La raison conduit à la contemplation

(L’extase de Sainte Thérèse, Le Bernin)

Les deux derniers billets dominicaux portaient sur la place qu’il convient d’accorder à l’apologétique dans la progression de l’intelligence de la foi. Mais si la vie de l’intellect ne vient pas irriguer la vie spirituelle et la vie de prière, c’est un exercice vain. 

La compréhension raisonnable de Dieu n’a d’intérêt que si elle débouche sur une meilleure connaissance et tout spécialement une connaissance aimante. On peut croire, suivant l’exemple de saint Thomas d’Aquin, que l’étude théologique  nourrit la vie mystique en lui offrant un soubassement logique. On a souvent tendance à caricaturer le Docteur angélique sous les traits d’un froid logicien. C’est une erreur d’appréciation, fondée sur l’image renvoyée par ses continuateurs scolastiques, mais bien éloignée de la vie réelle de l’Aquinate. Thomas d’Aquin, en effet, cultivait une vie de prière comblée de grâces, faisant croître sa vie mystique. Extases, lévitations, visions, dialogues avec saint Pierre et saint Paul font partie des ornements de sa vie spirituelle rapportés par ses biographes.

On peut traiter ces récits avec le sourire caustique de Voltaire. Il convient cependant d’en tirer la perle et d’en comprendre le sens. C’est la réflexion logique et la recherche raisonnable de saint Thomas au travers de la Somme contre les Gentils et de la Somme théologique qui le menèrent pas à pas vers plus de foi et une hauteur spirituelle, une authentique contemplation de la beauté divine qui le conduisit à considérer, au soir de sa vie, son oeuvre comme un fétu de paille bon à être brûlé.

C’est une invitation pour chaque chrétien. Durant cette année de la foi, où chacun a été appelé à revenir aux sources de son Credo, il ne s’agissait pas, pour l’Eglise, de demander à ses fidèles une connaissance sèche, mais bien une appropriation profonde des vérités de la foi en vue d’une croissance spirituelle.

Il est toujours assez désolant de voir des cadres supérieurs d’entreprise ou d’administration, incollables sur leur sujet, maîtrisant des connaissances profanes académiques largement supérieures à la moyenne, avoir, dans le domaine de la foi, les connaissances de catéchisme d’un enfant de cinq ans mal dégrossi. Il est plus que probable que la vie spirituelle s’en ressent et, qu’à la première secousse de la vie, cette foi affaiblie branle de toutes parts et risque de s’effondrer. Beaucoup de chrétiens incultes bénéficient, dans des proportions qu’ils ne soupçonnent pas, de l’apport d’une grâce toute spéciale, pour conserver leur foi dans la tempête alors qu’ils n’en ont posé aucune fondation.

Il faut s’instruire pour prier.

Dans l’exercice même de la prière, il convient d’avoir une prière instruite, informée, pour soutenir et porter la prière du coeur. Faire oraison s’apprend. Cadrer sa prière s’apprend. Pour cela, l’Eglise, dans sa bonté, a peu à peu établi une prière commune, partagée par les clercs et les religieux autour du chant des psaumes. Plusieurs publications proposent, pour chaque jour du mois, les principaux psaumes de l’office des laudes, des vêpres et des complies, ainsi que les lectures du temps liturgique et une méditation sur la vie du saint du jour.

Entourer sa prière personnelle avec les lectures du jour et les psaumes permet de participer à la prière commune de l’Eglise. C’est une participation à la vie de l’Eglise universelle, au chant uni des hommes de cette terre et de la cour céleste au Ciel. C’est pourquoi il convient de faire effort pour organiser, dans la mesure du possible, sa vie spirituelle autour de cette prière quotidienne qui est celle de la Mère de sagesse.

Par ailleurs, comme pour l’échelle du songe de Jacob dont les anges montent et descendent, vers le Ciel et du Ciel, si l’usage de la raison conduit à une vie spirituelle mieux nourrie, si l’encadrement de la prière personnelle par celle de l’Eglise offre une meilleure participation aux fruits de l’oraison commune, il y a en retour un surcroît de compréhension du mystère de Dieu et des questions restées brumeuses lors de la réflexion raisonnable. Les deux sources s’abreuvent mutuellement dans la croissance de l’esprit.

Ainsi, lisons et lisons encore, prions et prions encore, au rythme de l’Eglise. Il en retombe toujours des fruits d’intelligence et de sagesse.

Pour lire :

Les éditions du Cerf et sa bibliothèque en ligne.

Pour prier, Magnificat ou bien Paroles et prières

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