Docteur Mengele I presume ?

Le 28 mars la proposition de loi visant à autoriser la recherche sur l’embryon sera discutée à l’Assemblée nationale. Il y a fort à parier qu’elle sera adoptée, entourée de mille petites précautions de procédures d’application visant à se rassurer et à rassurer le corps médical inquiet tout autant que les députés. Cette proposition est d’origine sénatoriale. Il fallait s’y attendre. Le groupe socialiste du Sénat fut à l’origine de plusieurs propositions rejetées tant qu’il était minoritaire avant 2011. Qu’il vint à obtenir la majorité relative et la proposition est passée ! Voici la première étape de la navette parlementaire, devant une chambre de même opinion politique.

Cela passera, et même comme une lettre à la poste, car les énergies sont déjà toutes mobilisées contre le projet de loi ouvrant le droit au mariage à deux personnes de sexe identique, et à la fin mars, les discussions du projet ne seront point encore achevées.

La recherche sur l’embryon est certainement empreinte de bons sentiments afin de découvrir des traitements contre des maladies incurables. Mais la fin justifie-t-elle les moyens ? Peut-on, au nom de la lutte contre une maladie, se permettre d’utiliser comme outil de recherche et cobaye de laboratoire un embryon humain ? Entendons-nous bien. Cet embryon, c’est un être humain singulier. En effet, ce n’est pas un amas de cellule, c’est un petit être en devenir dont la croissance a été arrêtée dès son commencement. Mais la conception, même artificielle, ayant déjà eu lieu, l’embryon possède, en lui, le patrimoine génétique qui en fait un individu à part, porteur de l’héritage de ses deux parents dans son intégralité, porteur, en puissance, de ses caractéristiques principales de corps et d’esprit. Pour ainsi dire, ce petit être est potentiellement une personne autonome, c’est déjà un individu singulier. C’est sûr lui que les recherches seront menées, qu’il sera tripatouillé dans tous les sens à but de progrès médical. Mais ce n’est qu’une barrière de plus qui est franchie dans une logique antérieure.

Il était évident que les choses devaient en arriver là. Non pas à cause des progrès de la science. Les scientifiques ne sont pas obligés de pratiquer des recherches sur embryon pour combattre des maladies incurables. Il y a d’autres voies. Ce qui rend la chose envisageable et attrayante c’est le premier début de chosification de la personne humaine entamé par les systèmes de procréation artificielle. L’insémination artificielle, la PMA pour les couples ne pouvant avoir des enfants, est une pratique qui relève d’une vision déformée du désir légitime d’enfant. On ne peut aller contre la nature, on ne peut que la dompter, la canaliser, pas faire comme si elle n’existait pas. C’est pourtant exactement ce que font les promoteurs de ces pratiques artificielles. Mais si on peut manipuler les gamètes en laboratoire pour créer un être humain dans la perspective de donner un enfant à un couple, on peut bien utiliser les mêmes cellules pour opérer de la recherche médicale. Il est d’ailleurs tout à fait probable que dans le secret, des expériences de ce type se produisent déjà, en France. En effet, il y aurait eu, en 2010, d’après « Sciences et avenir » qui s’en félicite, 22 000 naissances par procréation médicalement assistée, en France. Mais pour 22 000 naissances, il y eut 140 000 essais. Que sont devenus ces embryons ? Un grand nombre d’embryons sont congelés. Oui congelés, en vue d’une donation par d’autres couples stériles. Mais cela ne permet certainement pas d’épuiser le stock humain surnuméraire. Il est probable que la recherche puise, clandestinement, dans ce vivier. La loi permettra d’encadrer cette pratique, mais ne faudrait-il pas la combattre ?

