Abdication pontificale. Il n’y a pas de précédent!

La nouvelle est tombée en France à l’heure de midi comme un coup de semonce. Le pape Benoît XVI, élu au souverain pontificat en avril 2005, vient d’annoncer sa prochaine abdication, lors d’un consistoire réuni par lui en vue de trois canonisations. Elle prendra effet le 28 février, laissant, en ce début de carême, le siège de Rome vacant.

L’Eglise, pendant ce carême, sera authentiquement au désert… Espérons qu’avec la joie de Pâques viendra celle de l’élection d’un pontife selon le coeur de Dieu.

La décision de Benoît XVI a été prise pour raison de santé. C’est une preuve d’humilité extraordinaire, de la part d’un monarque, car il l’est, de reconnaître son impuissance à exercer sa charge et d’en tirer les conséquences au nom du bien commun du peuple qui lui a été confié. On doit saluer ce choix de Benoît XVI, homme dont le courage moral et physique ne saurait être mis en doute, considérant les tempêtes qu’il a traversé depuis son élection.

Pour autant, c’est une décision sans précédent dans l’histoire de l’Eglise. Certes le droit canon le prévoit, mais il n’y a jamais eu réellement de cas antérieur. Le seul, en général invoqué, est celui de saint Célestin V, qui abdiqua en 1294 après cinq mois de règne, mais sous la contrainte de Benoît Caetani, futur Boniface VIII. Il y aura donc, dans l’Eglise, deux souverains pontifes. L’un sera émérite, en la personne de Benoît XVI, l’autre sera titulaire de sa charge, il est encore inconnu.

Il va sans dire que d’insolubles problèmes politiques, intellectuels et protocolaires pourraient surgir de cette décision. Mais on peut dors et déjà affirmer, avec peu de risque de se tromper, que Benoît XVI, en homme de coeur,   se retirera totalement du monde, laissant intégralement la place à son successeur. Si le pape publie de nouveaux ouvrages, il le fera sous son nom de Joseph Ratzinger, c’est une certitude. Quant à sa parole publique, elle s’éteindra sans doute, dans le silence d’un monastère.

Une seule crainte réelle persiste, celle du précédent que pourrait créer une telle abdication, avec le risque de renouvellements dans l’avenir, amoindrissant de ce fait l’essence monarchique du gouvernement de l’Eglise. Cette essence de son gouvernement lui est vitale; cela s’est vu par le passé face aux poussées conciliaristes qui ne menèrent jamais qu’au schisme, et cela se voit dans le présent, où seule la figure du pape parvient à maintenir l’unité des clans déchirés qui composent cette Eglise, tunique sans couture de Jésus-Christ. Jean-Paul II, au plus fort de sa maladie, est demeuré au gouvernement, tout comme Paul VI.

Quant au bilan de ce pontificat, d’autres l’écriront mieux que nous. Dressons simplement quelques points et notons que Benoît XVI s’en va, mais pas dans la tempête. Homme d’honneur, fidèle à cette charge qu’il ne voulait pas et qui lui fut donnée en 2005 par un conclave presque unanime, il laisse une Eglise apaisée après bien des tempêtes.

Benoît XVI a su affirmer avec force la doctrine de la continuité du magistère de l’Eglise depuis son origine, rendant caduque la thèse de certains théologiens d’une rupture établie par le deuxième concile du Vatican. Cette herméneutique de  continuité est la seule voie possible pour résorber la crise morale profonde et la crise d’autorité nées des suites de ce concile dans les années 1970. C’est la seule voie pour tirer les fruits de ce concile sans bazarder le magistère des vingt derniers siècles. Toute la force de Benoît XVI, s’inscrivant à la suite de Jean-Paul II qu’il servit si longtemps, fut de marquer cette continuité, de la marteler jusqu’à en convaincre les esprits ecclésiaux.

Benoît XVI a mené des pas de géants dans la réunion des Eglises séparées. Certes les schismes ne sont pas totalement abolis entre catholiques et anglicans, catholiques et orthodoxes, catholiques et luthériens. Mais des ordinariats spécifiques ont été mis en place pour accueillir les prêtres et les fidèles qui souhaitent rejoindre la barque de Saint-Pierre. Ces opérations ont été menées avec succès et sont des pas en avant pour l’unité de l’Eglise. Avec les orthodoxes la réconciliation n’est pas achevée, en partie à cause du pouvoir russe lui-même et du poids de l’habitude dans cette Eglise, mais les rencontres et les signes d’amitiés sont bien assez nombreux pour montrer que l’unité est en route. Espérons que l’on ne s’arrêtera pas en chemin. Quant aux luthériens, l’ouverture prochaine d’un ordinariat pour accueillir les pasteurs souhaitant revenir au catholicisme permettra certainement, là encore, de recoudre la tunique. Le seul échec constaté est avec les lefebvristes, du moins pour l’instant, où, en dépit de la main tendue et des efforts de Rome, les sectataires d’Ecône demeurent inflexibles. Il arrive que la miséricorde se heurte au mur de la sottise…

Benoît XVI a su purifier l’Eglise de ses scandales d’impureté parmi les prêtres et les évêques. On ne reviendra pas sur les chiffres, largement exagérés par les médias. On ne reviendra pas sur les conséquences de cette impéritie journalistique qui a conduit à l’incendie de la cathédrale de Belfast. On ne reviendra pas non plus sur cette réalité cachée; la plupart des actes pédophiles ont lieu dans les familles mêmes, entre gens du même sang. Ce que l’on doit retenir c’est que Benoît XVI, en pleine conscience des risques, a brisé la loi du silence que des clercs s’étaient imposés dans le sein de l’Eglise, pour étouffer ces crimes. Il a pris le taureau à bras le corps et a officiellement annoncé son désir de « purifier » l’Eglise. On l’a vu missionner des enquêteurs pontificaux pour faire la lumière sur les scandales, on l’a vu placer sous tutelle, afin de le réformer, l’ordre des Légionnaires du Christ, durement frappé par ces abus.

