Tournant de la rigueur. La France est-elle gouvernée ?

(Illustration tirée de Messieurs les ronds-de-cuir, Georges Courteline)

Il fallait s’y attendre. Le gros mot de la vie politique française est lâché, celui de « rigueur » ! Qu’est-ce à dire ? Le Président Hollande et son Premier ministre ont annoncé, sans en préciser les contours, que le gouvernement allait entamer une politique de rigueur accrue.

Cris d’orfraie dans les rangs de la majorité. Derrière la rigueur c’est l’austérité.  On a alors l’image de ces Italiens, Espagnols, Portugais, Grecs et même Anglais qui ont défilés contre l’austérité. Mais que veulent ces honnêtes gens ? Que leurs Etats continuent de les soutenir par des aides sociales et des plans de relances ? C’est bien généreux. Mais avec quel argent ? Celui des riches ? Il n’est pas suffisant. Celui des classes moyennes ? Il est déjà pressuré jusqu’à la pulpe du citron qui tombe par gouttes sur les plaies de ceux qui travaillent sans rien demander et sont à la fois trop pauvres pour être en sécurité et trop riches pour percevoir des aides sociales.

On craint de voir se reproduire les mêmes scènes en France ? Mais peut-être faudrait-il justement avoir le courage d’aller jusque-là. Au lieu de cela, c’est le règne du mensonge et de l’illusion qui continue. François Hollande, président penaud (beau numéro d’acteur) annonce que l’objectif des 3% de déficit des finances publiques ne sera pas tenu. Mais dans le fond personne n’y croyait. Il faut être juste, c’est une ritournelle que chaque gouvernement sert aux citoyens depuis la fixation de cette règle par le traité de Maastricht en 1992. Par ailleurs soyons honnêtes, 3% de déficit, c’est toujours du déficit ; c’est à dire que les collectivités publiques, Etat, collectivités territoriales et services sociaux continuent de dépenser plus qu’il ne gagnent et ainsi de creuser la dette publique dont les intérêts alors croissent de telle façon qu’aujourd’hui le capital de la dette va sans cesse augmentant. Il y avait une malhonnêteté terrible à annoncer un recul du déficit, après avoir annoncé le retour à l’équilibre des finances, sans donner un seul exemple de mesure d’économie publique, mais des pistes de nouvelles augmentations d’impôts.

Pourtant les possibilités d’économies ne manquent pas. Rappelons que la Révision générale des politiques publiques n’a jamais été appliquée dans l’administration du ministère de l’éducation nationale, et qu’elle ne l’est désormais plus dans le corps enseignant. Rappelons que des sommes considérables sont versées par les conseils généraux et régionaux, par clientélisme, sous forme de subventions, à des associations politisées, amies ou ennemies, sans contrôle des chambres régionales des comptes. Rappelons les nombreux rapports de la Cour des comptes qui chaque année tombent dans l’oubli et pourtant donnent des pistes dans l’Hôpital, la politique de la ville, la gestion des assurances sociales, etc. A propos d’assurances sociales, l’Etat a-t-il encore les moyens de sa politique ? Il serait bien temps de réduire la voilure dans ce domaine avant d’être obligé d’abandonner tous les versements faute d’argent, plaçant une immense population en situation de danger de mort.

Second mensonge, le plus vicieux des deux, celui de M. Sapin, dont les récentes déclarations sur l’état de faillite de la France ont fait grand bruit. C’est d’une part un mensonge. Certes les finances de la France sont fragiles, instables, et pourraient basculer en quelques jours si le Trésor ne trouvait pas sans cesse des souscripteurs à ses emprunts. Mais dans le cas d’une faillite, il n’est plus possible de payer les fonctionnaires, d’entretenir les infrastructures, de verser les prestations sociales. Ce serait pour la France une situation qui la plongerait immédiatement dans la guerre civile. Nous n’en sommes pas là et il y a un vice digne de « Pierre et le loup » à crier à la faillite sans par ailleurs prendre de mesures adéquats pour la prévenir.

