Manif pour tous, moment charnière

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(La révolte des canuts, Lyon, 1831. Une révolte ouvrière d’artisans corporatistes, érigée en symbole de l’Internationale. La manipulation n’est pas d’aujourd’hui)

Nous vivons un moment charnière dans le combat d’opposition au projet de loi sur le mariage de deux personnes de sexe identique. Il ne s’agit pas de savoir si le gouvernement va basculer et accepter de retirer son projet. Il s’agit de savoir qui, du gouvernement ou des opposants, gagnera la bataille du langage et des idées.

En effet, depuis la manifestation du 24 mars, le gouvernement utilise de manière quasi incantatoire le terme de « radicalisation » et de « violence » pour désigner l’évolution du mouvement vers un éclatement en petites structures parallèles au collectif « La manif pour tous », lesquelles structures se livrent à des actions permanentes d’occupations de lieux stratégiques, devant le Sénat, l’Assemblée nationale, près de ministères ou de logements de ministres. On a vu ces manifestants organiser notamment des comités d’accueil pour les ministres en déplacement. A chaque fois, le même scénario se répète avec un rassemblement bruyant, d’abord toléré par les autorités, puis encerclé par les CRS ou gendarmes mobiles et finalement dispersé par la force avec des arrestations de plusieurs heures.

Le soir même, les ministres parlent d’un « dérapage » (mot à la mode qui fait passer le coupable pour un imbécile irresponsable, car on ne dérape jamais volontairement) des manifestants et appellent au calme.

Ces mouvements des opposants, parfaitement organisés, n’ont donné lieu à aucune dégradation de matériel public, aucune dégradation d’immeuble, aucune attaque aux personnes, aucun blessé parmi les forces de l’ordre. Les très rares blessés, en général très légers, sont du côté des manifestants. Ces manifestants ont, en général, une vingtaine d’années, sont des étudiants ou des jeunes professionnels, filles ou garçons indistinctement.

On peut donc parler d’agitation, mais en aucun cas de violence.

Le gouvernement, en utilisant ces termes, cherche bien sûr à discréditer le mouvement, et à séparer les activistes de leurs bases de soutien en déclenchant chez les opposants au projet de loi, pour la plupart honnêtes et paisibles pères et mères de famille, une réprobation apeurée.

C’est ici qu’est la charnière.

Si le gouvernement parvient à isoler les agitateurs par la force de mots orientés dans son sens, mais vidés de leur sens, on pourra dire qu’il a gagné la bataille du langage et des idées dans ce combat.

On pourra aussi confirmer le magistère idéologique des mouvements gauchistes qui, peu ou prou, depuis la Libération, donnent le « la » en France, dans ce domaine, et notamment depuis 1968. En dénonçant les coupables (manifestants de droite, forcément fascistes ou réactionnaires, catholiques rétrogrades et nervis violents rappelant les « heures les plus sombres de notre histoire ») en absolvant les innocents (syndicalistes justement exaspérés, manifestants homosexuels pacifiques – on se souvient de certains slogans comme « un hétéro une balle, une famille une rafale », délinquants exprimant leur malaise social, etc.), ces groupes idéologiques ont façonné la manière de penser et d’aborder le monde des idées en France. A tel point que la notion même de patriotisme est souvent suspecte aux yeux du commun intellectuel. A ce titre, et entre parenthèses, comment reprocher aux exilés fiscaux de préférer leur patrimoine à leur patrie, quand on leur a appris à mépriser cette dernière depuis l’école primaire ?

Tout au contraire, si en dépit des accusations le soutien au mouvement d’opposition reste unanime. Si les manifestants de tous courants font bloc, si les actions continuent sans condamnation populaire ou médiatique venant de leur propre camp, on pourra dire que la force de persuasion gouvernementale, et ici gauchiste, s’est amenuisée, ne convainc plus. Ce sera une victoire des idées, la preuve que les esprits sont capables, sous certaines conditions, d’entendre un discours contraire à celui de la majorité intellectuelle, et à le soutenir en dépit des tentatives de diabolisation.

Pour l’heure, on peut noter deux niveaux au problème :

– Le soutien du gros des opposants semble entier, et les agitateurs n’ont pas encore cédé au mirage de la violence, en dépit du risque auto-réalisateur des mensonges du gouvernement. Par ailleurs, la presse, si elle est majoritairement hostile aux opposants, n’a pas encore donné grand crédit au mensonge d’Etat sur de soi-disant violences.

– Cependant, en dénonçant des groupuscules extrémistes, la direction du collectif la « Manif pour tous » et notamment Frigide Barjot, semblent donner dans le panneau gouvernemental. Mais ils ne donnent dans le piège qu’à demi, car s’ils dénoncent les violences (mais lesquelles ?) ils les justifient également en montrant la sainte colère de citoyens bafoués par leur gouvernement. Enfin, quiconque regarde de près, verra que dans la direction même du collectif, certains membres sont à double casquette.

Quoi qu’il en soit, si les opposants restent fermes et résistent au terrorisme intellectuel, on pourra dire qu’une étape majeure a été franchie dans la libération des esprits en France, à l’heure même où pourtant ils sont le plus menacés.

Pour conclure, rappelons le florilège des derniers jours : 67 manifestants en garde à vue pour avoir manifesté devant l’Assemblée nationale, des jeunes gens emmenés au poste pour un « sit-in » rue de Rivoli, et enfin, last but not least,  quatre députés empêchés de rentrer dans l’Assemblée nationale pour y siéger… On se demande où est la violence ? Que les forces de l’ordre fassent respecter l’ordre public, c’est la moindre des choses. Que des manifestations non déclarées soient dispersées sans ménagement, là encore, c’est le risque à courir. Mais n’y a-t-il pas de plus en plus une disproportion de réponse et de moyens ? A suivre…

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