Meubles Leleu. Confort, tradition et modernité

Le logis de l’honnête homme est son havre, le lieu où il pourra se reposer des fatigues du jour, se délasser, mais aussi se ressourcer pour repartir au combat. Il convient de faire de ce lieu un sanctuaire de la paix et de la beauté. Pour cela, il est évident qu’en toutes choses, le bon goût doit présider. Le premier lieu où cette belle allure doit être promue, c’est le mobilier. Foin de ces lignes droites sur bois blanc, sans âmes et sans caractères ! Foin d’Ikea ! Il faut que le meuble dont on se sert chaque jour pour s’asseoir, pour déjeuner, pour lire, ait son caractère propre.

Une étude sur les styles en mobilier devrait commencer de manière linéaire et chronologique ; Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, Directoire, Empire, Restauration, Second Empire, Arts Décos, etc. Mais, contre toute attente, puisqu’il s’agit ici d’Art de vivre, et que dans ce domaine, si l’ascèse ne doit pas être tout à fait évacuée, la fantaisie a également sa place, on commencera par un coup de cœur, les meubles du décorateur et ébéniste Jules Leleu (1883-1961). Quand on pense à Leleu, plusieurs images se bousculent ; les mobiliers délicats reprenant le style de Louis XVI en l’adaptant aux mœurs du temps, les meubles de bureau des sièges sociaux de grandes entreprises, l’intérieur de Paquebots aux noms évocateurs, Le France, L’Antille, Le Pasteur, et même des tapis, ainsi que quelques rares tableaux. Comment un tel homme put-il produire autant ? A la vérité, ce n’était pas un homme, c’était une famille. Jules Leleu fut le concepteur des meubles, l’animateur principal de l’entreprise familiale, celui qui sut trouver les débouchés de marque, faire présenter ses créations aux Expositions universelles et décrocher très tôt des contrats pour l’équipement de ministères, de grandes banques ou d’appartements de riches particuliers. On peut citer pèle-mêle la chambre de l’appartement parisien du prince de Monaco, les chambres des hôtes présidentiels au château de Rambouillet, les salons de la préfecture de Nanterre, plusieurs éléments de mobiliers acquis par le Palais de l’Elysée, les bureaux de la direction de la firme Banania, etc. Mais ce fut également sa fille Paule, à laquelle on doit les tapis, son fils André qui se chargea des paquebots de la Compagnie générale Transatlantique, Jean qui succédera à son père pour la décoration d’intérieur. D’autres membres de la famille contribueront.

Il y aurait cent détails à donner sur le style de Jules Leleu, lui qui fut un incontournable du meuble français des années 1920 à 1970.

Attardons-nous sur les meubles de style ancien. Leleu sait reproduire les formes caractéristiques évoquant le style originel du meuble, comme le ventre bombé d’une commode Louis XV, les lignes claires d’un secrétaire Louis XVI, ou encore la disposition de la marqueterie propre aux meubles de ce temps. Pour autant, ces œuvres sont ses créations. Le bois est souvent dans ces teintes profondes qui évoquent une chaleur d’âtre, la marqueterie est ornée de compositions florales en incrustations de nacre, les lignes épurées s’arrondissent par endroits, décrivant une courbe délicate accentuée par la ligne d’une baguette de bronze. Sobriété et luxe, tradition classique et fantaisie de l’artiste, Leleu est, dans ses créations de meubles inspirés de l’ancien, un pur exemple du génie français, porté par des générations d’ébénistes du faubourg Saint-Antoine. On a peine à croire que sa formation, il l’acquit entre la boutique familiale de Boulogne sur Mer et l’Oflag en 1914-1918.

Admirez cette commode où les courbes de battants bien pansus se fondent dans ces lignes épurées d’un parfait goût classique. Sous la main experte de Jules Leleu se côtoient tout ensemble Louis XVI et l’Art Déco.

 

Contemplez le détail de cette composition florale, toute de marqueterie et de nacre, délicatement posé sur la porte d’une armoire.

 

Regardez l’alliance de la douceur et de l’austérité dans les lignes droites de ce secrétaire fleuri. Il est prêt à recevoir la correspondance d’une dame.

 

Mais un appartement ne saurait être complet sans outil de détente. Il n’y a plus qu’à se munir d’un bon whisky, et à écouter la Pastorale…

 

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