En effet, pourquoi s’arrêter à l’embryon ? Quelle différence fondamentale sépare un embryon de quelques jours et un fœtus de quelques semaines, voire quelques mois ? Que fait-on d’ailleurs des fœtus avortés ? On les prétend détruits après l’avortement. Sans doute est-ce souvent le cas, pour des raisons d’éthique médicale autant que d’impossibilité de stockage (on rappelle qu’il y a 220 000 avortements par an en France depuis 1975. Il est évidemment impossible de stocker les corps). Mais pas toujours. On se souvient de cet entrefilet paru dans « Le Figaro », il y a quatre ou cinq ans, révélant la découverte, dans les chambres froides de l’hôpital Saint-Vincent de Paul, à Paris, de plus de 400 fœtus avortés, conservés sous forme congelée. Evidemment l’information fit peu de bruits. Elle est effroyable et dérangeante pour les bien-pensants. Pourtant, le problème est le même. Entre les fécondations artificielles créant un stock d’embryons humains inutilisés ; la possibilité de mener des recherches scientifiques sur ces petits êtres ; la question de savoir où il sera possible de s’arrêter dans le temps par rapport à la croissance du fœtus, pour pouvoir mener des recherches, il n’y a qu’un seul fil. La vraie question qui surgit derrière cela est celle non plus seulement du traitement des maladies, mais de l’utilisation matérielle de l’être humain comme produit de recherche ou de consommation. La question de la fécondation artificielle déborde sur celle de la Gestation pour autrui. S’il est permis de féconder en laboratoire, s’il y a déconnexion entre la fusion des corps paternels et maternels, et la conception d’un enfant, on peut très légitimement imaginer la possibilité d’implanter l’embryon dans le corps d’une autre femme, qui sera porteuse à la place de la femme pour laquelle il est impossible de porter. Mieux, pour l’homme qui par nature ne peut pas porter. Un couple de deux femmes aura légitimement accès à la procréation artificielle tôt ou tard, car pourquoi la leur interdire si elle est permise aux autres, spécialement dans un contexte où on parle d’unir maritalement ces deux femmes ? Mais dès lors, on ne pourra refuser le droit d’enfantement à deux hommes…

Cela nous ramène aux folies burlesques du film « Junior » avec Arnold Schwarzeneger, scientifique de renom qui, pour les biens d’une expérience médicale, accepte de tomber enceinte de façon artificielle. Evidemment, une telle farce est impossible. Alors on aura recours à des femmes extérieures, un des deux hommes étant le père biologique de l’enfant et le second l’adoptant. Quid de la mère véritable ? Nul ne le saura jamais. On ira la pêcher dans le flot des donateurs. Quant à la porteuse, il est évident que considérant les sacrifices physiques consentis, c’est à dire porter un enfant pendant 9 mois, prendre des risques réels de santé, accepter les désagréments d’une grossesse en termes de vie quotidienne, puis surtout sentir naître la vie en soit et la voir échapper à la naissance, il faudra la payer, et la payer très cher. En effet, le silence de la mère s’achètera. On n’ôtera pas de l’idée de cette pauvre femme qu’elle a donné la vie et que l’enfant lui a été retiré après la naissance. Ce sera, en France, un commerce de riches, et pour ceux qui  ne pourront se payer les services, onéreux, d’une française, il faudra recourir à une GPA dans un pays du Tiers Monde. Combien de familles dans le besoin demanderont à leurs filles de louer leurs entrailles à un couple d’homosexuels français qui, en une location, subviendront aux besoins d’une famille pour plusieurs années ? Ce sera une nouvelle forme de servitude, cachée, mais bien présente, avec tout son sordide.

C’est une chaîne logique qui se dresse devant nous. Où s’arrêtera-t-elle ?

