Napoléon III le mal aimé.

(Napoléon III et l’impératrice Eugénie se faisant présenter les projets d’aménagements du Louvre )

Après plusieurs articles virulents sur l’actualité, prenons une pause historique rafraîchissante, mais dont l’exemple ne laissera pas de nous être utile pour notre temps.

Dans la longue liste des souverains de la France, il en est un que l’on peut classer à part des autres, et qui pourtant souffre de l’injure de l’oubli depuis plus de 130 ans. Napoléon III a pourtant le rare privilège d’avoir été à la fois le premier monarque français authentiquement démocrate et le dernier souverain que notre patrie ait connu.

Authentiquement démocrate il l’était par son attachement au suffrage universel et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qui lui fit ratifier ses annexions de Nice et de la Savoie par référendum des intéressés, et pressa le roi de Piémont, Victor-Emmanuel, de n’achever l’unité italienne qu’après avoir consulté les peuples annexés au royaume des Savoie. Démocrate il le fut également par son souhait de collaborer avec les élus du peuple, quels qu’ils fussent. On sera ainsi surpris d’apprendre que durant la presque totalité de son règne, il ne gouverna qu’avec des majorités hétéroclites, où les bonapartistes étaient minoritaires, composant avec les orléanistes, légitimistes et républicains modérés.

Bien sûr, on ne peut oublier la pratique des candidats officiels, soutenus par la préfecture. Mais il faut souligner immédiatement que c’était déjà monnaie courante sous la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Seconde République, et même aux débuts de la Troisième.

Pour autant, souverain, il le restait pleinement. Ainsi, il souhaite transcender les partis et va jusqu’à surprendre son entourage en déclarant assumer et prendre à son compte l’héritage des régimes précédents, y compris bien sûr les Bourbons. Souverain il l’est par sa naissance princière et son cousinage avec plusieurs cours européennes. Il l’est également dans ses choix politiques, qui le conduisent, par exemple, à souhaiter l’établissement d’une monarchie catholique au Mexique. Mais il tient, là encore, à consulter les peuples. Les événements ne le permettront pas… Souverain il l’est par sa dynastie, qu’il souhaite perpétuer. Ainsi envisageait-il d’abdiquer en 1874 pour placer sur le trône son fils devenu majeur et ainsi organiser une transition sans douleur. Se souvenant de son histoire de France, peut-être voulait-il renouveler le sacre du successeur du vivant du roi en exercice, pratiqué par les premiers Capétiens.

Napoléon III fut également un homme à la fois de la modernité libérale et soucieux du bien social de ses sujets. Moderne et libéral il le fut par les grands travaux de l’Etat comme la plantation de la forêt des Landes, l’assèchement des marais en Sologne, la multiplication par deux du réseau ferré, le développement des colonies d’Algérie, du Sénégal et de Cochinchine, la modernisation de Paris, la promotion de grandes industries, mais aussi la libéralisation par l’abaissement des barrières douanières, notamment avec le Royaume-Uni.

Pour autant, ces préoccupations de grandeur et d’enrichissement, Napoléon III ne les éloigne jamais totalement du souci du peuple. Ainsi, lorsqu’il libéralise par l’abaissement des barrières douanières, ou en supprimant le monopole de la métropole dans les colonies, c’est en espérant stimuler l’innovation technique et l’investissement, et en appelant de ses voeux une baisse des prix des biens de consommation, profitables aux petites gens. Rappelons que le revenu ouvrier augmenta de 47% bruts et 20% nets durant les vingt années de l’Empire.

Napoléon III, carbonaro dans sa jeunesse, lecteur de Saint-Simon et de Fourier, rédacteur de L’extinction du paupérisme, était sincère dans son amour du peuple, lui qui fit en son nom la guerre en Italie et alla jusqu’à souhaiter la grâce du carbonaro italien Orsini qui avait tenté de l’assassiner. Ce ne fut pas l’avis de la Cour de justice.

Outre la dimension économique et sociale, Napoléon III était aussi un visionnaire politique pour lequel le projet de paix perpétuel pouvait être réalisé à condition de promouvoir l’équilibre des nations. Il craignait plus que tout l’émergence d’une nation dominante écrasant les autres peuples. Cette crainte le conduisit, en France même, à imaginer l’émergence d’un royaume arabe d’Algérie, doté d’un vice-roi, promis à une émancipation à terme. Cette crainte le conduisit également à vouloir éviter l’unité allemande, à promouvoir par contre celle de l’Italie contre la puissance autrichienne, à se faire l’allié du Royaume-Uni contre la Russie pour éviter le dépeçage de l’empire Ottoman. Enfin, c’est cette crainte qui le conduisit à mener l’expédition malheureuse du Mexique, dans le souci d’éviter une hégémonie des Etats-Unis  sur le continent américain tout entier.

On oublie un peu vite qu’il rêvait d’une grande puissance mexicaine contrôlant le passage des océans par un canal au Panama… Bien avant le percement effectif du canal.

Conscient également de l’impréparation de son armée, il fut contraint à la guerre de 1870, par une majorité parlementaire composée d’ennemis de son régime, et belliqueuse autant par idéologie républicaine que par inconscience de la réalité militaire française. On oublie, là encore, de préciser que les rares mitrailleuses dont disposât l’armée française durant cette guerre furent achetées sur la cassette personnelle de l’empereur Napoléon III.

Il prit peut-être le pouvoir par la force. Il gouverna peut-être avec autoritarisme durant les dix premières années de son règne. Il confisqua en effet les biens de la famille d’Orléans pour fonder des associations charitables ( ce qui demeure un vol inqualifiable) Mais il fut l’un des derniers chefs d’Etat français à avoir eu une vision politique d’envergure mondiale, à ne pas avoir été seulement le suiveur des événements et de l’opinion, mais un vrai chef d’Etat, souhaitant gouverner au-dessus des partis et ayant le souci premier du bonheur de ses peuples.

La légende noire du Mexique, de Sedan et de la « fête impériale » débauchée colle à la mémoire d’un grand souverain, qu’il faudra bien un jour réhabiliter pour recoudre la tunique de la mémoire nationale.

A lire :

Napoléon III, Pierre Milza, Perrin éditions

Napoléon III, l’empereur du peuple, Raphaël Dargent, Grancher éditions

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