Il faut dire que le problème n’est pas tant de gestion que de gouvernement. La France est admirablement administrée. Maintenir un Etat à flots avec un déficit perpétuel depuis 1980, c’est un tour de force. Trouver chaque jour des souscripteurs à des emprunts pour assurer des dépenses de fonctionnement, cela relève du miracle. Assurer la continuité du service public avec une navigation à vue qui ne dépasse que rarement l’année en cours, c’est admirable.

La France dispose, et c’est sa chance, d’une fonction publique d’Etat hors pairs dans les postes de la sécurité intérieure, de la défense nationale, de la préfectorale, des administrations centrales de ministères, de l’aménagement et de l’entretient des infrastructures publiques, du Trésor, du Budget et des corps d’inspection.

Mais la France n’est pas gouvernée. En effet, nos dirigeants connaissent parfaitement bien l’état des finances du pays, ainsi que les actions à engager. La majorité socialiste a beau jeu de feindre la surprise ; mais avec des parlementaires dans toutes les commissions, la présidence des régions, des conseils généraux, des plus grandes communes, des cadres dans la haute fonction publique, à la Cour des comptes, et ce depuis des années, elle ne peut pas faire croire un seul instant à son ignorance de la réalité de la situation, à moins de plaider l’amateurisme, et dans ce cas il est grand temps de dissoudre la Chambre.

Certaines solutions relèvent de la vertu publique, mais nécessitent des réformes audacieuses qui ne sont pas à la portée de l’administration, mais de celle du gouvernement et de la représentation nationale. La première d’entre elle est la réforme du statut de la fonction publique qui permettrait de recentrer la titulature des postes sur les administrations régaliennes (Trésor, Armée, Gendarmerie, Cour des Comptes, Conseil d’Etat, Préfectorale, Affaires maritimes), donnant aux autres un nouveau statut permettant notamment des ruptures de contrats. Evidemment, les syndicats hurleront immédiatement à la précarisation de la dernière armée soviétique du monde (5 millions de fonctionnaires et assimilés en comptant les entreprises publiques). Mais pour prendre le simple exemple de l’articulation entre l’Etat et les collectivités territoriales, les doublons d’administrations sont nombreux, suite aux transferts de compétences ayant nécessités des créations de postes dans les collectivités, sans que ceux-ci soient supprimés dans la fonction publique d’Etat (en effet, les administrations ne sont pas toujours transférées en même temps que la compétence, nécessitant la création d’une administration doublon).  De même, dans les postes d’enseignement, il ne semble pas normal que les enseignants soient titulaires d’un poste, sans possibilité réelle de sanctions, et disposent en plus des avantages d’un contractuel (droit de grève, de réunion, d’association, de retrait, etc.).

On pourrait multiplier les exemples, comme dans la politique de la ville et les prestations sociales aux milieux les plus défavorisés, où les dépenses inutiles se multiplient  pour les ZUS, avec la nécessité de remplacer des équipements urbains fréquemment brûlés par les loubards. Un peu d’ampleur de vue de la part de l’Etat dans la rigueur à l’école, l’orientation professionnelle précoce, la lutte (y compris violente) contre le fondamentalisme d’une main et les mafieux de l’autre, permettrait certainement de réduire les dépenses dans ce poste très onéreux.

Mais pour ça il faudrait un peu de courage. Il faudrait surtout ne pas craindre la réélection. C’est cette peur qui pétrifie les gouvernements successifs et les empêche d’agir avec force. En attendant la situation se dégrade peu à peu, d’années en années. Tout cela peut durer encore longtemps. Mais un jour viendra où l’urgence de survie nécessitera des réformes drastiques. Le traitement n’en sera que plus sévère et douloureux. Avec incompréhension les Français se tourneront vers les félons qui les gouvernent. Tôt ou tard, quarante ans de sommeil se paient !

C’est un Richelieu qu’il faudrait à la France. Mais Richelieu avait un immense avantage. Son maître n’était pas élu… Dans l’impossibilité d’être gouvernés actuellement par des hommes ordinaires qui se soucient plus du bien commun que de l’élection suivante, il y a fort à parier que nous devions attendre, une fois encore, un homme providentiel. Comme les comètes, il y en a un par siècle…

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