La France va se les couper…

(Soldats allemands défilant au pied de l’Arc de Triomphe. Juin 1940)

On parle de « tsunami » budgétaire pour la défense nationale. On donne le chiffre, peu explicite, d’une baisse du budget de la défense en-dessous de 1,3% de PIB. Il est encore trop tôt pour donner le détail des coupes budgétaires prévues par le Livre blanc sur la défense nationale. On peut cependant déjà esquisser quelques hypothèses et craindre le pire.

On a tout dit sur ce sujet, jusqu’à invoquer une possible vente du porte-avion Charles De Gaulle… Ce qui est certain, c’est que de nouveaux régiments seront dissous, que des programmes d’armement ou de modernisation d’équipements seront suspendus sine die, que de nouvelles bases fermeront. Combien ? Il est trop tôt pour le dire. Les membres de l’état-major le savent, eux. Mais fidèles à la vieille tradition militaire, ils se taisent, par fidélité pour l’Etat qu’ils servent. Voilà des hommes prêts à tout souffrir, y compris l’injure et le mépris de leurs maîtres, ils en font l’expérience avec amertume en ce moment. Une telle robustesse morale est édifiante, mais elle laisse songeur pour la défense des intérêts de la France.

En effet, que signifient ces coupes budgétaires ? (il sera bien assez vite temps de revenir dessus en les détaillant, après parution du livre blanc) Elles signifient que l’armée française ne sera plus en mesure d’assumer ses missions. La Cour des comptes avait pourtant déjà pointé, avant l’été, les risques d’une rupture des forces armées en cas de nouvelles coupes budgétaires. Le moral des troupes est un bon reflet de cette situation de tension. Il est au plus bas. On le voit avec la multiplication des démissions d’officiers supérieurs, partant au compte goutte, un par un, mais en permanence, sur la pointe des pieds. On le voit avec la multiplication du non renouvellement des contrats parmi les militaires du rang et les sous-officiers. Le temps des missions extérieures s’est considérablement rallongé, passant de quelques semaines ou quelques mois à parfois six mois d’opérations, faute d’unités suffisantes pour assurer un roulement. Ce régime est moralement et physiquement éprouvant pour la troupe. Il est désastreux pour leurs familles. La qualité des soldats s’en ressent. L’armée est épuisée.

La Cour des comptes a-t-elle été entendue ? Le rapport est lu assidûment dans le cabinet du Premier ministre…  Et l’armée demeure la variable d’ajustement du budget de la nation.

Ne plus pouvoir assumer ses missions, cela veut dire, pour l’armée, se retirer de théâtres d’opérations où la France a donné sa parole de participer à des missions de maintien de la paix. C’est une traîtrise pour nos alliés. La plupart des Etats africains où nous entretenons des bases permanentes ne sont pas en mesure d’assurer eux-mêmes leur sécurité intérieure. Leurs voisins sont stabilisés par notre présence. Qu’arrivera-t-il après ? Avec ces nouvelles dissolutions de régiments, des opérations comme celles menées au Mali ou en Libye seront impossibles. Une campagne comme celle de la mission Licorne en Côte d’Ivoire ne pourra pas être renouvelée, à Djibouti, l’Etat vit grâce à la France, etc. Nous allons prendre le risque de laisser sombrer dans la guerre civile des Etats amis de la France.

D’autres puissances nous remplaceront-elles ? C’est peu probable. Les Américains ne sont pas en Afrique dans leur zone traditionnelle d’intervention. Les autres Etats européens désarment également. La Russie et la Chine n’ont pas notre capacité de projection de troupes, et si elles décidaient d’intervenir, ce serait uniquement pour protéger leurs intérêts immédiats.

La menace pèse également sur les routes maritimes. Dans l’océan Indien, la France est une pièce maîtresse du dispositif Atalante de lutte contre la piraterie. Mais il faudra nous expliquer comment combattre la piraterie avec une marine qui ne renouvelle pas ses navires hors d’usage, faute de crédits suffisants. (on rappellera, à titre d’illustration, que les patrouilleurs de classe P400, armés dans les années 1980 et désarmés il y a peu pour raison d’âge, n’ont pas été remplacés). L’impéritie de notre gouvernement va peser sur le commerce mondial.

La menace pèse sur notre Outre-Mer. Certes pas sur les îles du Pacifique éloignées de tout, mais sur la Guyane par exemple, où la lutte contre les orpailleurs ne peut être menée seule par la gendarmerie. Si l’armée n’est plus en mesure d’intervenir faute de moyens, la frontière avec le Brésil deviendra rapidement une zone d’insécurité telle que l’Etat brésilien pourrait bien un jour intervenir, et occuper durablement le terrain. Avec quelles forces lui ferions-nous comprendre que la France est maîtresse chez elle, si nous fermons les troupes de marine ou la Légion (c’était un projet évoqué en 2008 pour la Légion) ? Une telle perspective ne relève pas de la science fiction. Les Malouines ne sont pas si lointaines que cela.

