les victimes de l’homophobie. On aimerait voir le même respect des personnes chez les partisans du projet de loi, qui n’ont souvent que la haine à la bouche et en accusent leurs adversaires en poussant des hauts cris.

Il vaut mieux rire, à ce sujet, des discours récents du Président de la République et de la porte parole du gouvernement sur un soi-disant climat ambiant d’homophobie, citant à l’appui les chiffres de l’association SOS homophobie. Chiffres de l’année 2011 précisons-le…

En dépit de ces accusations fausses. En dépit de l’injure qui consiste à faire passer pour un quasi nazi tout opposant au projet de loi. En dépit du traitement médiatique presque systématiquement hostile. En dépit du mépris dont ont fait preuve les membres des commissions à l’Assemblée nationale et au Sénat. En dépit de l’authentique violence que constitue le rejet sans discussion des 700 000 pétitions déposées au CESE, et le trucage des chiffres de la participation de chaque manifestation, les opposants ont tout fait pour conserver leur calme, leur attitude respectueuse et soucieuse des autres citoyens. Pour autant, ils ne désarment pas.

Un phénomène récent apparaît comme la quintessence de cet état d’esprit irrigué par le christianisme, c’est celui du mouvement des veilleurs. Après la manifestation du 24 mars, plusieurs groupes ont entamé des sit-in sur les lieux des manifestations, ou près du Sénat ou de l’Assemblée, mais sans autre but et autre sens que d’occuper le terrain. Ces occupations ont donné lieu à une montée de la violence… policière.

Depuis une quinzaine de jours, à l’initiative de deux étudiants, se sont organisés des groupes de veilleurs du soir, demeurant à Paris aux Invalides jusqu’à minuit, dans le calme, entre lectures de textes et chants, à la lueur des bougies, se revendiquant de la non-violence. Il y a toujours ce souci d’élargir la mobilisation, en ne se revendiquant pas directement du christianisme, mais l’origine de cette méthode est claire. Quoi qu’il en soit, cette pratique donne du sens aux sit-in, elle les rend irréprochables. Le mouvement des veilleurs, depuis plusieurs jours, se répand en province, mobilisant partout des dizaines de personnes, des centaines à Paris, quelques milliers sur l’ensemble du territoire. Combien de temps durera-t-il ? Il est difficile de le savoir, car pour ces jeunes étudiants, les vacances universitaires et la période des examens seront un temps de pause susceptible de démobiliser les énergies.

Quoi qu’il en soit, il faut souligner tous les aspects de cette révolution non violente en marche pour prendre la mesure du phénomène. Celui-ci peut retomber comme un soufflet dans les prochaines semaines. Mais il semble ne pas en prendre le chemin. Dès lors, avec la promulgation du projet de loi, le mouvement, s’il continue, devrait changer de nature et s’ancrer plus profondément dans les coeurs et les esprits.

Des synergies se sont établies entre groupes, des fichiers et des réseaux se sont constitués. De tout cela, si les personnes mobilisées persistent dans leur voie, il peut sortir une authentique action de fonds, dans les familles, dans les territoires, en faveur de la famille et de la vie humaine dignement respectée dans sa constitution naturelle. Ce serait une révolution authentique, c’est à dire conservatrice, qui se fait en douceur, dans le silence, mais qui modifie profondément la vie des hommes. Lorsque l’éruption intervient (car dans tout phénomène révolutionnaire il y a un instant éruptif.) , il est alors trop tard, le monde a changé dans le sens patiemment initié.

On peut donc espérer et penser que dans les prochaines semaines, les prochains mois, des groupes de réflexion et d’action familiale vont se mettre en place. On peut supposer que chez les millions de personnes mobilisées un déclic se sera opéré pour transformer leurs propres vies (car si nous en sommes aujourd’hui au mariage homosexuel, ce n’est pas à cause uniquement du lobby gay, mais bien à cause de décennies d’évolution désastreuse des pratiques personnelles dans les familles.). Ce déclic, pour qu’il ne retombe pas, devra être exploité. Ici s’efface le rôle des collectifs, ici commence l’action patiente de la jeunesse mobilisée. L’Eglise, qui fut le réseau principal dans lequel se sont trouvées les énergies, a un rôle immense à jouer pour cette révolution silencieuse. Il faut espérer qu’elle sache relever le défi.

Cette révolution se fera, si elle doit se faire, doucement, en l’espace de plusieurs années, peut-être de plusieurs décennies. Mais tous les signes des derniers mois montrent que les énergies sont mobilisées, les consciences aiguisées, les groupes en marche. Puissent-ils transformer l’essai.

« Adveniat regnum tuum. » Why not ?

Publicités

Une réflexion sur “Manif pour tous, la possibilité d’une révolution… de l’amour ?

  1. Osée 4:6 « Mon peuple périt faute de connaissance ». L’amour est premier. Pour ceux qui n’en sont pas persuadé. La connaissance permet d’en prendre conscience. Et concernant le mariage gay, cet article est le plus informatif sur la réalité abjecte de ceux qui tirent les ficelles pour aller plus loin encore dans la décadence : « Ne pas dévoiler si un lobby pédophile influence la législation, place les enfants en sérieux danger… »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s