Joseph Vernet, peintures marines, peintures universelles

File:Élisabeth-Louise Vigée-Le Brun - Joseph Vernet (1778).jpg

(Joseph Vernet, 1714-1789)

Quiconque a déjà visité le Musée de la marine est à un moment ou un autre tombé en arrêt devant la série des ports de France de Vernet. Treize toiles, sur les quinze réalisées, déploient leurs couleurs le long de la galerie en enfilade du musée. On y contemple entre autres Bordeaux, Bayonne, La Rochelle et Rochefort. Les canons de la peinture française classique du XVIIIe siècle sont ici portés à un point de hauteur rarement égalé. Le mouvement des navires, l’activité portuaire, la ligne des bâtiments souvent marquée par cette clarté des hôtels construits avec l’or du commerce triangulaire, conservent tous cette majesté propre à l’art d’Etat français.

En effet, cette série est une commande d’Etat, effectuée en 1753 par le marquis de Marigny, frère de Madame de Pompadour et intendant des Bâtiments du roi. Vernet devait réaliser 24 tableaux, quinze verront le jour. Cet art d’Etat est typiquement français à plus d’un titre ; tout d’abord dans son attachement à un esprit classique harmonieux qui, durant trois siècles, fut peu ou prou assimilé à l’esprit intellectuel de la France ; il l’est également dans la pratique du mécénat public qui l’a vu naître, vieille tradition perpétuée jusqu’à nos jours, pour le meilleur et parfois pour le pire ; il l’est enfin dans cet équilibre subtil entre des représentations de scènes, de lieux et d’activités français, et un art de l’image classique qui, par ses thèmes comme par sa composition, se confond avec un type d’art universel.

C’est sur ce dernier point d’art universel qu’il convient de s’arrêter. En Allemagne, on se souvient que trois quarts de siècle plus tard, Friedrich développa un art reflet du caractère allemand. Pour la peinture française, c’est tout autre chose. Un rapide tour au Louvre, à Versailles, ou dans n’importe quel musée national de quelque importance, donne à voir des thèmes tirés de l’histoire européenne, dans la mesure où la France y prit part, des sujets de la mythologie grecque devenus, avec le temps, une figure commune à tout l’Occident, des portraits enfin qui, s’ils représentent des personnages français, n’en sont pas moins tracés en des contours qui eux ne sont pas exclusivement de chez nous, mais pourraient bien refléter le caractère de telle ou telle autre nationalité. Il y a, dans la peinture française des XVIIe-XVIIIe et XIXe siècle un  je ne sais quoi d’ouvert au monde, lié à l’histoire politique du pays. En effet, à la différence de l’Allemagne émiettée et continentale, la France disposait d’un vaste empire colonial, d’une stature morale qui faisait de sa langue celle de la diplomatie et des belles lettres dans toutes les cours d’Europe, d’une ampleur politique enfin qui permettait à ses artistes de partir étudier à Rome ou à Madrid tout en continuant de se sentir quelque part chez eux.

La place de l’Etat, enfin, dans l’histoire nationale y compris d’Ancien régime, est telle que les thèmes folkloriques ou mythologiques nationaux s’effacent devant les exigences d’une représentation aux lignes moins enracinées. Dans l’armature légale d’un Etat, qui plus est d’un Etat dont les contours diplomatiques et économiques donnent l’impression d’incarner une nation à la vocation universelle, il y a avant tout place pour des règles d’harmonies et des choix de thèmes porteurs de cette généralité transnationale.

Pourtant, cette peinture moins marquée, moins terreuse pourrions-nous dire, que celle de l’Allemagne, n’a pas abdiqué de la France. Elle porte l’image de la France au-delà de ses limites et l’incarne, d’une certaine façon dans des sphères proches du ciel, mais elle continue de la magnifier et d’en donner à voir les particularités dans le choix des thèmes qui figurent des scènes réalistes. Ainsi, la série des ports de France reste une fresque fidèle de l’activité portuaire du XVIIIe siècle dans la patrie. De même tel paysage, tel monument représenté, continuent d’être des témoins incarnés, plaçant la représentation picturale de la patrie entre le ciel des canons esthétiques classiques perçus comme universels, et la terre des reproductions réalistes de scènes vues, enracinées.

Joseph Vernet, avec ses marines, en est le plus fidèle témoin, mais il ne fait qu’annoncer ce qui se poursuivit après la Révolution avec les peintres académiques des guerres de l’empire lesquels, dans des représentations précisément documentées, souffleront dans l’esprit de leurs visiteurs le sentiment largement répandu de la rêverie héroïque, assimilant une passion humaine générale à l’histoire particulière de ce que l’on appelait alors « la grande nation. »

Quelques ports de France :

 

Bordeaux

 

Marseille

File:Vernet-entre-port-Marseille.jpg

 

Un paysage typique (entre canons classiques et choses vues en France) :

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s