Mariage homosexuel, bilan d’étape.

(Journée des tuiles, 1788)

Hier, dimanche 24 mars, le rassemblement des opposants au projet de loi ouvrant l’institution du mariage à deux personnes de sexe identique fut une réussite spectaculaire. Ce rassemblement partait pour échouer, avec un tracé de parcours donné quatre jours avant la manifestation dans l’imprécision la plus complète. La manoeuvre de retardement du gouvernement aurait dû réussir et cet échec, pour eux, illustre essentiellement l’excellente qualité de résistance des opposants, déterminés. Déterminés, certes, mais de plus en plus échauffés de ne pas être entendus.

De fait, la première manifestation, en novembre, réunissait 250 000 personnes à Paris, et sans doute 350 000 en additionnant les cortèges de province. La seconde manifestation, de janvier, parvint à rassembler 1 000 000 de manifestants. Puis ce fut l’épisode de la pétition au conseil économique et sociale, rejetée, on le sait désormais, sur les conseils pressants de l’hôtel de Matignon. Pourtant, 700 000 signatures furent réunies, soit 100 000 de plus que ce que la loi prévoit. Enfin, ce furent, hier, 1 400 000 de manifestants.

A cela il faut rajouter les communiqués officiels d’institutions, celui de l’association des maires de France pour l’enfance, la fronde de 10 000 élus municipaux, celui de l’Académie des sciences morales et politiques, celui de groupes professionnels et notamment des juristes, les doutes du Conseil d’Etat sur l’impact du projet, etc.

On remarquera que les représentants des groupes opposés à la réforme n’ont jamais été reçus par les assemblées, mais insultés en des termes assez inhabituels par le rapporteur au Sénat. Ils ont fait l’objet d’un entretien rapide avec le Président de la République, en janvier. Mais ce fut clairement une manoeuvre pour gagner du temps de la part de la présidence. Soyons beau joueur, ce fut finement orchestré… Les assemblées ont reçu les autorités religieuses, quelques minutes, en septembre, pour ne pas les écouter et leur répondre sur un ton d’anticléricalisme que l’on croyait disparu. Plusieurs philosophes furent également écoutés. Mais des représentants de la société civile, point. C’est ici qu’il y a comme un souci justifiant la colère.

Le résultat était couru d’avance. En marge du cortège d’hier, quelques centaines de manifestants ont voulu braver l’interdiction, se rendre sur les Champs Elysées et descendre vers le Palais. Les CRS les ont arrêté avec violence. On peut tout à fait comprendre l’usage de la force pour repousser le désordre public. Mais n’était-il pas disproportionné d’utiliser des gaz lacrymogènes en direction non seulement de femmes et d’enfants, mais aussi d’élus et enfin de membres du service d’ordre tentant de contenir ces groupes ? Il est évident que non. Il est évident que la police fut débordée par les événements et qu’à trop mépriser le mouvement, le ministère n’a pas su anticiper la colère montante, pourtant palpable sur les réseaux sociaux et internet.

Il ressort que la société civile est toujours mobilisée. Les organisateurs sont plus remontés qu’au commencement. Ce projet de loi divise, il rassemble une courte majorité en faveur du mariage, il est minoritaire sur le volet de l’adoption. La société française est fracturée sur cette question. On avait déjà évoqué un parallèle avec la division des familles durant l’Affaire Dreyfus.

Le gouvernement prétendait rassembler, il est temps d’en faire la preuve. Comme aimait à la dire le général Daboval, « ce n’est pas sur des paroles, mais sur des actes que se mesurent les vraies fidélités. »

Pour le Président de la République, il reste trois caps possibles ; celui de l’entêtement, du maintien du projet de loi. C’est l’option la plus lâche face à la colère française, mais celle qui paradoxalement apparaîtrait comme la plus courageuse, car elle lui donnerait l’aspect d’un paisible lutteur qui, au nom d’un bien commun proclamé, a su braver la foule. C’est ce baptême du feu qui manque à notre eunuque couronné. Il y a des chances qu’il choisisse cette option, qui lui donnera un diplôme de bravoure politique bien utile pour le reste de son quinquennat face aux autres projets de réformes. La seconde possibilité, la plus improbable, mais tout est possible, est celle d’un retrait pur et simple du projet de loi. Ce serait apparaître comme un pleutre vis-à-vis de ses partisans, et cela reviendrait à désavouer son ministre de la justice, très engagé dans l’affaire, et populaire dans l’opinion. La troisième possibilité, qui créerait les conditions d’une sortie de crise honorable serait d’influer sur le vote au Sénat de telle manière que les sénateurs rejettent le texte de quelques voix, et que le Président, écoutant la volonté des élus du peuple, suspende sine die le texte. Ce serait une façon de mettre fin au conflit sans céder à la rue.

Toutes les cartes sont désormais entre les mains du Président de la République.

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2 réflexions sur “Mariage homosexuel, bilan d’étape.

  1. Merci pour ce bilan ! Quelques petites remarques :
    -hier, nous étions le 24 mars, et non le dimanche 25 😉
    -nous n’étions pas 250 000 personnes à Paris en novembre! Tout au plus 100 000 et en effet 200 00 avec la province.
    -n’est-ce pas 500 000 pétitions qui étaient requises pour le CESE (soit 200 000 de plus au final) ?
    Histoire de chiffres, toujours…^^
    Pensez-vous vraiment qu’Hollande a le moindre intérêt d’adopter la troisième possibilité? De toute manière, il est évident qu’il ne sera pas réélu. Il a tout à gagner en faisant passer la loi, qui sera probablement le seul bilan positif retenu pour lui par ceux de son bord, vu la crise éco dans laquelle la France est plongée et qu’il a peu de chances d’arriver à maîtriser…

  2. Merci pour le correctif de dates. Concernant la manifestation de novembre, vous avez peut-être raison. Je ne suis pas dans l’organisation, ni à la préfecture. 250 000 était le chiffre que j’avais retenu, qui me semblait plus crédible que les 500 000 annoncés de façon grotesque par le collectif, et qui collait assez bien à la durée du trajet (le problème du comptage manuel par la manifestation, c’est qu’il est peu fiable, autant dans la surestimation que la sous-estimation). Le mieux reste les techniques de comptage de la préfecture par évaluation de l’espace occupé au sol. Le souci est que la préfecture ment de façon évidente…) . Pour le CESE, je crois bien qu’il faut 600 000 signatures. Quoi qu’il en soit, réunir 700 000 formulaires signés et validement remplis, auxquels on peut ajouter des dizaines de milliers de formulaires rejetés par les organisateurs de la pétition, parce que non conformes, c’est une première en France…
    Quant au Président, Dieu seul sait ce qu’il pense. Je pense que la troisième voie serait la plus stratégique pour lui. Il est cependant probable qu’il demeure dans la première voie. Quant à une non ré-élection, la politique est l’art de la surprise, attendons 2017 pour savoir s’il se présentera de nouveau, qui sera face à lui et comment les choses auront évoluées entre temps.

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