Les retraites : Retour de boomerang de l’hédonisme ?

(Job en lamentations. Par Léon Bonnat, 1880)

 

La malédiction qui frappe tous les gouvernements depuis le début des années 1990 est de nouveau à l’ordre du jour. MM. Hollande et Ayrault vont devoir s’occuper d’une nouvelle réforme des retraites, avant la fin de l’année 2014.

Ils avaient annoncé, en juin dernier, un assouplissement de la dernière réforme, afin de tenir compte de la pénibilité du travail, et des salariés ayant débuté leur carrière fort jeunes. Mais depuis, le principe de réalité a rattrapé nos deux compères… Dans cinq à sept ans, les caisses de retraites complémentaires Agirc et Arco ne seront plus en mesure de verser les pensions. Les caisses primaires ne se portent guère mieux. On rappelle, à toutes fins utiles, que le problème de l’équilibre des comptes, dans les caisses de retraites, est pressenti depuis plus de vingt ans, et que les caisses sont toutes déficitaires depuis plus de 10 ans. Pour prolonger leur durée de vie, plusieurs solutions ont été envisagées ;

– Soit augmenter le taux des cotisations, ce qui semble difficile en période de crise, et considérant le taux d’imposition déjà stupéfiant des Français imposables.

– Soit baisser le niveau des retraites, ce qui poserait de graves problèmes d’équilibre social, considérant que les retraités ne touchent pas leur salaire d’activité plein et qu’un nombre croissant d’entre eux, dans l’extrême vieillesse, a recours à des soins coûteux.

– Soit allonger la durée de cotisation et donc repousser l’âge de départ à la retraite.

C’est cette dernière solution, pourtant décriée par l’actuelle majorité lors de la précédente réforme, en 2010, qui sera certainement adoptée, à pas feutrés. Il est probable que l’on revienne peu à peu à un âge légal de la retraite à 65 voire 67 ans. Cette réforme aurait le mérite d’augmenter légèrement le nombre de cotisants dans le temps. Pourtant, elle ne fera que repousser le problème de quelques années et ne le réglera pas.

En effet, le système actuel de retraites par répartition est fondé sur un déséquilibre démographique aujourd’hui disparu, celui d’une société où le nombre d’actifs est très largement supérieur à celui des retraités. Par ailleurs, dans cet éden disparu, les personnes âgées meurent à 70 ans au grand maximum, pas à 90 passés… Cette situation favorable, pour un système par répartition où les caisses de retraites sont mises à contribution pour cinq à dix ans par personne et disposent de la masse supérieure des salariés dans une société jeune et de quasi plein emploi, était celle de 1945. Les parents du baby boom ont largement vécu de ce système. Les enfants du baby boom, eux, faute d’enfants, n’en percevront que les fruits amaigris.

Mais cette situation était pourtant courue d’avance. Ce système de retraite était fait pour un monde qui n’existe plus. Les réformes qui se suivent depuis plus de dix ans ne font qu’en allonger la durée de survie. Tôt ou tard, il disparaîtra, d’une façon ou d’une autre.

D’une certaine manière, on peut dire que les enfants du baby boom récoltent ce qu’ils ont semé. Le recul net de la natalité, la société de jouissance qui a préféré voir reculer l’échéance fatidique que traiter le problème par anticipation, sont deux éléments de leur fait et qui aujourd’hui leur retombent sur le nez.

La situation n’en est pas moins bloquée pour eux comme pour nous. La réforme qui s’annonce prolongera la durée de vie du système de retraites. Reste à savoir pour combien de temps. Cinq ans peut-être ?… Mais un autre système de retraites semble difficile à envisager.

Un système par capitalisation n’est pas réalisable aujourd’hui en France, sauf pour quelques très grandes fortunes. En effet, ce système repose sur l’épargne personnelle, durant toute une vie, en vue de constituer un revenu de remplacement arrivé à l’âge de la retraite. Ce revenu peut être tiré des bénéfices de capitaux placés sur les marchés financiers, ou bien du loyer d’un bien immobilier, ou encore de parts dans une entreprise. Mais cette pratique est évidemment inaccessible aux plus faibles revenus qui, dès lors, se trouveraient privés de tout moyen de subsistance. Quant aux classes moyennes, elles sont dans l’incapacité de capitaliser. En cause, la fiscalité. Un ménage ne peut investir dans son avenir les sommes nécessaires lorsqu’il est imposé directement sur plus du tiers et parfois jusqu’à la moitié de ses revenus. Il ne peut pas tirer les fruits du labeur des générations précédentes, quand 45% de son héritage part dans les caisses de l’Etat. Le voici donc prisonnier du système par répartition, faute de pouvoir capitaliser.

Un système mixte permettant de protéger les plus faibles revenus par des pensions minimums et donnant aux autres la possibilité de capitaliser n’est pas plus possible, pour les mêmes raisons fiscales.

Ce système fiscal de plus en plus écrasant, et dont les mesures temporaires ne cessent de se prolonger au point de prendre les allures de l’éternité, est le fruit, là encore, de l’hédonisme. Peu à peu, pour soutenir la solidarité inter-personnelle défaillante, l’Etat s’est substitué, par la charité publique, à la charité privée. Cette bonté a un coût, et avec la morosité économique qui, en France, ne cesse de durer, bon an mal an, depuis 1973, ce coût est allé croissant. Pour financer toutes les aides, les cotisations ne suffisent plus, il faut recourir à des dotations spéciales, financées par l’impôt. Le citoyen réclame cette protection sociale dont il est heureux, mais qui l’étouffe d’une autre main en se finançant sur ses revenus. Le citoyen veut défendre cette protection sociale, mais pour elle, il hypothèque l’avenir.

Il y a comme un affreux piège qui se dessine derrière cette simple nouvelle réforme des retraites. La perpétuation d’un système qui n’en finit pas de mourir et qui entraîne les hommes à sa suite.

Il est urgent de repenser la fiscalité, de repenser les droits de succession, d’inciter les hommes, libérés du poids du fisc, à se soutenir mutuellement et à préparer leur avenir. L’Etat doit aider les plus démunis. Mais il ne doit pas le faire seul. Pour cela, il n’y a pas seulement une réforme fiscale à opérer, mais surtout une réforme morale. Les Français doivent réapprendre la solidarité en actes. Il y a urgence, avant que la poule aux oeufs d’or (comprendre la sacro-sainte sécurité sociale), ne cesse définitivement de pondre.

A lire :

Les chiffres clefs des caisses de sécurité sociale en France (les chiffres 2012 ne sont pas encore dans le dossier)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s