Galerie de portraits : Yves-Marie Adeline

A l’heure de l’hyper spécialisme des domaines de compétence, y compris dans le champ intellectuel, il est toujours plaisant de retrouver une intelligence universelle. C’est le cas de la deuxième figure de cette galerie de portraits, Yves-Marie Adeline.

A la fois poète, compositeur, librettiste, dramaturge, musicologue, philosophe, politiste, et même historien du dimanche depuis quelques années maintenant, Yves-Marie Adeline a touché à tous les arts nobles dans le domaine des belles lettres. Loin de se contenter de la théorie, il s’est frotté à la pratique, comme professeur à l’université de Poitiers pendant un bref temps, conclu par le divorce d’Adeline et de sa faculté. Puis il fut directeur de cabinet politique, dans la Mayenne, au service de Jean Arthuis, directeur de la communication de Jean-Marie Le Chevalier, à la mairie de Toulon, membre du secrétariat des princes de Bourbon, puis enfin fondateur et premier président de son propre parti, l’Alliance royale, jusqu’en 2008, date à laquelle il a cessé toute activité politique pour se remettre à l’enseignement. Durant cette carrière de vingt cinq ans, Yves-Marie Adeline s’est également essayé à la chronique journalistique au travers de différentes publications pour le moins confidentielles comme le journal « Légitimiste ».

La réflexion intellectuelle d’Yves-Marie Adeline suit la même chronologie, qui va de la fin des années 1980 jusqu’à aujourd’hui. Il serait trop long de traiter tous les sujets de cette vaste intelligence.

Le Poète

Pour la poésie, Yves-Marie Adeline a publié L’Epouse, chez Sicre éditions, en 2002, recueil consacré à la figure de l’épouse sous tous ses aspects, de femme, de mère, de chrétienne, mais également d’amante. Cet aspect charnel du recueil fut vivement reproché à l’auteur, mais il s’en défendit en expliquant qu’il ne souhaitait pas faire un recueil hypocrite. Puisqu’il traitait de l’épouse, il fallait dire les choses sans faux semblants. Le Manteau d’Etoiles, aux Editions de Paris en 2002 est un recueil d’hymnes aux évêques fondateurs de la chrétienté en France. Ce second recueil fit l’objet d’une lecture accompagnée d’une mise en musique, sur composition de l’auteur. Puis c’est Radieuse hostie, recueil de poèmes spirituels sur l’eucharistie, publié en 2004 aux Editions de Paris. Dans ce recueil, comme dans les précédents, Adeline traite son sujet sous tous les angles, et le chante dans son poème. Certains poèmes de ce recueil correspondent également a des événements de la vie de l’auteur, ou de l’actualité. On peut lire ainsi en dédicaces des pages ; « 1999, Accident cardiaque », « Toussaint 2002, en Irlande occupée », ou encore « A l’ami absent ». Mais la plupart sont méditatifs et montent progressivement vers le mystère.

« Ô mon Dieu caché

Je vous adore ici j’honore le saint mystère

Que vous avez institué pour le salut de nos pères

Et le miracle toujours recommencé »

Puis, en 2008, aux toutes jeunes éditions Via Romana, il publie son dernier recueil de poésies, les Angéliques, préfacées par l’actuel archevêque de Poitiers, Monseigneur Wintzer. Ce recueil sur les neuf chœurs des anges vient clore cette élévation progressive vers le ciel. Du moins pour l’heure, car Dieu seul sait si notre auteur ne prépare pas de nouveaux recueils.

« Calme-toi laisse battre ton cœur au rythme des neuf chœurs des anges

Ils sont là, chaque matin de Dieu, qui se rangent en colonnade

Et par eux l’univers entouré de leurs chants nous est offert en esplanade »

Outre les poèmes, il est l’auteur de deux opéras, qui ne furent jamais montés, hélas, mais dont on murmure que certains airs furent chantés à l’occasion d’une soirée parisienne, sans que l’auteur en fut informé. Preuve s’il en fallait que, une fois exprimées, les idées échappent à leur créateur.

Le vers adelinien puise à la source de Paul Claudel.

