L’urgence des classiques

Nos temps sont troublés, ce n’est une nouvelle pour personne. Quel que soit le camp politique, ou le degré de détachement du monde, s’il y a bien un point d’accord pour chacun, c’est la crainte d’une montée des périls et le sentiment d’une perdition grandissante.

Un tel se demande où va la famille, un autre ce que devient la place de Dieu, un autre encore s’interroge sur la disparition des belles manières, de l’art de vivre, des belles lettres, mais aussi de l’esprit de devoir ou de sacrifice, du sentiment de solidarité envers les plus faibles, ou même entre égaux. Tous se demandent jusqu’où ira la désorientation commune. En réalité, il y a bien une boussole et nos contemporains sont comme hypnotisés par une route qu’ils suivent cahin-caha, tout en s’inquiétant sur son issue. Tous, en effet, peu ou prou, se laissent prendre à l’esprit de facilité, de jouissance immédiate, de matérialisme zappeur, de fainéantise du raisonnement et d’avachissement du sentiment de fierté personnelle, remplacé par l’orgueil des lâches. Notre monde va de l’avant sur cette route dont les golden-boys de La Défense sont autant les serviteurs que les chômeurs de nos tours HLM.

Pour s’échapper de cette route, qui mène au précipice dans l’étourdissement de la jouissance, plusieurs voies sont possibles et bonnes, entre la discipline personnelle, les valeurs familiales, le sens du devoir, l’amour de la patrie, la charité fraternelle, etc.

Il en est une, immédiatement accessible, sans grandes réformes, à laquelle bien peu songent pourtant. A porter de librairie ou de tablette, les classiques sont là. Nous ne parlons pas ici de Balzac, Mauriac ou France déjà promus dans ce bloc notes. Nous entendons par classiques, les oeuvres des anciens. Ce que nous proposons, face à la littérature misérabiliste et débilitante à base de loups mangeurs de salades et de Jean affublés de deux papas, c’est un retour à la vigueur de ces récits latins, vieux de deux mille ans, qui dans une langue vivante et alerte donnent à méditer des vies terriblement incarnées, faites d’héroïsme autant que de lâchetés, de discours et de sang, de force et de clémence. César est parfois cruel, mais il est profondément humain. Dion Cassius fait parler des Romains ou des Gaulois pour lesquels la querelle se vide dans le sang versé, et où la notion de non-combattants n’existe pas. Strabon décrit des paysages, une architecture d’un monde qui n’existe plus.

Mais tous portent au rêve et sont des exemples de vie et de conduite, non pas en ce qu’ils seraient à suivre, mais en ce qu’ils façonnent l’intelligence. Se plonger dans nos latins, c’est renouer avec des bâtisseurs d’empire, avec des hommes de force.

De cette mâle énergie il ressort un stimulant et un appel à l’oeuvre personnelle. C’est pourquoi nous croyons que dans la grisaille, retrouver César, Tite Live, Tacite, Suétone ou Pline permet d’offrir aux lecteurs, et à leur entourage, autant de rayons de soleil, autant de fortifiants pour le combat personnel et social, autant de raisons d’espérer.

Il n’y a pas que la mâle vertu guerrière, la force, le courage ou la trahison punie dans le sang, chez nos latins. Il y a aussi la poésie élégiaque et le mythe divin qui élèvent l’âme vers le ciel en le faisant partir de l’échauffement de ses entrailles. Tiré de sa glaise par les beaux sentiments et la piété, le lecteur grimpe l’échelle de Jacob placée au coeur de la Rome païenne.

Lire les Métamorphoses d’Ovide, c’est presque lire une histoire sainte, et là encore, c’est s’ouvrir l’intelligence à des mythes qui nous parlent parce qu’ils irriguent les symboles de notre héritage littéraire, architectural, pictural, musical ou statuaire. C’est ouvrir notre esprit à des récits qui éveillent en nous le souvenir de ceux qui ont passé le Styx. Il y a dans ces chants du poète, entre les combats héroïques, les amours divins, le temps de peuples disparus, l’évocation de notre propre berceau.

L’homme occidental, par la lecture attentive et fidèle des latins, renoue avec ses racines. Arrosées de l’esprit chrétien, la latinité païenne pousse ses branches vers la Jérusalem céleste. Le lecteur chrétien n’oubliera pas son Ciel, mais en se souvenant de son berceau, il redirigera les aiguilles de sa boussole dans le sens qui plait à la vertu, puisqu’il est celui de la vie incarnée, magnifiée par la littérature.

Au diable donc les sentiments faux de ces récits invraisemblables et lénifiants d’une certaine littérature officielle de jeunesse, et le bâton en main, marchons vers la Via Appia !

A relire d’urgence :

Les Métamorphoses. Ovide

La vie des douze Césars. Suétone

La Guerre des Gaules. César

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