La France et son armée

Les forces françaises sont entrées dans Tombouctou, mettant fin à une campagne éclaire d’une quinzaine de jours, menée au pas de charge par quelques centaines d’hommes seulement. Une guerre sans blessé, avec un seul mort, tué le premier jour, tombé en héros. En somme une guerre comme les Français, confortablement calés dans leurs fauteuils devant le poste de télévision, en rêvent. Si les alliés de la France, Etats-Unis et Royaume-Uni en tête, ont fourni un soutien logistique pour l’acheminement des troupes, les combats au sol sont une réalisation purement française. Il est inutile de préciser que dans ces combats l’armée malienne a fait de la figuration, le chemin étant ouvert par la France.

Devant le décalage de puissance de feu entre l’armée française et les forces islamistes, ces derniers se sont retirés, souvent sans combattre, du moins d’après la presse internationale. L’opération combinée entre les troupes de ligne, les forces spéciales et quelques éléments de la Légion étrangère a permis cette réussite étonnante, qui montre à la face du monde, si besoin en était, que la France conserve encore une des meilleures armées qui soient.

Maintenant commence une deuxième phase du conflit, celle de la pacification. Avec un allié africain faiblement équipé et peu entraîné, c’est encore la France qui devra traquer les commandos islamistes et les réduire, dans un territoire immense, avec quelques centaines d’hommes seulement. Cette pacification, si la France veut s’en donner les moyens, sera longue, et peut-être engendrera-t-elle des pertes humaines que la rapidité de l’offensive avait permis d’éviter. Devant la mort de soldats français, le téléspectateur avachi sera-t-il toujours aussi va-t-en guerre ? C’est peu probable. A chaque accrochage sanglant en Afghanistan, le bon peuple réclamait le rapatriement du contingent français. Est-ce rendre service aux soldats que de leur demander de rentrer à la première difficulté ? Certainement pas ! Ce que demandent nos armées c’est que nous leur laissions faire leur travail et les soutenions. Il n’y a rien de pire, pour un soldat dévoué et discipliné que cette indifférence totale à laquelle il est confronté quotidiennement quant à ses missions et aux risques qu’il court, suivie d’une lâche terreur dès que ses camarades tombent frappés par l’ennemi. Il serait bien plus courageux et respectueux de leur dévouement de les soutenir, de leur marquer fréquemment et publiquement le respect de leurs concitoyens et l’intérêt qu’ils portent à leurs missions, même lointaines.

En Afghanistan cela ne fut point. Espérons que cela sera au Mali, mais il est permis d’en douter.

Pourtant la France est l’un des principal contributeur au maintien de la paix dans le monde, grâce à ses actions militaires. Pourtant les soldats de la France sont présents sur tous les continents, sur toutes les mers. Pourtant les armées de la France ont acquis, durant les douze ans de guerre en Afghanistan, au contact d’un théâtre d’opérations spécialement rude et meurtrier, une expérience du feu peu commune et que peu d’armées occidentales partagent.

Le dévouement du soldat français est total. Il n’a ni le droit d’association, ni le droit de grève. Il n’a qu’un droit, se taire. Il accomplit ses missions sans broncher, alors que les armées sont au point de rupture. Le nombre d’hommes engagé sur des théâtres extérieurs, comparé au nombre d’hommes dont dispose les armées françaises, illustre bien le faible roulement de troupes. En clair, ce sont toujours les mêmes soldats qui, au détriment de leurs vies de famille, vont se battre sur tous les terrains, répondant au coup de sifflet du maître.

Allons plus loin. La grande muette est passée à l’essoreuse, depuis la fin de la guerre froide, dans des conditions qu’aucune administration n’aurait pu supporter. Chaque loi de programmation militaire, chaque livre blanc, fut le prétexte de nouvelles réductions d’effectifs, alors que les missions à accomplir, elles, sont toujours les mêmes. Le personnel des armées a été divisé par plus que trois. Quelle administration aurait supporté cela ? Aucune ! Ne parlons pas des commandes de matériel militaire, nous nous fâcherions.

