Famille et liberté

La famille est la première forteresse où s’épanouissent les libertés ! Un précédent article évoquait la question de l’élargissement de l’institution du mariage aux personnes de sexe identique et pointait comme cause de cette dénaturation, ainsi que de celles qui suivront certainement, le lent affaissement de l’institution du mariage dans le domaine de la vie charnelle des couples et de l’institution en elle-même, hyper-contractualisée. En creux, c’est bien d’un effritement de la famille comme institution sociale qu’il s’agit.

Chaque homme est souverainement libre de fonder une famille, de le refuser, de recomposer sa famille ; du moins le dit-on. A la vérité, l’homme n’est pas libre. Il est attaché à la famille dont il est issu, au sein de laquelle il a reçu son patrimoine génétique, la plupart de ses goûts, sa formation morale et intellectuelle. Il est attaché à la famille dont il est issu car c’est dans ce premier berceau qu’il a reçu l’amour de l’enfance. Il y a des familles déchirées, brisées, sans doute plus qu’on n’ose le dire. Il y a des hommes qui se campent dans une posture de rejet de cette famille abjecte qui leur a donné l’occasion de plus de tristesse que de bonheur. Pourtant, ils ne peuvent pas rejeter ce premier terreau. Il leur colle aux basques de manière indélébile, et ce jusque dans les blessures, les pathologies, aussi bien que dans les qualités. Le rejet lui-même ne permet pas de se guérir de sa famille. Ses atavismes comme ses vertus vous reviennent en pleine face, et souvent au moment où l’on s’y attend le moins. En règle général, même, il convient de pousser le raisonnement plus avant, le rejet et le déni des marques familiales font rejaillir les blessures du parent sur son enfant, d’une façon ou d’une autre.

Il conviendrait bien mieux d’assumer cet héritage, parfois si lourd, heureusement également si souvent heureux, afin d’en faire un sujet de joie, ou une croix, plutôt que de refuser l’évidence, avec ces terribles effets boomerangs qui démultiplient le malheur. On ne renie pas son sang ! Il faut l’assumer pour mieux vivre.

Les familles recomposées sont du même ordre. Un homme qui se remarie ne fonde pas une nouvelle famille, il en fonde une deuxième. La famille précédente, même s’il est séparé définitivement de sa femme, lui restera, par le truchement des enfants, trait d’union entre deux feux familiaux, par le souvenir des années passées ensemble, qui ne s’effacera jamais et lui aussi ne peut se renier. La deuxième famille, parfois la troisième, ne font qu’ajouter au patrimoine de l’homme, parfois à ses sources de joies, mais si souvent également à son poids de déchirures.

Là encore, comme on ne peut fuir ce qui nous a été donné à la naissance, on ne peut fuir ce que l’on a construit un jour en le marquant du sceau de l’indissolubilité.

La famille ne peut se nier, et les personnes, si rares soient-elles, qui ont le malheur de ne pas connaître leurs racines, s’en constituent de nouvelles dans l’adoption, ou font tout pour retrouver les anciennes. Bien rares sont ceux qui s’en passent, et souvent ils cachent une blessure cachée par une fausse indifférence.

La famille est là ! Il faut donc bien en faire quelque chose. C’est une structure naturelle, armée et entourée de cadres sociaux, qui fait remonter chaque être dans une chaîne ininterrompue de pères et mères depuis la nuit des temps, et dont il n’est qu’un maillon, qui parfois s’arrête à lui, plus souvent continue après lui.

Cette structure, chargée de malheurs autant que de bonheurs, a pourtant des vertus propres. Elle est protectrice. La famille crée des liens d’amitié et d’amour mutuels qu’il est presque impossible d’abolir. Très rares sont les parents qui du fond de leur cœur n’ont qu’indifférence pour leurs enfants. La plupart leurs portent un amour infini, et ceux qui feignent de haïr, alternent plus souvent amour et colère, dans une attitude où se cache la vraie douleur de l’écorché vif. L’amour est la marque instantanée de la famille proche, celle marquée par la filiation. Il peut parfois se diluer au point de se détruire entre cousins, entre frères et sœurs, mais il subsiste presque toujours entre parents et enfants. Ce lien d’amour est créateur de solidarité. On sait que parmi les siens on trouvera le réconfort dans les peines, les bras toujours ouverts pour accueillir l’âme blessée, une place auprès du feu pour se réchauffer un instant, une assiette prête sur la table. Parmi les siens on trouvera aide et conseil. Parfois même, lorsque la structure familiale élargie n’est pas trop marquée par les conflits du temps, on a l’immense bonheur de voir cousins, oncles et tantes se tenir la main pour secourir un parent dans la détresse, le réconforter. La famille est lieu d’amour.

