Fraternité Saint Pie X. SOS (Save Our Souls)

Ce jour, 22 février, expirait « l’ultimatum » fixé par les autorités pontificales, pour obtenir une réponse claire de la part de la Fraternité sacerdotale saint Pie X, sur les propositions qui lui furent faites, en vue d’une réintégration pleine et entière dans le corps de l’Eglise hiérarchique.

De réponse il n’y eut point. On a même vu, la veille, le 21, le Père Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican, annoncer par communiqué que le pape Benoît XVI laissait désormais ce dossier à son successeur. Cela revient à le renvoyer sine die, considérant que la personnalité du nouveau pontife est inconnue.

Cette situation, de prime abord, semble être comme l’échec d’une négociation de nature diplomatique ou politique pour les observateurs non chrétiens. Pour les observateurs catholiques c’est, selon le camp que l’on voudra bien adopter, la preuve que Rome n’a pas cédé sur l’essentiel et a su conserver le dépôt du XXIe concile œcuménique, Vatican II ; ou alors la preuve que la FSSPX n’a pas bradé l’héritage de son fondateur Monseigneur Marcel Lefebvre, ancien supérieur des spiritains. En somme, un échec temporaire de négociations qui arrangerait bien tout le monde à en rester à la surface.

Les concessions obtenues de Rome par les lefebvristes sont immenses. Ils ont obtenu, pour le bien de l’Eglise universelle, le retour en grâce de la messe latine dans sa forme extraordinaire dite du Bienheureux Jean XXIII, la levée des excommunications qui frappaient leurs évêques, sans avoir à faire aucune concession de leur côté. Mais nous ne sommes pas au souk de Marrakech à marchander pied à pied, et l’enjeu est autre !

Pour l’heure la Fraternité est sans statut canonique aucun dans l’Eglise, le ministère exercé par ses prêtres est donc totalement illégal. Plus important, si les excommunications latae sententiae de 1988 ont été levées, la suspens a divinis de 1976 est toujours en vigueur. L’avis des canonistes diverge sur ce point, mais en l’absence de toute notification de Rome on doit la considérer, dans le doute, comme toujours applicable. La suspens est une peine grave. Le code de droit canon de 1917, celui en vigueur en 1976, dispose en effet :

« can.2278

§ 1 La suspense est une censure qui interdit à un clerc l’usage de son office, ou de son bénéfice, ou les deux.

can.2279

§ 2 La suspense […]

2° ‘A divinis’ défend tout acte du pouvoir d’ordre qu’on possède soit par l’ordination, soit par privilège. »

Ainsi, il est interdit aux prêtres membres de cette fraternité sacerdotale d’exercer tout ministère. Si, comme le croient ces prêtres, l’Eglise est d’institution divine, il convient de penser, en bonne logique qu’elle seule a les paroles de la vie éternelle, que par conséquent son droit interne, bien qu’il soit de nature et de conception humaine, est approuvé entièrement par Dieu, consenti par lui. Violer les canons du code de l’Eglise est une violation des droits de Dieu.

Bien sûr, les peines prononcées par l’autorité ecclésiastique ne sont pas frappées du sceau de l’infaillibilité et l’erreur dans ce domaine est possible. Mais la vertu d’obéissance, dans le doute, prime toujours jusqu’à ce que la justice soit rétablie, sinon ce code n’a plus de valeur. C’est exactement ce qu’il se passa pour le cardinal Congar, père dominicain et théologien, dont les thèses furent d’abord condamnées par l’autorité ecclésiale. Le Père Congar accepta le silence, mit fin à ses enseignements et ses discours publics jusqu’à sa réhabilitation. On aimerait en voir autant de la part des prêtres de la Fraternité Saint Pie X.

Le problème avec la suspens est la question de l’illégalité des sacrements donnés. Les sacrements sont pleinement valides. Un prêtre de la Fraternité Saint Pie X est validement ordonné, il est prêtre pour toujours, sacerdos in aeternum, lors des messes qu’il célèbre, Jésus-Christ est réellement présent dans l’hostie. Il a authentiquement le pouvoir d’absoudre et de prêcher. Mais l’Eglise lui a retiré le droit d’user de ces pouvoirs du prêtre, à cause de la désobéissance de la société religieuse à laquelle il appartient. Dès lors le problème est d’une grande gravité. C’est le droit de l’Eglise qui s’est exprimé par la suspens, c’est, d’une certaine manière, la volonté de Dieu, puisque ce droit il l’approuve. Un prêtre suspens qui dit malgré tout sa messe force Jésus Christ à se rendre réellement présent alors qu’il avait retiré, par le ministère de son Eglise, à ce prêtre, le droit de le faire. Il ne lui en a pas retiré le pouvoir car les promesses de Dieu sont sans retour et l’ordination est valide à jamais. Il lui a donc retiré le droit d’en user jusqu’à la contrition du prêtre pécheur.

User de la liberté laissée par Dieu pour enfreindre la volonté de Dieu est une faute majeure qui pourrait s’apparenter à un viol de la liberté divine.

Tout l’enjeu d’une réintégration des prêtres de la Fraternité saint Pie X dans l’Eglise est là. La Fraternité possède ses séminaires, ses églises, ses écoles, elle ne manque pas de vocations, elle a des fidèles nombreux et généreux. En simple logique humaine elle n’a aucun besoin de l’Eglise pour vivre. En logique de surface elle n’a pas besoin de se réunir formellement à l’Eglise, puisqu’elle professe le même Credo, elle est donc déjà catholique.