Ici on peut parler de lâcheté et de félonie. Les citoyens Français sont bien heureux d’avoir l’une des meilleures armées du monde. Ils sont bien heureux de voir que la France combat pour la paix sur les quatre coins du globe. Mais à aucun moment ils ne semblent prêts à vouloir en payer le prix. Pourtant il y a des choix à faire. On ne peut exiger de l’armée toujours plus et lui retirer sans cesse des moyens financiers afin de sauver du naufrage de la dette les autres budgets, à commencer par le système social… Les Français veulent les mots de la puissance et ses attributs, mais sans s’en donner les moyens. On peut parler d’une sorte de lâcheté, confortée par l’indifférence dans laquelle les soldats effectuent leurs missions.

Quant à la félonie, elle est d’Etat. En effet, lorsqu’une institution, ou un homme, a à sa disposition un corps dont la fidélité et le dévouement sont spécialement remarquables, le sens de l’honneur recommande de lui parler le langage des hommes avec franchise, de le bien traiter, ou alors de lui retirer une charge proportionnelle aux moyens qui lui sont retirés. Tout au contraire, l’Etat, devant la soumission totale de l’armée, profite de sa position de force pour en exiger toujours plus.

C’est l’échange entre Ruy Blas et Don Salluste dans l’adaptation libre de la pièce par Gérard Oury :

« Que font-ils ? »

« Ils vous acclament Monseigneur ! »

« Ils m’acclament ? J’aurais dû leur en prendre le triple ! »

Un exemple éloquent, parmi tant d’autres ; Pendant près d’un an les soldes de plusieurs milliers de soldats ont été versées avec des mois de retard, plusieurs mois restant sans solde, à cause d’une défaillance du système informatique de paiement de la troupe. Pas un soldat n’a bronché, ce sont les épouses qui ont dû monter au créneau. L’Etat aurait-il été si long à réagir face à des enseignants prompts à descendre dans la rue pour sauver leur paie ? On peut en douter. Ici est la félonie ! Un parti, une association, un groupe médiatique s’est-il mobilisé pour ces soldats ? L’indifférence fut totale, ici est la lâcheté !

On pourrait multiplier les exemples à l’envie sur le triste rapport que notre patrie entretient avec ceux qui donnent tout pour la défendre.

Que faire ? Les gendarmes en 2001 avaient trouvés la parade. Ils s’étaient mis en grève au mépris du règlement et avaient obtenu les augmentations de salaire demandées, sous forme de primes. Quand les forces de l’ordre montrent les muscles devant leur employeur, l’Etat, couard, aligne le chéquier.

Les soldats de France doivent-ils faire pareil ? Ce n’est pas souhaitable, ce serait déchoir de la mission d’honneur qui leur est confiée.

Alors l’ouvrage est entre les mains des Français et de leurs représentants. Il appartient aux Français de se mobiliser pour leurs soldats, de se soucier de leurs conditions de vie, de les soutenir dans leurs combats, d’honorer les morts et de se préoccuper des blessés, spécialement les invalides, les gueules cassées, qui reviennent d’Afghanistan ou d’Afrique dans le silence complet des pouvoirs publics.

La France peut légitimement se montrer fière de son armée ! Mais la fierté doit s’incarner en actes. C’est ce que le soldat français est en droit d’attendre de l’Etat et des citoyens !

Il pourrait en cuire un jour à la nation si prompte à mépriser ou ignorer ses défenseurs.

La guerre au Mali sera plus longue que prévue disait-on. Espérons qu’elle sera l’occasion, pour la nation, de montrer son soutien à ses armes.

Pour se souvenir de nos armes, quelques lieux de mémoire :

Le musée de l’Armée

Le musée de la Marine 

Le musée de l’école de cavalerie de Saumur

La société des amis de la Légion étrangère

Le mémorial de Verdun 

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