Caspar David Friedrich. Et l’intelligence allemande se fit toile.

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La mode est aux monochromes, ou au photos déformées et repassées à l’encre, reléguant aux musées et aux salles de ventes pour vieilles dames ces peintres figuratifs qui, pour la plupart, ne sont plus des maîtres, mais d’aimables dessinateurs.

Pourtant, quelle puissance n’émane-t-elle pas de la plupart d’entre eux ? Cette puissance altière qui, par le pinceau, laisse paraître tout un monde, le témoignage d’une intelligence qui n’est pas que personnelle. Il y a chez certains la marque d’un génie national. Ce n’est pas tant chez nos Français que cette force nationale se repère, nous y sommes trop habitués, et notre rayonnement a fait de cette pâte classique qui fut la nôtre un style universel que l’on retrouve chez tant et tant de maîtres du XVIIe et du XVIIIe siècle. Les peintres de ce temps ont leur originalité propre, mais leur caractère national ayant été repris par tous, la spécificité de la peinture française d’alors est moins évidente à voir qu’outre Rhin. De l’autre côté du pont de Kehl, quelques décennies après la mort de Vernet père, l’Allemagne libérée du corset du Saint Empire romain germanique, livrée à sa tempête nationale-romantique, laissa la parole enfin à ses mythes, sa poésie, sa façon d’être, par le biais notamment d’un peintre, grand parmi les grands et pourtant si oublié aujourd’hui, Caspar David Friedrich.

Né en 1774, mort en 1840, il se situe en plein dans cette génération de jeunes romantiques qui connurent la Révolution, eurent à souffrir de l’occupation française et de l’humiliation de la défaite de Iéna, puis se relevèrent et vécurent leur bataille des nations à Leipzig en 1813. Nation divisée en une multitude d’Etats, elle n’en avait pas moins laissé éclater,  sous un mode éruptif, tous ses mythes. C’était Arminius qui se réveillait dans le Teutobourg, Siegfried qui brandissait l’épée, les chevaliers teutoniques qui faisaient trembler le sol de Prusse sous le pas de leurs chevaux. La Prusse, justement, dont Friedrich est sujet du roi, plus précisément en Poméranie, terre de landes et marais, où la mélancolie d’hivers prolongés sur les bords de la Baltique est propre à l’exaltation de l’esprit national enfin libéré.

Sa peinture réveille ces mythes, mais en les christianisant. La forêt infinie où se terrent les divinités de la Saxe ancestrale était présente à l’esprit allemand si soucieux de nature, mais cet esprit avait également connu le Christ par le biais de saint Boniface, aussi, lorsque Friedrich conçoit une de ces forêts où l’on s’attend à voir surgir les Germains d’antan, c’est pour y placer une cathédrale, une croix gigantesque au haut d’une montagne dénudée et rocailleuse, ou encore les ruines d’un monastère au pied duquel une petite masure lève le feu de sa cheminée. Est-ce celle d’Hansel et Gretel ?

Que Friedrich peigne sa Baltique gelée et c’est une mer de glace figée dans sa fureur, où les blocs se lèvent pour former une hauteur aux arêtes saillantes. Il y a, dans cette peinture, autant de rêve ancien que de modernité picturale toujours actuelle.

Que Friedrich peigne un homme, et ce sera un rêveur solitaire, mais rêveur devant des paysages où l’âme peut s’envoler. Mais est-ce vers le Ciel ? Est-ce vers le Walhalla ?

Il y a quelque chose de presque effrayant dans cette bousculade de légendes guerrières qui se pressent et se poussent pour paraître à la surface du rêve du peintre. Heureusement que l’âme allemande n’est pas que cela. Friedrich, à n’en point douter, méditait le projet de ses toiles devant un bock de bière, un strudel et quelques wurst accompagnée de choux rouges et blancs. Il est, fort heureusement, même dans les caractères nationaux les plus aiguisés, des actes universels.

La mer de glace

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La cathédrale dans les bois

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Le monastère en ruines

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Le tombeau d’un soldat hun

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