Notice film : The Gatekeepers. Le Shin Beth

(Photo aérienne, tirée du film « The Gatekeepers »)

Le festival du cinéma israélien à Paris réserve, pour cette saison, une pépite, The Gatekeepers, documentaire réalisé cette année sur les services de sécurité intérieure de l’Etat d’Israël, le Shin Beth. 

Pendant une heure et demie, les six derniers patrons de l’agence de sécurité témoignent, sans complaisance et sans langue de bois. A l’appui de photos, de films d’archives fort nombreux, on voit se dérouler, non pas seulement une brève histoire du Shin Beth depuis la guerre des Six jours, mais une réflexion complète sur le sens du combat israélien pour sa défense.

On voit comment les services de renseignement israéliens se trouvèrent dans une situation absolument neuve au lendemain de cette guerre, devant assurer un travail de quadrillage de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du Sinaï, territoires nouvellement conquis par l’Etat hébreu, et où il fallut rapidement créer des contacts avec la population palestinienne, découvrir la réalité des camps, apprendre à bien maîtriser l’arabe littéraire et courant, prendre des alliés sur place et ficher les opposants potentiels; en somme jeter les bases de l’anti-terrorisme.

Mais, dès 1967, les témoins pointent une difficulté, l’absence de guidage politique, l’absence de stratégie globale. Le Shin Beth avance à vue, quadrille avec maestria, déjoue des attentats, finit par méthodiquement contrôler les territoires dans le domaine du renseignement, surveillant des centaines de milliers de personnes, mais se contentant de gagner des batailles alors que le politique ne se soucie que peu de la stratégie d’ensemble dans les territoires.

Ce propos réaliste des anciens dirigeants du Shin Beth allie, d’une part la nécessité de pratiquer l’anti-terrorisme par tous les moyens, y compris les assassinats de dirigeants adverses, afin de sauver des vies israéliennes, dans le cadre d’une guerre où la morale n’a plus sa place ; et d’autre part le désarroi de ces mêmes chefs devant l’absence de solution politique, allant crescendo au fil des ans.

Absence de morale, en effet, car il est difficile d’en avoir lorsque la prévention d’un attentat contre des civils est une question d’heures pour obtenir le renseignement décisif.

Mais désarroi devant l’absence de solution politique car bien peu nombreux sont les hommes politiques israéliens parvenus à des postes de gouvernement s’intéressant sincèrement aux Palestiniens, c’est à dire à l’adversaire dans son humanité. Du moins, dixit ces anciens dirigeants du Shin Beth, dont on peut penser qu’ils savent de quoi ils parlent.

Si la guerre contre le terrorisme est considérée comme une juste nécessité, si les vétérans n’expriment pas de regrets devant leurs actions, et on peut les comprendre vu leurs adversaires, ils déplorent donc l’absence de buts de guerres. Lesquels buts de guerres, s’ils étaient clairement définis, permettraient plus sûrement d’arriver à une paix durable.

Par ailleurs, et c’est même le reproche principal, ils regrettent la faiblesse du dialogue. Pour eux, il faut être capable de discuter avec n’importe quel interlocuteur, fut-ce le Hamas, à la condition d’avoir clairement défini les buts de guerre. Discuter avec tout le monde pour maintenir toutes les possibilités ouvertes, afin de déboucher sur une solution durable.

Ces six hommes ont tous fait la guerre. La guerre contre les armées arabe, puis la guerre contre le terrorisme. Ils savent de quoi ils parlent. Surtout, ils connaissent leur adversaire, ils ont appris à mesurer ses nuances, son humanité, à distinguer les chefs et le peuple, les différentes factions et notamment celles qui désirent sincèrement et ardemment la paix.

Une teinte de tristesse se dépeint cependant dans le discours final, celui d’une quasi-certitude que l’occasion en or a été manquée avec la mort d’Isaac Rabin, et que la possibilité d’une paix s’est éloignée de plus en plus avec la seconde intifada, endurcissant tous les coeurs. Le mot de la fin appartient à l’un de nos six ex-directeurs, qui après avoir cité Clausewitz et Maïmonide, se demande si Israël n’est pas dans la situation d’une armée qui gagne toutes ses batailles, mais risque bien de perdre la guerre, en s’enfonçant dans le cycle de la vengeance.

On peut aller voir avec intérêt et confiance ce documentaire aux six témoignages de première main, où la problématique du contre terrorisme est posée avec netteté, sans faux amour pour l’adversaire, sans concession pour les chefs, fier du travail accompli, mais un nuage au coeur devant l’absence de stratégie générale qui condamne le Shin Beth à une perpétuelle surveillance de populations que ses six anciens directeurs considèrent comme brimées, voire opprimées.

Toute la question israélienne n’est pas là, bien sûr. Il y aurait sans doute beaucoup à écrire, sur l’aventure formidable de cette jeune nation quatre fois millénaire, avec ses gloires et ses douleurs. Mais c’est un pan de voile qui se soulève.

Extraits choisis.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s