Le Philosophe

Dans la plus pure tradition de la sagesse antique, Yves-Marie Adeline poète est également philosophe. La contemplation dans le chant poétique est inséparable de l’usage de la raison dans le champ de la sagesse. Ce n’est pas un hasard si c’est d’abord par les arts qu’Yves-Marie Adeline est entré dans la voie philosophique, avec sa thèse d’Etat publiée en volume chez Pierre Téqui, en 1994, La Musique et le monde. Puis, en 1995, les choses se précisent avec, chez Trédaniel, Le carré des philosophes, qui construit un authentique système de pensée, désirant répondre à la crise philosophique du monde moderne. Le carré philosophique adelinien est organisé autour de quatre côtés, Science, Existence, Présence, Volonté. Après quelques années de silence philosophique, il reprend la plume, en 2004, publiant aux éditions de Paris, L’appel des sirènes, essai qui revient sur la Musique et le monde, mais également sur la période d’enseignement musicologique de l’auteur, à Poitiers, en 1988-1989. Ce dernier ouvrage veut avant tout réhabiliter l’idée de beauté, d’art figuratif, face aux abstractions. Il combat l’escroquerie de la musique scientifique contemporaine, et par là détruit un certain subjectivisme en art, qui rejoint le subjectivisme politique, pour mettre de nouveau en avant l’idée de principes universels, de principes transcendants. La philosophie, peu à peu, a mené l’auteur à la politique.

Le Politiste

Yves-Marie Adeline est surtout connu du public pour ses ouvrages de réflexion politique, pourtant ceux qu’il aime le moins, mais de loin les plus accessibles à un lectorat non averti. Passons sur quelques ouvrages de jeunesse, reprises d’articles publiés dans « Légitimiste » ou dans d’autres publications royalistes confidentielles. Il s’agit de l’Aube royale, chez Sicre en 1991, Le Roi et le monde moderne, chez le même éditeur en 1995.

Il est plus intéressant de s’intéresser au cycle d’ouvrages qui, de 1996 à 2002, l’a conduit à préciser sa pensée sur la nature du pouvoir politique légitime, consacré au Bien commun, et l’a mené jusqu’à un engagement politique spécifiquement royaliste, traduisant en actes une pensée de philo-politique.

Tout commence en 1996 avec La droite piégée, alors que notre auteur quitte Jean Arthuis pour Jean-Marie Le Chevalier, dans une France en pleine gueule de bois sociale après l’euphorie de l’élection de Jacques Chirac un an plus tôt. Adeline publie ce petit ouvrage où il dénonce la défaite perpétuelle des idées ou mouvements de droite, en France, depuis la Révolution. Pour lui, depuis la victoire des idéaux de 1789, les mouvements de droite sont perdants, à chaque fois, au fond, si ce n’est dans la forme. Il attache d’abord l’idée de droite à une vision anthropologique d’un homme lié à des principes supérieurs, transcendantaux, qu’il se doit de respecter. Pour tout dire, il place la droite dans le combat entre Antigone et Créon, choisissant résolument le camp d’Antigone, défenderesse des droits des dieux contre la loi changeante et positiviste de Créon. Si la droite ne se reconnaît pas toujours dans ces critères, les mouvements de gauche ne s’y trompent pas, qui l’y renvoient sans cesse. Pour Adeline, depuis 1789, le monde politique est passé à Créon, de façon absolue. Dès lors, toute tentative politique de droite est vouée à l’échec, du moins à des demi-réussites pour retarder l’adversaire. La victoire socialiste de 1997 lui donna raison. Les événements qui ont suivi, sur le plan économique ou des mœurs, n’ont pas infirmé ses thèses, à tel point qu’il publia, l’an dernier en 2012, une réédition de cet ouvrage, sous le titre La droite impossible.

Mais loin de laisser le lecteur à son désespoir, Adeline poursuit sa réflexion. Parti d’Antigone et Créon, il conclut que la solution est dans notre nature humaine. Il publie, l’an suivant, en 1997, Le Pouvoir légitime, chez Sicre toujours. L’ouvrage est plus clairement philosophique. Adeline y cherche le pouvoir légitime, c’est à dire un pouvoir qui concoure au bien commun, et qui évite la question propre à tout pouvoir constitutionnel appuyé sur une légitimité ascendante : « Qui t’as fait comte ? Qui t’as fait roi ? » ce qui pourrait plus vulgairement être traduit par « si lui, pourquoi pas moi ? » Peu à peu, en explorant les différents types de régimes politiques, Adeline arrive à une proposition de pouvoir politique institutionnel, établi, avec une légitimité descendante, du sommet vers la base, appuyé sur l’idée de transcendance. Ce régime est le fruit, cependant, d’une double abdication au nom du bien commun ; celle du souverain, qui abdique de son droit à disposer du pouvoir, c’est à dire à le refuser autant qu’il l’accepte, et ce également pour sa descendance, et celle du peuple, qui abdique de son droit à choisir le chef de l’Etat. En une démonstration envolée, l’auteur conclut à la royauté, qui, pour détourner la citation de Thiers, devient « le régime qui nous divise le moins ».

