Le pape est-il une pope star ?

(Le pape François fend la foule sur la place Saint-Pierre de Rome)

Le journal Le Point titrait, il  y a quelques semaines, « le pape qui dépote » ; un peu comme on parlerait du record d’audience d’une star de la télé réalité, ou de la popularité d’un chanteur qui « envoie du lourd » comme disent les jeunes gens et les vieux touchés par le jeunisme, nouvelle maladie mentale de l’Occident.

Quels éléments poussent les journalistes à tenir de tels propos ? Quels éléments tournent à ce point leur coeur vers le nouveau pontife ? A la vérité, il s’agit essentiellement d’éléments superficiels. Que retiennent les journalistes ? Que le pape roule en voiture ouverte et non en papamobile à vitres blindées. Qu’il embrasse les enfants handicapés sur la place Saint-Pierre. Qu’il a refusé sa croix pectorale en or pour une croix en fer. ( Que n’aurait-on pas dit si Ratzinger avait choisi de porter une croix de fer ? ) Qu’il a refusé les mules rouges du pape pour d’austères chaussures de ville noires. Qu’il a refusé les appartements pontificaux pour rester le plus longtemps possible à la maison Sainte-Marthe, laquelle est, par ailleurs, digne des palaces de grand luxe. Qu’il a parlé de tendresse dans une homélie, etc. La liste serait longue de tous les petits  traits relevés par la presse qui font de ce pape leur héros du jour, un pape selon leur coeur.

Pourtant, si tous ces détails sont l’expression de la sensibilité de François, de ses goûts, de la marque qu’il veut donner à sa vie de pontife, est-ce là le plus important ? En faire le coeur de la réflexion sur le pape, au point d’en faire à toutes forces un hyper-moderne, n’est-ce pas tout simplement le rabaisser, placer sous le boisseau ce qu’il a vraiment à dire au monde ? Oui tout à fait !

Par ailleurs, c’est faire du pape une sorte de pop star à paillettes, d’homme de l’image, alors qu’il est profondément un homme du verbe.

Et puis, vouloir à ce point tirer un portrait de contraste entre un pontife qui ne serait qu’humilité et des prédécesseurs lamentablement rétrogrades dans leur apparat, est une sottise grossière. On ne peut pas mettre en doute l’humilité du pape, mais on ne doit pas oublier que l’humilité, c’est aussi, c’est très largement, se couler intégralement dans la charge que l’on a accepté de revêtir. L’humilité c’est accepter que l’on ne s’appartient plus, s’oublier soi-même, et penser qu’il faut bien savoir porter un vêtement rehaussé d’or en public, quitte à dormir sur un lit en fer dans l’intimité, si la fonction exige cet apparat.

Enfin, il faut bien voir en face une réalité, si le discours de François est si peu relayé, cela est dû à l’inculture religieuse de nombreux journalistes, mais surtout au caractère dérangeant de ce discours simple et percutant. La presse n’y trouve pas ce qu’elle cherche. Elle y reçoit une parole qui, si elle était entendue par le grand public, serait bien plutôt un poil à gratter.

Voici un pape qui, en guise de première homélie, proclame qui quiconque ne confesse pas Jésus Christ confesse le diable. La question du démon a été abordée par le pape à trois reprises depuis son accession au souverain pontificat.

Pas plus tard qu’aujourd’hui, François a rappelé que les martyrs chrétiens vivaient aujourd’hui. Qu’il n’était pas besoin d’aller aux Colisée pour marcher dans leurs pas, mais tout simplement de regarder les pays où porter une croix autour du cou peut valoir la mort. Montrant les martyrs modernes, il a interrogé la foi de ses auditeurs, leur demandant « Comment est notre foi ? » est-ce la foi de Pierre ou une foi « Comme-ci, Comme-ça ? » Surtout, il a posé ce merveilleux acte de foi qui justifie le martyr : « nous ne pouvons pas nous taire ». Nous ne pouvons pas garder la bonne nouvelle pour nous.

Évidemment, ce discours d’intransigeance dérange le monde. Il est surtout aux antipodes de ce que les commentateurs viennent chercher, car il est dans la continuité de vingt siècles d’annonce.

Certes François se dit évêque de Rome plus souvent que pape, et pour cela, certaines gens lui rendent grâce. Mais il est en réalité et avant tout un pape missionnaire. Ce caractère a été imprimé au premier jour de son pontificat et ne cesse de s’affirmer dans ses homélies.

Un missionnaire qui parle du démon, des martyrs, place le prêtre dans son rôle de lévite, c’est à dire primordialement sacerdotal, et annonce qu’il ne faut en aucun cas craindre de vivre en chrétien, car nous ne pouvons nous taire.

Face à cette certitude, on peut également ajouter une parole de Pierre, le premier pape. Une parole qui est pleine de la confiance de l’enfant pour son père et qui, dans sa franchise éperdue apparaît comme la borne en vue de laquelle François a repris la pioche du terrassier qui ouvre la piste : « A qui irions-nous Seigneur ? Toi seul a les paroles de la vie éternelle. »

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