Eloge de l’apologétique

« Je sens véritablement l’Esprit Saint agir en moi. » « Je ne crois pas que l’on puisse prouver Dieu par la raison, ce serait l’enfermer dans une case, lui qui est absolument Tout Autre. » 

Voici deux propositions fréquemment entendues, l’une dans la bouche d’un catholique ou d’un protestant charismatique, et l’autre dans celle d’un croyant tiède ou d’un agnostique. Elles ne sont pourtant pas si opposées qu’il y parait. En effet, toutes deux sont le signe d’une abdication de l’esprit humain au droit de faire usage de sa raison dans le champ des choses du Ciel. Dans un cas comme dans l’autre c’est le refus d’utiliser le don de l’intelligence pour comprendre les réalités divines.

Cet état d’esprit est le double fruit d’une spiritualisation exagérée et bécasse de certains milieux religieux, et d’une ultra-sécularisation du monde intellectuel, qui désormais se refuse à penser en philosophie la question de Dieu, celle de la foi.

Ces deux attitudes mènent au même point, le rejet de la présence de Dieu des sphères de la matière et de l’action raisonnable de notre monde. Autrement dit, que l’on soit chrétien ou athée, on en revient à reléguer Dieu à une sphère lointaine, incompréhensible, celle d’un grand ordonnateur de l’univers qui, chez le charismatique, est incompréhensible, indémontrable, mais intervient partout et en tout par le biais de son Esprit saint à tel point que la raison humaine n’a plus de marge de liberté pour tracer son chemin dans la voie de Dieu; et du côté de l’athée ou agnostique est tout simplement le réduit lointain de ce que nous n’avons pas encore pu prouver et qui reculera de nouveau à la prochaine découverte scientifique.

Ces deux attitudes procèdent du même défaut interne à l’enseignement de la foi et à l’intelligence de la foi, depuis quelques décennies, à savoir l’effacement de tout enseignement apologétique.

L’apologétique est, dans le catholicisme, la science de l’intelligence de la foi par la voie de la raison. Il s’agit, par des réflexions raisonnables, par des éléments tirés de la raison humaine, de comprendre les fondements de la foi, de chercher   à connaître des preuves raisonnables, tangibles de l’existence de Dieu. Cette science part de deux postulats ; la raison humaine peut, puisque la créature est à l’image et à la ressemblance du créateur, comprendre un certain nombre d’éléments relatifs à la vie divine. Ces éléments sont compréhensibles par l’effort de la raison en constatant des preuves naturelles, en étudiant le contenu de preuves révélées comme les Ecritures, en opérant une analyse logique des preuves, des conséquences et des causes. Ces éléments sont également compréhensibles par l’étude des éléments de la création, autrement dit par la raison naturelle, pour la simple raison, deuxième postulat, que l’oeuvre de la raison dans la nature ne saurait être en contradiction avec son créateur.

Il y a, dans l’apologétique, la conscience ferme d’une présence de Dieu au monde, une présence active qui rend possible l’intelligibilité de l’existence divine et la compréhension des mystères de la foi catholique jusqu’à un certain degré.

Certes, la compréhension de Dieu par la raison n’est pas unique et suffisante. Il y a un certain nombre d’éléments de la foi qui ne peuvent être compris par la raison humaine seule. Cette dernière n’y parvient que par inspiration, par intuition ou par acceptation du mystère. Ce sera le cas de la Trinité ou de la Présence réelle. Pourtant, si ces mystères ne sont pas accessibles dans leur plénitude par la raison humaine, s’ils nécessitent une confiance initiale, qui est du domaine unique de la foi, il est possible d’en approfondir la connaissance par l’effort de la raison appuyée sur l’intuition initiale de la foi révélée.

Foi et raison doivent fonctionner d’un même pas. D’abord parce que la foi n’est pas affaire de fous. D’autre part parce qu’une foi qui n’aurait aucun fondement raisonnable serait une idiotie ou un opium. Enfin parce que si le sentiment et les effusions peuvent soutenir la foi par le don de la grâce, ou par des consolations, la raison doit entretenir ce feu de la grâce en rendant logique et palpable à l’intelligence humaine ces réalités.

Faire dialoguer foi et raison comme le voulait Benoît XVI, ce n’était pas seulement faire dialoguer deux mondes irréductibles, celui d’une philosophie athée et celui d’une foi déraisonnable. C’était surtout donner une fondation raisonnable à la réflexion de la foi.

On est toujours étonné de voir des esprits, d’une intelligence supérieure dans les domaines profanes, avoir en matière de foi les connaissances d’un enfant de cinq ans mal catéchisé. C’est ici que la raison devrait pouvoir approfondir, par son bagage de connaissances naturelles et intelligibles, la vie de la foi.

Foi et raison sont les deux pas d’une même marche qui mène à Dieu.

C’était la certitude de Saint Thomas d’Aquin. Ce fut l’esprit de sa monumentale Somme contre les gentils. Il est aujourd’hui docteur commun de l’Eglise, ses écrits doivent, normalement, être la base de l’enseignement philosophique et théologique des séminaires (nous en sommes loin). Ces choix ne sont pas anodins. Dieu est présent à sa création, la raison fait partie de cette création, elle doit permettre de la comprendre et de monter vers le créateur.

Alors, on peut approfondir, même si ce n’est pas de mode aujourd’hui, des ouvrages d’apologétiques, pour renforcer la foi. Pour renforcer la connaissance intelligible de Dieu; selon le juste principe que l’on aime que ce que l’on connait.  Par la raison on peut augmenter son amour de Dieu.

A lire :

La Somme contre les gentils

La Somme théologique

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