Elle est également lieu d’éducation. Par le simple fait de la génération, les enfants en grandissant parmi leurs parents reçoivent l’art de vivre, à savoir lire, écrire, s’exprimer, marcher, se tenir, chacun selon sa culture ou son milieu. Peu à peu le petit être tiré du ventre de sa mère va se polir, s’embellir, croître et devenir cette personne singulière qui, sans rompre complètement ses attaches, ira à son tour fonder un foyer nouveau.

Ces vérités semblent banales, mais elles vont encore mieux en les disant, tant il semble que dans leurs comportements quotidiens, bien des hommes l’oublient.

Ces vertus, ces comportements sont synonymes de protection, protection contre le monde extérieur, ses duperies, ses duretés, en ce sens, elles sont comme une forteresse. Mais elles sont plus encore, elles sont comme le camp d’entraînement où l’homme se forme avant de partir lui-même dans le monde.

La solidité naturelle de la famille, ses caractères protecteurs immuables en font le sanctuaire des libertés humaines. Que la nation vienne à vaciller, que l’Etat s’immisce dans la vie des gens, que les entreprises soient frappées de banqueroute, que les corps de métier faillissent à leurs devoirs, il doit rester comme ultime barrière naturelle contre la barbarie et l’oppression la famille et son réseau de solidarités et d’amours qui n’a pas besoin de cotisants pour se mobiliser.

C’est en ce sens également que la famille doit être préservée, protégée, encouragée. La multiplication des divorces et remariages, la promotion d’amours profondément incompatibles avec le principe de la génération, sont autant d’atteintes en réalité portées contre la liberté humaine en s’attaquant à cette crèche où elle se développe en tout premier lieu.

Au-delà de ces situations nouvelles il y a tout le mur de silence qui entoure la vie des familles. Ces murs capitonnés qui étouffent le cri de toutes les horreurs, ce sang d’Abel qui monte de la terre vers le ciel en témoignage du meurtre commis par tous les Caïn. Il y a, dans les familles, tant et tant de parents qui par leurs comportements indignes, de quelque ordre que ce soit, du plus bénin et quotidien jusqu’à l’infâme exception, contribuent à la destruction de l’institution dont ils ont la garde.

A ce compte-là, nous courons à notre perte à petit feu si aucune politique familiale réellement protectrice des familles et de l’amour familial n’est pas mise en place. C’est bien là le nœud ! Toute action en faveur de la défense de la famille, ou de la vie, ne sera que défensive et à terme vouée à l’échec, s’il n’y a pas, par ailleurs, la naissance d’une force de proposition politique et sociale en faveur de cette culture de la famille et de l’amour familial.

La France n’a pas besoin d’une coûteuse politique nataliste, la France a besoin, dans les écoles, dans la presse, au près des familles, d’une promotion de la paix et de l’harmonie des cœurs.

Evidemment, cette politique est en réalité plus exigeante, plus difficile à mettre en œuvre, elle rencontrerait sans doute plus d’oppositions et plus souvent l’échec que la réussite car il y a, et il y aura toujours, une incroyable résistance au bien, dans le cœur de chacun. Mais ceux qui croient sauver la famille en s’opposant aux lois nouvelles, ou en demandant des milliards en plus dans les caisses d’allocations familiales sont les vrais rêveurs, et ceux qui espèrent une civilisation de l’amour, ceux qui se battent à leur faible mesure pour la faire advenir, ont plus authentiquement les pieds sur terre.

Ce n’est pas seulement affaire individuelle ou personnelle, c’est une œuvre sociale, promotrice des libertés et d’une authentique fraternité d’âmes.

Dans quelques mois le débat sur le « mariage pour tous » sera clos, mais il y aura alors tout à faire, à continuer et à reprendre.

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Une réflexion sur “Famille et liberté

  1. Bel article, qui rappelle la vocation profonde de la famille. Il est tout à fait juste que, si on ne subit pas ses ancêtres, et que chacun est libre de fonder quelque chose de nouveau, nous ne restons pas moins profondément liés avec eux.

    La vision du monde qu’on nous propose, avec le mariage gay, promeut au contraire un homme-consommateur isolé de ses semblables, refusant toute influence alors que son identité est construite avec autrui.

    « Dans quelques mois le débat sur le « mariage pour tous » sera clos »… Well, who knows ?

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