L’apologétique contre le relativisme

(Sainte Scolastique)

Voici le deuxième volet de notre réflexion en faveur de l’enseignement et de la réflexion apologétique. On a vu, dimanche dernier, comment l’enseignement de l’apologétique pouvait permettre une meilleur connaissance et par là un meilleur amour de Dieu. C’est l’intelligence de la foi, et le meilleur moyen de résister à l’hyper sécularisation et l’hyper spiritualisation. Sur ce dernier point, allons plus loin.

L’apologétique est, par le fait même qu’elle utilise la raison pour comprendre les choses de Dieu, l’arme ultime de la foi contre le relativisme.

Le relativisme post-moderne, en ce qu’il nie l’existence d’une vérité unique, pour laisser se déployer des vérités relatives, changeantes selon la situation présente et la volonté des hommes, en ce qu’il conditionne la vérité à un contexte historique, social et géographique qui permettrait de dire fausse en un lieu une donnée vraie en un autre, est le terreau de la décadence mentale des Occidentaux.

Bien sûr, tel fait peut être conditionné par une situation historique, sociale et géographique, mais cela n’empêche pas pour autant que s’il est vrai, même si ce fait n’était que temporaire et susceptible d’évoluer, il demeure absolument vrai, en ce qu’il correspond à cette situation. Ce n’est pas qu’il est devenu faux par la suite, c’est qu’il a disparu avec la disparition de la situation.

Le juge d’un tribunal n’arrête pas qu’un fait identique sera condamné ou ne le sera pas en fonction de la situation. C’est, à cause de cette différence de situation, un fait nouveau et différent, absolument vrai ou faux.

Le relativisme consiste, selon le principe du ventre mou, à considérer la notion de vérité insaisissable et changeante, notamment pour les vérités fondamentales de l’existence humaine (la définition de la dignité humaine, les interdits moraux, les cadres de la filiation, etc.)  Il nie surtout l’universalité de la vérité, au nom des contextes culturels différents. Cela conduit à tout tolérer, mais surtout à rendre impossible tout dialogue universel. A la place se substitue une cohabitation à l’anglo-saxonne entre des communautés qui se côtoient et tolèrent leurs différences dans la mesure où elles ne se portent pas préjudice l’une à l’autre.

Ce relativisme est une hypocrisie. D’une part parce que les tenants du relativisme ont un permis moral de tuer toute idée et toute prise de position qui marcherait à l’encontre de ce relativisme et ferait acte de foi universelle. D’autre part, ce relativisme, en tant que maladie occidentale, ne tolère le flottement des valeurs que dans son cas propre, et s’horrifie des valeurs considérées comme barbares en terre d’islam (il faudra pourtant bien choisir entre tolérance de toutes les valeurs ou rejet de celles considérées comme contraires à une morale qui dès lors redevient universelle), enfin il n’aime les étrangers que dans la mesure où ils sont un folklore amusant qui permet de tromper l’ennui de l’homme occidental coupé de ses valeurs, de ses racines, de ses traditions. Ainsi, on aime le bouddhisme européanisé ou les danses indiennes faute de connaître et d’aimer ses racines du Berry et ses chants du Poitou…

Ce relativisme, enfin, est destructeur de toute pensée structurée. Sans repère intellectuel stable et commun aux différents groupes d’hommes il n’est plus possible de raisonner. La philosophie se fractionne en philosophies propres à chaque groupe et le dialogue devient impossible. Il n’est plus alors permis d’envisager une sphère morale européenne, ni même des nations.

La religion n’est pas en reste, où le spiritualisme peut confiner au relativisme. En effet, le fait de sentir ou ne pas sentir l’action de l’Esprit en soit n’est pas une donnée réellement objective ni démontrable. Le fait de tolérer une sorte de supermarché de la foi fondé sur la recherche de l’émotionnel et la tolérance de tous les courants (à l’exception là encore de ceux qui prônent l’universel) est la preuve d’un amollissement de la réflexion et de l’intelligence. On ne réfléchit plus, on ne comprend plus, on ressent.

Ici, les oeuvres de formation intellectuelle et spirituelle entamées depuis plusieurs années par diverses congrégations catholiques (dominicains, frères et soeurs de Saint Jean, Communauté saint Martin, diverses communautés Ecclesia Dei, couvents et monastères franciscains, bénédictins, prémontrés et autres) sont des archipels de plus en plus importants de reconquête de l’intelligence de la foi.

Mais ce souci de formation rigoureuse dans la vie spirituelle et l’intelligence de la foi dépasse largement le cadre du catholicisme. Il y a là une oeuvre salutaire pour la pensée occidentale. En effet, c’est pas ces îlots d’intelligence maintenue que la philosophie ne succombera pas. La sagesse d’Athènes ne peut survivre que par le soutien de Rome uni à la foi de Jérusalem.

L’apologétique a son rôle à jouer. En effet, en cherchant à connaître Dieu par la voie raisonnable, l’apologétique est obligée de placer des cadres de pensée clairs, universels surtout car s’adressant aux chrétiens comme aux gentils. Ces cadres de pensée usant de la raison universelle sont un retour vivifiant au bon sens intellectuel. Surtout, par la raison, l’apologétique faisant accéder à la connaissance de la Vérité, pose un cadre de réflexion qui non seulement ne souffre pas le relativisme mais surtout constitue un antidote contre lui.

La connaissance raisonnable d’un Dieu unique, d’une Vérité divine, à laquelle on accède par une réflexion raisonnable, débouche obligatoirement sur la conception de l’universel.

Cette manière de penser que permet l’apologétique est un baume contre l’avachissement de la pensée, c’est une arme pour dialoguer entre cultures car elle crée des points universels de connaissances et de repères, c’est un outil formidable pour redresser la philosophie en lui ouvrant le ciel des universaux découverts par la pensée grecque.

Par l’apologétique, la généalogie de la pensée occidentale peut se renouer. C’est un de ses rôles. La connaissance de cette science de raisonnement pourrait redonner surtout aux intellectuels catholiques et au simple fidèle, une action dans le monde des idées, une mission de redressement qu’ils n’ont plus exercée depuis longtemps.

Il faut lire !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s