La théorie politique n’est rien sans pratique. En 2000, il publie La droite où l’on n’arrive jamais, série d’entretiens sur son parcours politique à droite durant dix ans et qui confirme les analyses des deux ouvrages précédents sur l’impossibilité de sortir la morale transcendante de l’ornière en république.

A partir de cet ouvrage, Yves-Marie Adeline annonce la fondation de son mouvement, l’Alliance royale, et conclut son cycle de réflexion par un manifeste de combat Le royalisme en questions, en 2002, où il retrace une brève histoire de ce courant de pensée, en dresse un bilan d’action, montre l’inanité de certaines querelles, comme celle des princes, réglant ainsi la question de son propre légitimisme, ce qui ne lui fit pas que des amis. Enfin, il conclut son ouvrage par une centaine de propositions concrètes sur le mode de « si j’étais Président de la République »…

L’aventure politique d’Yves-Marie Adeline n’a pas eu, on s’en doute, le succès espéré, il n’en reste pas moins cette superbe série d’ouvrages, utiles à qui veut se poser sincèrement la question du bien commun dans l’institution politique.

L’historien

Yves-Marie Adeline est atteint, comme tous les Français, d’une maladie chronique, la passion de l’histoire. Longtemps cultivée comme un jardin secret, il l’a peu à peu laissée éclore durant les années 2000.

De façon progressive, comme toujours, Adeline a d’abord quitté le champ des études philosophiques par la porte de l’histoire des idées, en publiant, goût des synthèses universelles oblige, une Histoire mondiale des Idées politiques chez Ellipses. En quelques 500 pages denses, il retrace trois mille ans de pensée politique, de l’Egypte ancienne à l’écologisme politique du XXIe siècle, passant par Aristote, Cicéron, Saint Thomas d’Aquin, Machiavel, Rousseau, Nietzsche, La Tour du Pin, Raymond Aron, etc. Aucun courant n’est laissé au hasard dans cette synthèse, des socialistes utopistes à la Contre révolution en passant par le libéralisme. Aucun continent non plus, et c’est une spécificité de cet ouvrage que de sortir du simple prisme européen pour s’intéresser aux sagesses orientales ou précolombiennes pour le peu que nous en connaissons.

Peu après, il publia une histoire de la Pensée antique puis une Pensée médiévale souhaitant, dans le même domaine, mais en se concentrant sur une période plus restreinte, aborder de nouveaux tous les penseurs, montrant pour la première notamment le passage de la sagesse orientale à la philosophie grecque.

Enfin, depuis 2011, Yves-Marie Adeline a entamé la publication de quatre volumes sur la guerre de 1914-1918, conflit dont les causes et le déroulement lui tiennent à cœur. Comme il a eu l’occasion de l’expliquer dans plusieurs entretiens publics, il porte le prénom d’un grand-oncle tué en 1918 face aux Autrichiens parce que Clemenceau avait refusé la paix blanche proposée par l’empereur Charles Ier, par anticléricalisme et haine des Habsbourg. Et puis, pourquoi ne pas le dire ; la famille de l’auteur a été largement amoindrie par l’effondrement de la rente foncière après la Première guerre mondiale. Il y a entre ce conflit et l’auteur, une affaire personnelle. Là encore, sans faire profession de grand spécialiste, Adeline vulgarise à merveille un dossier extrêmement complexe, notamment sur les origines du conflit, en réhabilitant quelque peu la figure du Kaiser Guillaume.

Yves-Marie Adeline a encore de nombreuses cordes à son arc, notamment un genre littéraire auquel il se livre pour la première fois, le roman poétique, avec 20 ans, ouvrage sur la puissance créatrice du corps…

Au sein de la morosité d’auteurs répétant à l’envie leurs sujets de spécialisation avec la platitude convenue de la fausse rébellion, la plume d’Yves-Marie Adeline est pleine du tonus qu’il manque souvent aux esprits libres désireux de ré-enchanter le monde occidental.

A lire : 

La droite impossible, Chiré, 2012

Le pouvoir légitime, Sicre, 1997

La droite où l’on n’arrive jamais, Sicre, 2000

Le royalisme en questions, Editions de l’Age d’homme, 2002

Histoire mondiale des idées politiques, Ellipses, 2007

Les Angéliques, Via romana, 2008

L’appel des sirènes, Editions de Paris, 2005

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s