Quand on pousse le caprice du désir d’enfant jusqu’à la gestation pour autrui afin de voler ce que la nature refuse, on peut tout aussi bien rejeter ce même enfant. Fruit d’une volonté libre, il pourra être rejeté par une volonté libre. Avec les cas de GPA nous aurons immanquablement des cas d’enfants mal formés, trisomiques, handicapés lourdement. Quel sera leur avenir dans ce couple qui, on peut le supposer, voulant à toute force un enfant, le veut également conforme à leurs désirs ? Et qui voudrait d’un enfant mal formé ? Quand tout est dans la volonté individuelle et sa satisfaction, il n’y a plus de place pour l’accueil. L’enfant anormal sera avorté de sa mère porteuse. On imagine le contentieux grotesque qui en sortira avec le non-versement de la location, le contrat n’ayant pu être mené à son terme. Sans doute se créeront des syndicats de mères porteuses afin de protéger leurs droits, considérant qu’elles ne sont pas responsables du caractère « défectueux » du matériel humain qui leur aura été placé dans le ventre… En effet, pourquoi refuser la possibilité de l’eugénisme dans les couples homosexuels alors qu’il est déjà pratiqué dans les couples hétérosexuels ? Faut-il rappeler que la quasi-totalité des fœtus mal formés ou lourdement handicapés sont avortés en France ? Evidemment, personne ne veut d’un enfant handicapé. Mais aucune femme non plus n’avorte de gaîté de cœur. Les pouvoirs publics et les familles sont ici ignoblement coupables en ne créant pas les conditions nécessaires pour les mères qui souhaiteraient malgré tout accueillir l’enfant handicapé. C’est un crime social et une souffrance personnelle des mères. Si les voies alternatives sont bouchées, il ne reste en effet que celle de l’avortement.

Retournons à nos manipulations scientifiques sur embryon. On disait que rien n’empêchait, en bonne logique, de toucher également au fœtus. Mais dès lors, si la vie intra-utérine n’a plus de valeur, la question se pose de la valeur de la vie extra-utérine… Ici, on n’ose développer trop le sujet. Le lecteur refuserait de nous écouter, et l’horreur nous ramènerait à d’autres temps, ceux du titre de cet article.

C’est un monde de fou, mais c’est déjà en partie le nôtre, et ce le sera de plus en plus complètement. A moins d’un retour de vapeur.

Cet article est titré du nom d’un boucher sanguinaire, scientifique et médecin de carnaval. Il y a, en apparence, peu à voir entre ce triste sire, demi-fou, et les scientifiques proprets de nos centres de recherches contemporains. Leurs motivations sont également différentes, puisque ces derniers combattent avec sincérité contre de terribles maladies, telles Parkinson ou Alzheimer. On peut croire que ces hommes ne sont que bonnes intentions. Mais le résultat final est-il si différent ? L’enfant à naître est un objet. L’individu humain est un sujet de recherche. Tout est possible, tout est envisageable. Et si cela se fait dans la discrétion des hôpitaux, le crime n’en est pas moins atroce, avec ses conséquences très concrètes dans la vie des hommes, on l’a vu sous l’angle de l’anticipation un peu plus haut.

Non, nous n’avons rien à envier aux prédécesseurs de ces gens. En 1945, sur la copie, il y avait écrit « peut mieux faire » ! C’est fait !

Reste à combattre ces abus. Il est déjà trop tard pour les empêcher de survenir. Reste à savoir comment faire pour les empêcher de se perpétuer. Ici, le seul combat envisageable est celui pour la dignité humaine, la vraie, celle qui ne se paie pas de mots, qui demeure exigeante et qui considère chaque être humain comme une personne singulière ayant du prix aux yeux de son prochain quelles que soient ses insuffisances mentales, morales ou physiques. Un combat pour la dignité humaine qui se replace dans son socle naturel, admettant que l’on ne peut tout faire et qu’être maître de la nature ne donne pas le droit de faire comme si elle n’existait pas dès lors qu’elle devient dérangeante. Rétablir cette vérité est sans doute plus long et moins gratifiant que de mener un énième combat de retardement. Mais il ne s’agit plus de retarder l’adversaire alors qu’il est déjà dans la Cité. Il faut le repousser hors les murs.

« Vaste programme » ! Disait le Vieux !

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