Mariage homosexuel : Le gouvernement face à la société civile

La renonciation/abdication du souverain pontife Benoît XVI a complètement occulté cette nouvelle en France, mais pour la première fois depuis que cette possibilité est ouverte aux citoyens, une saisine du Conseil économique et sociale par voie de pétition est envisageable. En effet, le seuil des 500 000 formulaires remplis manuscritement a été largement dépassé, atteignant  640 000. Sur quel sujet ? Nous vous le laissons deviner ; pour demander l’avis du Conseil sur l’ouverture de l’institution du mariage aux personnes de sexe identique.  

Certes, le Conseil économique et social n’a pas encore reçu les pétitions, elles lui seront apportées vendredi. Peut-être se réservera-t-il le droit d’en rejeter un grand nombre pour adresse incomplète ou signature illisible… Peut-être aussi donnera-t-il un avis favorable au projet de loi. Après tout, le président actuel du Conseil est hostile au volet sur l’adoption, mais le conseil est largement nommé par le Président et le Premier ministre. De toute façon, si le Conseil venait à se prononcer contre le projet, son avis n’est que consultatif et n’a aucune valeur suspensive. L’Assemblée peut n’en tenir aucun compte. Mais ce serait bien une iniquité de plus de la part du Parlement et du Gouvernement face à la société civile.

En effet, regardons cela de plus près. La société civile est un mot bien moderne et bien flou pour désigner la Cité des hommes au sens le plus organique du terme. C’est donc le tout des personnes et des institutions qui ensemble composent une société organisée et ayant conscience d’être, en l’occurrence la Cité française.

640 000 signatures manuscrites, cela veut dire que 640 000 personnes, hostiles au projet de loi, ont fait l’effort de remplir manuscritement cette pétition et de l’envoyer au secrétariat de la mairie du Chesnay, dans les Yvelines, qui coordonne cette action. Derrière ces personnes, qui ne sont que des individualités, il y a tout le réseau des associations familiales, des écoles et des paroisses qui s’est mobilisé pour faire signer ce document. C’est ici une première marque de mobilisation de la société civile. C’est grâce à ces groupes que la voix de ces hommes a pu être entendue. On peut rajouter à leur actif la mobilisation d’un million de manifestants le 13 janvier dernier, par le même effet. Enfin, plus discret, mais non moins révélateur, ce réseau a pu, dans le domaine catholique, mobiliser plus de 40 000 hommes en prière et en jeûne la journée d’ouverture des débats à l’Assemblée nationale.

Voilà pour les hommes.

Certes, le gouvernement ne doit pas céder à la rue, sinon le pays serait rapidement ingouvernable, ou la proie des lobbys (mais n’est déjà pas le cas ? ). Mais au moins doit-il écouter la rue, lorsque son cri devient suffisamment significatif et semble représenter un nombre tel de citoyens que la pression d’un groupe isolé ne peut plus seule l’expliquer.

Rajoutons à ce cri de la rue, celui des corps constitués ; tout d’abord les institutions religieuses se sont toutes exprimées contre ce projet de loi. La conférence des évêques de France la première, mais également le consistoire israélite par la voix de son Grand rabbin, l’islam de France, les communautés orthodoxes et protestantes ont fait connaître leur désapprobation, ont eu l’occasion de la répéter devant la commission de l’Assemblée, mais sans effet probant. Le dialogue espéré n’a pas eu lieu.

D’autres corps constitués ont depuis fait entendre leur mécontentement. L’association des maires de France, qui a révélé que près de 60% de ses maires étaient hostiles à l’idée de devoir marier des couples de sexe identique. Rappelons que ces 60% ne sont pas seulement des élus du peuple, ils sont des agents de l’Etat, officiers d’état civil assurant une mission de service publique. Leur voix n’a pas été écoutée.

Frappons plus fort : L’académie des sciences morales et politiques s’est prononcée contre le projet de loi, son avis n’a presque pas été relayé. Quand dans notre pays le discours, jadis écouté, de la sagesse de l’Institut de France, maître en humanités sociales, n’est plus entendu, il est grand temps de s’inquiéter. Cela rappelle d’autres époques bien tristes, où des militants grassouillets, sanglés, bottés et ceinturés, pistolet au côté, riaient au nez des juges, des universitaires, des hommes de lettre. Ces hommes par le rire conduisirent un pays dans l’abîme…

On pourrait citer encore de nombreux corps publics, mais achevons par le premier d’entre tous, le Conseil d’Etat ! Celui-ci, évidemment, ne s’est pas opposé frontalement au projet de loi, ce n’est pas dans ses habitudes, mais, à pas feutrés, il a souligné que la question de la filiation, posée par l’ouverture de l’adoption aux personnes homosexuelles légalement mariées ne serait pas sans poser de graves problèmes juridiques. C’est une façon très polie de dire non au projet ! Le Conseil d’Etat, c’est l’administration ! C’est la justice administrative ! Le vice président du Conseil d’Etat est le premier fonctionnaire de France, il présente les voeux de l’administration au Président de la République. Traditionnellement les avis du Conseil d’Etat sont écoutés, car emprunts de sagesse juridique. Il ne semble pas que ce soit le cas aujourd’hui.