Mais si on entre dans le détail on se rend compte que la Fraternité doute de la valeur de la messe latine dans sa forme ordinaire, alors qu’elle est la messe commune de l’Eglise ; on s’aperçoit qu’elle doute de la valeur magistérielle du deuxième concile du Vatican en arguant qu’il s’agit d’un concile pastoral, mais en oubliant qu’il est composé également de constitutions dogmatiques, et que pour les constitutions pastorales elles font malgré tout partie du magistère et doivent être respectées et obéies en tant que telles. Cela n’interdit pas la réflexion ou la critique constructive comme l’Eglise l’a proposé à ces prêtres, mais cela implique une obéissance native.

Nous sommes au cœur d’un problème de foi et de désobéissance grave au droit de l’Eglise selon le mode du libre examen protestant (j’en prends et j’en laisse selon le bon plaisir de ma conscience) en mettant en doute la valeur d’un concile mais en utilisant certaines de ses dispositions, notamment liturgiques, contre les autres membres de l’Eglise universelle.

Ce n’est pas de négociations qu’il s’agit, mais de désobéissance. Ce n’est pas d’un accord à trouver qu’il faut parler, mais de l’enjeu du salut compromis des âmes des clercs membres de cette Fraternité et des fidèles qui adhèrent en conscience à ses thèses. En effet, participer à des sacrements illégaux, en conscience, dans un lieu où il y a d’autres sacrements catholiques valides et légaux proposés, est une participation au péché du prêtre.

La question du salut de l’âme des prêtres frappés de suspens est marquée par le code de 1917 en termes clairs. Dans les conséquences liées à la suspens il renvoie au canon 2262 sur l’excommunication, y appliquant donc les mêmes conséquences :

« L’excommunié n’a aucune part aux indulgences, aux suffrages, aux prières de l’Église. »

Dès lors on se demande comment il se fait que des prêtres proclamant la royauté de Notre Seigneur Jésus Christ, acclamant l’Eglise hiérarchique, parlant sans cesse d’obéissance et annonçant qu’hors de l’Eglise il n’est point de salut, n’aient pas depuis 1976 parcourus le chemin qui les sépare de Rome pour demander, à genoux, humblement, le pardon de l’Eglise. A moins qu’ils ne doutent de la sainteté de cette Eglise « à convertir » selon les mots de l’un des évêques de cette Fraternité, Mgr Tissier de Mallerais, en janvier 2009, trois jours après la levée de l’excommunication dont il était frappé (curieux sens de la gratitude).

Bien sûr on peut élargir le grief en se demandant quel sens de leur ministère ont les évêques et les prêtres pleinement membres de l’Eglise catholique qui n’ont pas déployé plus d’énergie pour ramener au bercail, un par un, ces frères séparés en grave danger.

Cela est d’autant plus vrai considérant les conditions favorables offertes à la FSSPX depuis 1988. Ces conditions ne doivent pas être prises pour des actes de faiblesse mais des preuves de bonne volonté de la part de l’Eglise pour obtenir le retour à la maison de Dieu de ces prêtres. Sans effet pour l’heure.

Dans cette affaire qui touche au plus prêt le salut des âmes, soyons rassurés, le code de 1917 dispose également au canon 2262, s’appliquant aux prêtres excommuniés ou victimes de suspens :

« Il n’est pourtant pas défendu:

1° Aux fidèles de prier de façon privée pour l’excommunié;

2° Aux prêtres d’appliquer la messe pour lui de façon privée et en écartant le scandale, mais, s’il est ‘à éviter’, uniquement pour sa conversion. »

Nous savons ce qu’il reste à faire…

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2 commentaires sur “Fraternité Saint Pie X. SOS (Save Our Souls)

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  1. Propos d’un décalage hallucinant par rapport aux réalités. D’abord, on demande à la Frat d’accepter sans réserve le concile Vatican II, et le problème n’est en rien seulement une question de rite. Ensuite, depuis Vatican II, précisément, l’Eglise renonce à condamner. Enfin, qu’est-ce que la fin de l’ultimatum va changer? Rien, absolument rien. Il n’y aura pas un fidèle de Saint Nic qui renoncera à fréquenter sa paroisse. Il faut bien voir que beaucoup d’eau a coulé depuis l’excommunication de Louis le pieux dont vous exposez la représentation académique. Du reste Mgr Lefebvre a été rituellement excommunié par Jean Paul II après la nomination des évêques. C’était il y a 35 ans. Cela a-t-il brisé le développement de ce courant? attendons encore 35 ans, et nous verrons.

    1. Cet article se veut un rappel de la réalité canonique de la FSSPX, que l’on oublie bien souvent. Surtout un rappel des conséquences de cette situation. En effet, la fin de l’ultimatum ne change rien. Mais c’est bien là le problème. L’Eglise a la charge du Salut des âmes. C’est ce qui justifie son organisation, sa hiérarchie, son droit. La question la plus inquiétante concernant les membres de la FSSPX est réellement le salut de leur âme en regard des peines canoniques qui leurs sont infligées et du peu de cas qu’ils en font.
      Quant à savoir si l’Eglise se refuse à condamner ; les peines d’excommunication, de suspense, d’interdit ou de privation de bénéfice sont toujours prévues par le droit canon. L’Eglise, en effet, fulmine moins que par le passé. Est-ce heureux ? Je pense que dans certains cas elle devrait le faire. Mais ce n’est pas à moi de juger de l’opportunité de ses décisions dans ce domaine. Il ne faut pas dire pourtant qu’elle ne le fait plus du tout. Nous avons des cas d’ecclésiastiques ou de fidèles excommuniés ou frappés de suspense à cause de leurs pratiques ou de leurs discours, et ce dans tous les camps. On oublie un peu vite, par exemple, que le « philosophe » faussaire Hans Kung est interdit d’enseignement dans les facultés catholiques, et suspense (car il est prêtre…)

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