Sur la question des moeurs, Benoît XVI ne s’en est pas arrêté là. Après avoir rappelé la position inchangée de l’Eglise en matière de chasteté et de contraception, il a aussi dénoncé l’imposture du tout préservatif dans les pays africains. Il suffit, pour lui donner raison, de comparer les pays pratiquants le tout préservatif comme l’Afrique du Sud (21% de sidaïques) et ceux pratiquant la méthode dite ABC (Abstinence, Be faithfull, Use a Condom) comme l’Ouganda (6% de sidaïques)

Benoît XVI enfin est demeuré un homme de l’esprit, un intellectuel de haut vol, parlant au monde, annonçant au monde la Parole de Dieu,  spécialement en Occident, face au relativisme post-moderne destructeur de toute structure intellectuelle stable. Ses encycliques, ses ouvrages publiés comme pontife et comme Ratzinger, sont chacun des morceaux de vitalité pour l’intelligence. En s’adressant aux intellectuels, en s’adressant plus spécialement aux Européens, il a jeté les bases d’un dialogue nouveau pour annoncer l’Evangile.

Pourtant, à chaque pas qu’il fit, il dut subir et repousser des assauts furieux, mais en dépit de la douleur que de telles injures causent au coeur de chaque homme, il a su conserver ce visage de paix et ces paroles de ferme amour qui marquèrent son pontificat.

Benoît XVI, par ces différents aspects, fut un pape de la nouvelle évangélisation. La barque de Pierre continuera d’avancer. A n’en pas douter les fruits de ce pontificat continueront de porter pendant plusieurs années.

Désormais la parole médiatique va reprendre le dessus. Chacun ira de son pronostic pour savoir s’il convient d’élire un pape conservateur ou progressiste, européen ou africain, et pourquoi pas asiatique. Chacun ira de son conseil également au conclave prochainement réuni. Mais l’Eglise, depuis que les médias s’intéressent aux élections du conclave, a toujours déjoué les pronostics. Il est probable qu’il en sera de même cette fois encore.

Il n’y a qu’une chose à espérer. Que le prochain pape, avec le charisme qui sera le sien, poursuivra cependant l’oeuvre ouverte par Benoît XVI. Il a débroussaillé des routes. Il convient de les emprunter maintenant.

Pour l’heure, n’oublions pas que l’Eglise rentre en carême.

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6 commentaires sur “Abdication pontificale. Il n’y a pas de précédent!

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  1. Merci pour ce très bel article. Une remarque tout de même, à propos de ce passage :
    « Une seule crainte réelle persiste, celle du précédent que pourrait créer une telle abdication, avec le risque de renouvellements dans l’avenir, amoindrissant de ce fait l’essence monarchique du gouvernement de l’Eglise. »
    Dans certaines monarchies, l’abdication est l’usage (très récemment, par exemple, l’annonce de l’abdication de la Reine Beatrix des Pays-Bas). Je ne suis donc pas sûre que l’abdication en elle-même, lorsqu’elle est justifiée par des raisons intimes et non par la défaveur d’une certaine opinion publique, suffise à affaiblir l’essence monarchique d’un gouvernement. Mais je ne suis pas une experte et serais ravie d’avoir quelques éclaircissements.

  2. Oui, il n’y a pas lieu de craindre pour l’avenir de l’Eglise; Et on pourrait en redire concernant les « sectataires d’Econe » dont le problème s’avère plus compliqué qu’une simple « sottise ». Les protagonistes ont simplement déclaré que ce n’était ni le lieu ni l’endroit pour une réconciliation. S’il ne s’agissait que de cela…Mais il me semble que la politique a pris le dessus, aussi bien dans les relations avec la Fraternité Saint Pie X que dans l’abdication du pape…Je pense qu’il prépare aussi l’avenir de l’Eglise. Habituellement, les dirigeants négligent leurs successions, en sorte que leur oeuvre est souvent perdu ou gaspillé ; il est certain que Benoît XVI n’est pas de cet acabit.

  3. Oui, concernant l’abdication, aujourd’hui, toutes les royautés en acceptent le principe, ce qui ne fut pas toujours le cas. Rappelons qu’en France, le roi ne peut abdiquer, rendant nulles les renonciations de Charles X et Louis XIX, mais cela relève de l’anecdote. Pour l’Eglise, l’abdication du pontife, hors les situations de crise profonde, est une première dont on ne saurait encore mesurer les conséquences. Mais il y a lieu de croire que Benoît XVI a parfaitement préparé les choses.

    Concernant Ecône, il y a sans doute des implications relevant de l’opportunité politique, mais l’unité de l’Eglise semble être une opportunité première dans ce domaine, qu’aucun atermoiement ne justifie. L’attente de Mgr Fellay, sans doute liée aux pressions internes des plus radicaux de ses prêtres, est préjudiciable à sa congrégation comme à l’Eglise universelle.

  4. Beau texte, beaucoup plus profond que les sondages et prévisions « bas du front » des médias… Un peu d’air pur, d’élévation par rapport à cet événement extraordinaire, ça fait du bien ! Peut-être faudrait-il taire toutes les questions indiscrètes que l’on se pose et entrer en action de grâce pour le pontificat de Benoît XVI, confier notre – toujours – Saint Père à Marie, en cette fête de Notre-Dame de Lourdes, prier l’Esprit Saint de souffler sur l’Eglise. Et se préparer à entrer en Carême.

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