La menace pèse enfin sur l’Europe. Aucun Etat ne menace aujourd’hui la métropole, ni l’espace européen. Mais la Russie opère, depuis une dizaine d’années, un retour offensif sur la scène internationale et sur son étranger proche, dans les pays de l’Est. Certains sont membres de l’Union européenne. Cette même Union s’était largement reposée sur le Royaume-Uni et la France pour assurer la sécurité de l’ensemble. Mais ces deux Etats, comme les autres, désarment. Une situation diplomatique stable peut se dégrader en quelques mois, un dispositif militaire se reconstitue en quelques années…

Dans un monde où montent les menaces de tous types, l’impéritie du gouvernement relève de l’esprit münichois.

Par ailleurs, ce mépris pour l’outil de défense français est aussi un non sens social. On oublie bien vite, dans ces combinaisons gouvernementales, que les garnisons font vivre les communes où elles sont implantées. On oublie que les commandes d’armement entretiennent un secteur industriel stratégique, des milliers d’emplois directs et des dizaines de milliers d’emplois induits. On oublie également que cette industrie est porteuse de savoir-faire en optique, en électronique, en mécanique, en aéronautique, réutilisés par l’industrie civile. Avec la fermeture des chaînes de production et l’arrêt de programmes comme Félin ou l’A400M, ce sont des savoir-faire qui vont se perdre et des ingénieurs qui vont partir… La France a bien besoin de cela en ce moment.

Enfin, l’armée c’est aussi une mission sociale humaine avec la surveillance des forêts, les secours en cas de catastrophes naturelles, le lien avec la nation par le biais de la réserve ou de la journée d’appel, le secours aux jeunes en perdition avec le Service militaire adapté, Outre-Mer.

Tout cela est remis en cause par le Livre blanc et sortira amoindri.

Il est toujours possible que le Livre blanc soit finalement abandonné. Mais ne rêvons pas. Il s’agit pour notre gouvernement d’un enjeu de taille. Trouver quelques milliards d’euros supplémentaires pour grappiller encore deux ou trois ans sans réformes profondes de la structure de l’Etat (pas de lutte contre le gaspillage dans les collectivités territoriales, pas de lutte contre la gabegie budgétaire dans l’Education nationale, pas d’atteinte aux administrations centrales, pas de réorganisation des caisses de sécurité sociale dont le déficit constant depuis tant d’années devrait pourtant interroger) Autrement dit, pour gagner encore un peu de temps, le gouvernement hypothèque l’avenir de la France. Pour acheter la paix sociale aujourd’hui, il met en danger l’avenir.

Quelle solution pour l’armée ? Elle est d’une fidélité à toute épreuve, elle obéira, et de ce fait sera dépouillée de pied en cap par les félons qui nous gouvernent. Peut-être le salut est-il dans la désobéissance ? Ce serait ouvrir la boîte de pandore, prendre le risque d’une rupture dans la soumission traditionnelle du militaire au politique. Mais le salut réside sans doute dans cette aventure de la dernière chance. On a en mémoire la grève de 10 000 gendarmes, en uniforme, avec leurs véhicules de service, en 1999. En quelques jours ils obtinrent satisfaction quant à leurs revalorisations salariales. Il ne s’agit pas ici de mettre la crosse en l’air pour sauver les primes de fin d’année, mais pour l’avenir du pays. Le jeu en vaut peut-être la chandelle.

Si les militaires ne bougent pas, comme on peut le supposer, il revient sans doute aux Français de se lever. La protection de la France, la liberté de chacun, le droit pour  nos alliés et amis de vivre en paix. Voilà bien une raison de manifester contre le gouvernement.

Viendra ensuite le temps des propositions. Il est urgent de mettre fin au tout technologique, très coûteux et mangeur d’hommes par compensation budgétaire. Il est urgent de reconstituer des régiments pour alléger le poids qui pèse sur ceux existants. Il est urgent de créer une authentique armée de réserve pour soutenir l’active, améliorer les capacités de défense du territoire national et renforcer le lien armée nation. Il est urgent de renforcer la flotte pour protéger les routes commerciales.

En somme, il est urgent que la France se souvienne qu’elle est une puissance universelle et que les privilèges ne se justifient qu’à condition d’assumer des devoirs exceptionnels.

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