Que fera le gouvernement face à un éventuel avis négatif du Conseil économique et social ? Sans doute la même chose. Il avance, avec sa majorité parlementaire, n’ayant cure des protestations, des doutes, qui s’élèvent de partout, s’appuyant sur une majorité sondagière, mais oubliant qu’elle n’est que bien courte sur un projet de cette ampleur, et qu’elle ne concerne que le volet mariage d’un projet qui inclut également l’adoption face à laquelle la majorité des Français est opposé. Ce sera donc une loi votée sur la base du mensonge. Par effraction en quelque sorte.

L’inconstitutionnalité de la loi sera-t-elle soulevée par le Conseil constitutionnel ? Peut-être ! Ce n’est pas sûr. Mais si c’était le cas, il y a fort à parier que, s’entêtant, le gouvernement retoquerait son projet pour le présenter, toiletté de neuf au Parlement, ayant endormi à l’usure la vigilance des opposants.

Enfin, il y a risque de rupture de l’unité nationale. Que le gouvernement aille contre la société civile, c’est une chose, qu’il aille, par ses décisions, jusqu’à amoindrir son unité, s’en est une autre. Mais c’est bien ce qui risque d’arriver avec le mépris souverain dont est traitée l’opinion de l’Outre mer. Les départements et région d’outre mer, pourtant dans la majorité parlementaire, sont largement opposés à ce projet de loi. Pour les habitants de ces territoires, c’est une incompréhension terrible, à cent lieues de leurs préoccupations, une blessure également dans les conceptions de la famille pour eux les plus sacrées. Ce mépris du gouvernement pour l’avis d’un peuple qui l’a massivement élu, qui fait partie du peuple français, laisse pantois. Pourtant, l’Outre mer, c’est la France, ce sont des départements français. Pour ceux qui en douteraient, c’est la France depuis trois siècles et demi, depuis avant la Lorraine, la Corse, Nice et la Savoie. La voix de l’Outre mer doit être entendue.

Dans cette attitude du gouvernement il y a une rupture de tous les principes d’amitié et de confiance qui doivent unir un Etat et la société qu’il gouverne ; il y a une rupture des principes transcendants qui animent cette société, au nom d’une loi particulière, conjoncturelle, changeante, d’une norme qui n’en est pas une, d’une norme qui fera dégénérer le principe législatif, lui qui est la volonté générale, et qui sera ici utilisé pour quelques-uns. C’est l’ultime victoire de Créon sur Antigone. Elle meurt une seconde fois.

Cet acharnement est dû essentiellement, de plus, à des motifs inavouables qui  ne sont pas l’intérêt porté aux droits des personnes homosexuelles, droits fondés non sur une identité mais sur des pratiques… C’est un acharnement qui est largement fondé sur la volonté orgueilleuse d’avoir raison contre l’opposition, de montrer aux électeurs de la majorité que sur ce point, le gouvernement n’a pas cédé. C’est une façon détournée de faire passer la pilule de l’échec économique et social. C’est un rachat médiocre de virilité politique. Ce rachat est d’autant plus médiocre que le Premier ministre et le Président de la République se sont défaussés, sans courage, après avoir joué les girouettes pendant des mois. Ils ont fait reposer tout le fardeau du projet de loi sur les épaules d’une femme, Madame Taubira, bien seule face à ses adversaires et qui, à force de lutte, parce qu’elle est soutenue par des lâches, est en train de devenir une mère courage, un exemple de dignité, alors qu’elle oeuvre pour un projet inique. Quelle perversion !

Nous sommes décidément tombés bien bas.

Il n’y a qu’une chose à espérer pour rattraper ce coup misérable, que les forces unies en opposition à tout ou partie de ce projet ne rompent pas les rangs après la bataille. Que ces forces, avec une douce fermeté, maintiennent leur combat et que les yeux s’ouvrent sur la nature générale de ces lois de moeurs et non plus sur tel et tel point spécialement choquant. En somme, il faut poursuivre !

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